En Guinée Equatoriale, une enquête judiciaire visant la gestion de la société publique Gepetrol Servicios met en lumière un ensemble de présumées irrégularités financières dont l’impact global est estimé à plus de 3,76 milliards FCFA. Ce montant, qualifié de cumul des pots-de-vin, paiements irréguliers et dettes fiscales, constitue le cœur des conclusions d’un rapport de la gendarmerie présenté aux autorités, dans un contexte de durcissement de la lutte contre la corruption au sein des entreprises publiques stratégiques du secteur pétrolier. « J'ai ordonné la transmission immédiate de ce dossier au Procureur général de l'État afin qu'il détermine les responsabilités administratives, civiles et pénales qui correspondent », a prévenu le vice-président de la République, Teodoro Nguema Obiang Mangue.
Lire aussi : Gepetrol, Segesa, Ortel, Ceiba… : Malabo lance un vaste audit pour “sauver” 27 entreprises publiques
Parmi les éléments relevés, les enquêteurs évoquent des flux de corruption présumés liés à l’attribution de contrats. L’entreprise Sotrasup aurait ainsi reconnu avoir distribué 144 millions FCFA à des responsables de Gepetrol Servicios après l’obtention d’un marché. Au total, les répartitions suspectes documentées dans le rapport atteignent 364 millions FCFA, incluant plusieurs adjudications et contrats liés à des services informatiques, suggérant un système de rétrocommissions structuré autour de certains processus de passation.
Dettes fiscales
Le rapport pointe également un volet fiscal et social particulièrement lourd, avec des dettes accumulées par des entreprises bénéficiaires de contrats auprès de Gepetrol Servicios pour un montant de 3,11 milliards FCFA. Les investigations soulignent par ailleurs des incohérences dans la couverture sanitaire des travailleurs, avec des contrats supposément doublonnés auprès de plusieurs cliniques privées, tout en maintenant des cotisations régulières versées à l’ Institut National de Sécurité Sociale de Guinée Équatoriale (INSESO), laissant entrevoir une gestion administrative jugée peu transparente des charges sociales.
Autre fait marquant : malgré sa détention par la gendarmerie dans le cadre de l’enquête, le Directeur général de l’entreprise « Pedro Ncogo Ndong Bindang a continué d'autoriser et de signer des paiements au titre des indemnités journalières », dixit M. Nguema Obiang Mangue. Ces décaissements, estimés à 7 050 000 FCFA, provenaient de la recette quotidienne générée par les distributeurs de Gepetrol Servicios. Cet élément interroge sur la continuité des circuits de validation financière et sur la maîtrise effective des flux de trésorerie au sein de la structure.
Lire aussi : Guinée Equatoriale : GEPetrol et le suisse Vitol visés par une enquête judiciaire
L’affaire intervient dans un contexte où l’État avait pourtant engagé un programme de construction de stations-service pour 5 milliards de FCFA, déjà marqué par des écarts entre fonds engagés et réalisations. Dans ce cadre, les conclusions du rapport apparaissent en contradiction directe avec les objectifs officiels de rigueur budgétaire et de transparence dans la gestion des ressources publiques.









