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Hydrocarbures : les enjeux de l’accord gazier entre la Guinée Équatoriale et le Nigeria

La visite de 3 jours du président nigérian Bola Ahmed Tinubu en terre équato-guinéenne a débouché sur la conclusion d’un accord historique portant sur la construction d’un gazoduc qui reliera les deux pays. Cet accord qui laisse entrevoir de nouvelles opportunités de sécurité énergétique constitue également une rampe de lancement pour l’émergence d’une solide industrie gazière à l’échelle régionale dans un contexte géopolitique marqué par l’envolée des prix des hydrocarbures depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Décryptage.

Publiée mardi 20 août 2024 à 15:24:24Modifiée mardi 20 août 2024 à 17:27:04Temps de lecture 5 minPar René Ombala

La signature du contrat entre le chef d’État Nigérian (à gauche ) et son homologue équato-guinéen

Le mercredi 14 août dernier, le palais du peuple de Malabo a été le théâtre de la signature d’un accord entre la Guinée Equatoriale et le Nigeria portant sur la construction d’un gazoduc reliant les deux pays en passant par le golfe de Guinée. Selon les informations relayées sur le site web de la présidence nigériane, l’accord établit « les mesures législatives et réglementaires relatives au gazoduc, à son établissement et à son exploitation, au transit du gaz naturel, à la propriété du gazoduc et aux principes généraux ». Celui de la Présidence équato-guinéenne sera plus clair, indiquant que l’infrastructure servira à transporter le gaz nigérian pour approvisionner l’unité de liquéfaction de la société EG LNG située à Punta Europa sur l’île de Bioko. Les contours liés à la mise en place et l’exploitation de cette infrastructure logistique n’ont pas été dévoilés. Mais pour Abuja comme Malabo les enjeux sont énormes.

Sécurité énergétique

« En nous associant au Nigeria sur le gazoduc du golfe de Guinée, nous renforçons non seulement la coopération bilatérale mais aussi la collaboration régionale pour assurer un approvisionnement sûr et fiable en gaz pour notre installation de GNL à Punta Europa pour les années à venir. Ce projet débloque une valeur économique immense pour nos deux pays, favorisant le développement durable et la sécurité énergétique dans toute la région », a déclaré Antonio Oburu Ondo, ministre des Mines et des Hydrocarbures de Guinée Équatoriale. En effet, selon l’accord, le gaz nigérian traité à Punta Europa sera vendu aux sociétés d’électricité et aux industriels ce qui représente une réelle opportunité pour l’approvisionnement énergétique Afrique centrale et de l’Ouest. Ce qui représente un pas de plus de Malabo dans son ambition de devenir une plaque tournante de classe mondiale pour la monétisation du gaz local à travers son projet Gas Mega Hub (GMH) à Punta Europa. Mise en service en 2007, cette unité de liquéfaction avait été développée dans le but de monétiser les ressources gazières des champs nationaux et régionaux.

Lire aussi : Hydrocarbures : le Nigeria signe pour le traitement de son gaz en Guinée Equatoriale

Au départ, le gaz était traité à partir du champ d'Alba, mais face au déclin naturel, des sources alternatives ont été envisagées. Selon la chambre africaine de l’Énergie (CAE), la première phase du projet a été achevée en 2021 avec le raccordement du champ d'Alen à l'installation. La deuxième phase du projet d'expansion impliquera le traitement du gaz du champ d'Alba selon de nouvelles conditions contractuelles tandis que la troisième phase mettra en service un nouveau champ gazier en traitant le gaz du champ d'Aseng exploité par Noble Energy. Ces phases consécutives répondent directement au déclin de la production en Guinée équatoriale tout en positionnant Punta Europa comme. Avant le Nigéria, la Guinée Équatoriale a signé en mars 2023, un accord avec le Cameroun pour le développement du champ gazier de Yoyo-Yolanda à la frontière entre les deux pays. Les réserves totales de ce champ représentent 2 500 milliards de pieds cubes de gaz naturel, soit 7 079,25 milliards de mètres cubes, dont 84% des réserves appartiennent au Cameroun, et 16% à la Guinée équatoriale. L’accord intègre également le développement du champ gazier d’Etinde, le champ de Camen et le champ de Diega.

Pour le Nigéria, une opportunité de monétiser son potentiel

Avec des réserves prouvées de 1,5 milliards de pieds cubes de gaz, la Guinée Équatoriale pourrait difficilement soutenir son objectif de hub gazier régional d’où l’intérêt des accords signés avec ses voisins. S’il est davantage connu comme le premier producteur africain de pétrole brut, le Nigéria est surtout un géant gazier dont le sous-sol dispose de 208.830 milliards de pieds cubes de gaz soit environ 33% des réserves de toute l’Afrique. Un potentiel qui n’est que très faiblement exploité en raison du déficit d’infrastructures. Selon les autorités, seul 3% des réserves gazières du Nigéria sont actuellement exploitées.

C’est dans cette dynamique que le pays a signé en 2016 avec le Maroc, un accord pour la construction d’un gazoduc long d’environ 6 000 km, qui devrait traverser treize pays africains sur la façade atlantique pour acheminer des milliards de mètres cubes de gaz nigérian jusqu’au royaume chérifien avant son expédition vers l’Europe. La mise en œuvre de ce gazoduc géant, au coût estimé à 23 milliards d’euros, reste toutefois conditionnée par l’obtention de l’accord des pays par lesquels il passera.

Conflit russo-ukrainien

Le Nigeria et la Guinée Equatoriale sont deux pays qui ont une forte dépendance au pétrole. L’or noir représente 72,3% des recettes d’exportations de la nation la plus peuplée d’Afrique (environ 220 millions d’habitants) et environ 70% du PIB pour le pays d’Afrique centrale. Avec les fluctuations mondiales du cours du baril, les recettes de ces 2 pays ont sérieusement pris un coup d’où l’intérêt de monétiser d’autres ressources naturelles. L’enjeu en vaut d’autant plus la chandelle que les sanctions contre la Russie consécutives à la guerre en Ukraine, ont amené l’Europe à réduire sa dépendance à l'égard des approvisionnements en gaz russes. Un changement de paradigme qui pourra représenter une réelle opportunité pour les deux nations.

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