La République centrafricaine a franchi une nouvelle étape dans sa volonté de reprendre le contrôle de son secteur minier. Le 12 juin, les autorités ont officiellement présenté la première promotion de la police des mines, une force paramilitaire créée par le nouveau code minier et appelée à être déployée immédiatement sur les principaux sites d'exploitation aurifère et diamantifère du pays. Placée sous la tutelle du ministère des Mines et de la Géologie, cette unité comprend notamment une garnison dédiée à la sécurisation des sites ainsi qu'une brigade spécialisée dans la lutte contre la fraude, la contrebande et les trafics de minerais. Sa mise en service intervient quelques jours seulement après l'annonce par le gouvernement d'un dispositif de vidéosurveillance destiné à renforcer le contrôle de la chaîne de production de l'or.
Selon les autorités, plus de la moitié de la production nationale d'or échappe encore aux circuits officiels. La Banque mondiale estime pour sa part que près de 75 % de l'or produit dans le pays serait exporté ou commercialisé hors des canaux déclarés. Cette situation prive l'État de recettes fiscales importantes et alimente des réseaux de contrebande actifs dans plusieurs régions du pays. La nouvelle police des mines devra ainsi contrôler les sites d'exploitation, surveiller le transport des minerais et lutter contre les exportations frauduleuses. Elle sera également chargée de veiller au respect des obligations de transparence introduites par le code minier adopté en 2024.
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Mais au-delà de l'affichage sécuritaire, les défis restent nombreux. Dans son dernier rapport, l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) relevait que seules trois des dix-neuf entreprises minières retenues dans son périmètre de contrôle avaient transmis leurs déclarations au début de l'année 2025. Plusieurs opérateurs continuent ainsi d'échapper aux exigences de divulgation des paiements, des contrats ou des bénéficiaires effectifs. Cette faiblesse de la gouvernance minière préoccupe également le Fonds monétaire international. Lors de l'approbation, en 2024, d'un financement de plus de 33 milliards de FCFA au profit de la Centrafrique, l'institution avait identifié l'application effective du nouveau code minier parmi les réformes prioritaires pour renforcer les finances publiques et améliorer la mobilisation des recettes domestiques.
Or plusieurs instruments clés de cette réforme restent encore à l'état de projet. La société publique Geminca, appelée à centraliser la collecte, la commercialisation et l'exportation des pierres et métaux précieux, n'est toujours pas opérationnelle. D'autres structures annoncées pour renforcer le contrôle du secteur, notamment une task-force nationale de lutte contre la fraude et plusieurs unités minières régionales, tardent également à voir le jour. Dans ces conditions, la réussite de la police des mines dépendra moins de son existence juridique que des moyens qui lui seront accordés et de sa capacité à agir en coordination avec l'administration minière, les services fiscaux et les forces de sécurité. Car en Centrafrique, la bataille pour le contrôle des ressources minières se joue autant sur le terrain que dans la capacité de l'État à faire appliquer ses propres réformes.
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