Le Premier ministre du Cameroun, Joseph Dion Ngute, a présidé vendredi dernier la 46e session ordinaire du Conseil des ministres de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (Appo), que Yaoundé accueille depuis le 28 octobre. C’est le clou des réunions statutaires de cette instance intergouvernementale mise en place en 1987 dans l’optique de servir de plateforme de coopération aux pays producteurs de pétrole et de gaz ou potentiellement producteurs desdites ressources sur le continent.
Le 30 octobre, le conseil exécutif s’était réuni en sa 19e session au Hilton Hôtel de Yaoundé pour préparer les résolutions à soumettre à la sanction de cette instance supérieure, relativement à l’opérationnalisation de la Banque africaine de l’énergie (BAE). La mise sur orbite de cette institution financière constitue, en effet, le principal enjeu du double événement de l’APPO, au moment où les grandes compagnies occidentales qui ont de tout temps assuré à 80% au moins le financement des activités pétrolières en Afrique, y renoncent au nom d’un certain impératif à mettre la croix sur les énergies fossiles à travers la planète.
Face à la presse mercredi dernier, le secrétaire général de l’APPO, le Nigérian Omar Farouk Ibrahim, a dit être convaincu que si tout se passe bien, la BAE pourra être opérationnalisée d’ici la fin du premier trimestre de 2025. « Les réunions statutaires de Yaoundé sont déterminantes dans la mesure où il faut que les pays signent l’accord portant création de la Bae et qu’ils le transforment en lois internes. Chaque pays a ses procédures ; il faut que celles-ci soient engagées parce que c’est le budget public des Etats qui va financer cette banque par un système de quotes-parts comme c’est le cas pour toutes les institutions de ce type », explique Boukar Moustapha, membre du conseil de l’APPO, représentant du Tchad au sein de l’organisation. Il faut rappeler qu’au terme de la Cop26 tenue en novembre 2021 à Glasgow, en Ecosse, une vingtaine de pays développés d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord s’étaient en effet engagés à mettre un terme à l’accompagnement de projets pétroliers et gaziers n’incluant pas des technologies de capture de carbone à l’étranger, en respect du mot de boycott des énergies fossiles donné par les différentes conférences sur le climat.
Afreximbank
Ils emboîtaient ainsi le pays au Groupe de la Banque mondiale (2017) et à la Banque européenne d'investissement (2021), sans pour autant proposer des solutions alternatives concrètes en matière de financement des énergies propres au profit de l’Afrique qui demeure un désert industriel et pour qui les énergies renouvelables restent un luxe parce que trop onéreuses et demandeuses d’investissements extrêmement colossaux. Fait extrêmement rare, l’Afrique s’est refusée, cette fois, à se livrer en victime expiatoire au nouveau paradigme de la transition écologique. L’APPO s’est mise en avant-garde, en soutenant que « les pays africains ne peuvent se passer des réelles opportunités de développement offertes par l’exploitation des richesses énergétiques de leur sous-sol, dans leur politique de création de meilleures conditions de vie pour leurs populations ». Et dans un élan de pragmatisme, l’organisation avait fait part, en mai 2022, de son intention de mettre sur pied la Banque africaine de l’énergie, en collaboration avec la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), le pendant de la Banque africaine de développement (Bad) consacré au financement des activités commerciales sur le continent.
D’après Omar Farouk Ibrahim, 45% des 5 milliards de dollars (près de 3030 milliards Fcfa) qui représentent le capital social de la future banque ont déjà été mobilisés. Une avancée importante vers le lancement effectif des activités de cette institution qui a vocation à combler le vide financier créé par la défection des bailleurs de fonds et des compagnies pétrolières occidentales. Cette institution « est appelée à jouer un rôle de premier plan dans le financement de l’industrie pétrolière et gazière du continent qui, suivant les chiffres de l’APPO, regorge plus de 125 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole brut et plus de 600.000 milliards de réserves prouvées de gaz », explique l’organisation. Des sources proches du dossiers confient que cette partie du capital de la BAE a été constituée par le Nigeria, le Ghana, l’Angola, entre autres. Le Cameroun et ses voisins de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), hormis la République centrafricaine qui ne fait partie des pays producteurs de pétrole, n’ont toujours pas indiqué à combien s’élèverait leur quotes-parts dans le capital de la future banque. Peut-être vont-ils enfin se prononcer après les travaux de Yaoundé.








