Ce lundi, 30 septembre, Antonio Oburu Ondo, ministre des Hydrocarbures et du Développement minéral de la Guinée équatoriale, a publié une tribune pour expliquer pourquoi le départ du géant pétrolier ExxonMobil après près de 30 ans ouvre un nouveau chapitre pétrolier et gazier pour son pays. Après avoir annoncé dès 2022 qu’elle ne comptait pas renouveler ses licences à leur expiration en 2026, la majore pétrolière américaine a finalement précipité sa sortie en mettant fin à ses opérations dans le pays il y a plusieurs semaines. Avec ce départ qui « marque la fin d’un chapitre important de l’histoire pétrolière de notre pays », souligne Antonio Oburu Ondo, elle concrétisait sa volonté de tourner définitivement le dos au secteur pétrolier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). La Guinée équatoriale était, en effet, restée le dernier pays de cet espace communautaire où cette compagnie était encore présente. En novembre 2023, un accord avait signé entre l’Etat de Guinée équatoriale et la compagnie américaine pour le transfert à GEPetrol, la compagnie pétrolière nationale en tant qu’opérateur, des actifs pétroliers et gaziers d’ExxonMobil. Et à en croire le ministre des Hydrocarbures et du Développement minéral, ce processus « s’est déroulé sans heurts, Exxon ayant veillé à ce que le transfert se fasse en toute sécurité pour toutes les parties concernées ». Le montant de la transaction reste toutefois secret.
Celui qui aura joué un rôle central dans la conclusion de ce deal se dit convaincu que cette transition marque le début d’une ère nouvelle et passionnante pour GEPetrol et la Guinée équatoriale. « Ayant occupé le poste de directeur général de GEPetrol, je peux parler en connaissance de cause de sa capacité à accroître la production pétrolière du pays. C’est donc dans cette optique que notre compagnie pétrolière nationale va entrer dans une nouvelle phase de production et d’exploration, qui comprendra l’important redéveloppement du champ de Zafiro », se félicite-t-il, bottant en touche les critiques selon lesquelles le vrai départ des Américains est lié à l’effondrement de la production nationale de pétrole, de 300.000 b/j en 2021 à près de 100.000 b/j en 2021.
Le ministre annonce qu’en tant que nouvel exploitant du champ de Zafiro, qui a fait l’objet de travaux de rénovation effectués par ExxonMobil et dont le potentiel, « très élevé et qui est super-productif », GEPetrol poursuit des plans visant à augmenter la production de ce champ. Antonio Oburu Ondo ajoute d’ailleurs que le développement de ce champ devrait commencer à l’ouverture de 2025, avec trois phases à exécuter au cours de l’année. « Les nouveaux contrats de services techniques conclus par GEPetrol avec des tiers (Petrofac) joueront un rôle essentiel dans cet effort. Ces accords permettront de fournir des services aux bases d’appui terrestres, à un navire flottant, à des unités de production, de stockage et de déchargement, et à une plateforme. Et nous avons l’intention d’engager davantage de sociétés de services et d’institutions financières pour améliorer la production dans ce champ, c’est un processus auquel nous nous attaquons déjà ».
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La mise en exploitation de nouveaux champs est d’autant plus urgente qu’il faut à tout prix éloigner le scénario catastrophe annoncée par le Fonds monétaire international (Fmi), à savoir une chute de la production de la Guinée équatoriale de 50% entre 2024 et 2028. Pour l’accompagner dans son projet de « construire un secteur des hydrocarbures de classe mondiale », l’Etat équato-guinéen entend s’appuyer sur l’experts d’un certain nombre de producteurs indépendants, à l’instar de Kosmos Energy, Africa Oil Corp, Panoro Energy, Trident Energy, ainsi qu’avec Chevron et Marathon Oil, EG LNG (gaz naturel liquéfié). « Non seulement nous fournirons de l’énergie pour répondre à la demande internationale, mais nous répondrons également aux besoins de notre propre population », assure le ministre. Il est à noter que près du champ de Zafiro en question, les compagnies de services pétroliers ont récemment signé un accord avec Chevron pour le développement d’anciennes propriétés d’ExxonMobil, notamment les blocs EG-06 et EG-11, « qui contribueront également à revigorer l’industrie des hydrocarbures de notre pays », selon le gouvernement. Qui dit travailler activement à rendre l’investissement dans les hydrocarbures attractif. Un large éventail de mesures ont d’ores et déjà été prises, qui visent à accroître la rentabilité pour les investisseurs. Au plan fiscal, les réformes entrées en vigueur cette année concernent, une réduction de l’impôt sur le revenu des sociétés de 35% à 25%, une réduction de l’impôt sur les dividendes de 25% à 10%, entre autres réformes visant à accroître la sécurité « pour les investisseurs américains grâce à de meilleurs rendements ».
Les autorités du pays promettent qu’elles ne s’arrêteront pas là. « Nous nous sommes engagés à réviser nos lois et réglementations sur les hydrocarbures afin de les améliorer et de les moderniser. En concevant un régime fiscal de classe mondiale, nous pouvons stabiliser le marché et attirer les investisseurs dans le secteur des hydrocarbures dans le pays. Notre infrastructure nationale de transformation est un attrait supplémentaire pour les investisseurs à la recherche d’un bon retour sur investissement », assure Malabo. Le ministère des Hydrocarbures et du Développement minéral garantit qu’il « restera à la disposition de tous les investisseurs, actuels et potentiels, afin de continuer à renforcer la confiance dans le secteur et parmi ses acteurs », surtout que « cette politique de portes ouvertes a donné de bons résultats et a permis de retirer des blocs de pétrole et de gaz de nos étagères. D’autres blocs vont être retirés. Le gouvernement va continuer à être un ami et un facilitateur pour ses investisseurs ».
Le gouvernement équato-guinéen pense, du reste, que la présence d’ExxonMobil a beaucoup apporté à l’économie du pays et à la qualité de vie de ses populations. « Les découvertes de Mobil Corporation en Guinée équatoriale au milieu des années 1990, suivies de l’acquisition de Mobil par Exxon, ont entraîné un boom pétrolier sans précédent pour le pays, l’impulsion principale de cette escalade venant du champ Zafiro d’Exxon. Ce boom nous a donné ce que Energy Voice appelle « l’un des taux les plus élevés de produit intérieur brut par habitant en Afrique ». Parallèlement à cette formidable croissance du Pib, la Guinée équatoriale est devenue membre à part entière de l’OPEP en 2017, ce qui a renforcé notre statut au sein de l’industrie », conclut Antonio Oburu Ondo.



