Au Cameroun, l’opération de rachat par l’Etat des parts d’Actis dans le capital d’Eneo, concessionnaire du service public de l’énergie électrique se heurte à un nouvel obstacle. Des divergences persistent sur le montant de l’offre à formuler au fonds d’investissement britannique afin qu’il se retire de l’actionnariat d’Eneo. Selon des sources proches consultées par EcoMatin, Actis exige à Yaoundé, une enveloppe comprise entre 100 milliards et 125 milliards de Fcfa. Une offre résultant d’une due diligence menée par le cabinet Camerounais Financia Capital qui fait également office de conseil financier de l’actionnaire majoritaire du producteur d’électricité dans cette opération. Le Comité interministériel camerounais composé du ministère des Finances, ceux de l’Eau et de l’Energie, et de l’Economie pour sa part n’entend pas aller au-delà des 80 milliards de Fcfa au titre du ticket de sortie pour acquérir les parts d’Actis.
Une seconde offre à 45 milliards de Fcfa
Seulement, la proposition transmise par le Comité piloté par Louis Paul Motaze à la Présidence de la République il y a plusieurs semaines, ne fait pas l’unanimité. Selon nos sources, certains hauts fonctionnaires en service au Palais d’Etoudi feraient blocus pour que le Cameroun n’ait pas à dépenser plus de 45 milliards de Fcfa dans le cadre de cette transaction. Ces derniers, a appris EcoMatin, se baseraient sur deux principaux éléments pour soutenir leur position. Dans un premier temps, l’on reproche à Eneo de n’avoir pas rempli son cahier de charges relatif aux investissements. L’enveloppe mobilisée chaque année par l’énergéticien serait très en-deçà des attentes d’une partie du gouvernement.
Griefs
En 2024 par exemple, le Conseil d’administration d’Eneo a approuvé un budget d'investissement de 52,5 milliards de Fcfa. Un budget en baisse de 12,42 milliards de Fcfa (-19,10%) par rapport aux 65 milliards de Fcfa consentis en 2023. Cette baisse serait liée à la situation financière de l’entreprise qui, au 31 décembre 2022, accumulait une dette de plus de 700 milliards de Fcfa dont près de 336 milliards de Fcfa (48%) dus aux fournisseurs parmi lesquels des entreprises publiques. Or, en 2022 justement, l’entreprise revendiquait un budget de 73,9 milliards de Fcfa au titre des investissements réalisés contre 53 milliards en 2021 (27%). Seulement, entre délestage, tensions permanentes avec ses sous-traitants, plaintes incessantes des clients, hausse des tarifs… les investissements d’Eneo ne convainquent pas tout le monde à Yaoundé. « C’est un argument qui a toute sa place dans ce type de tractations. Quand on regarde le secteur, l’Etat est en droit de penser qu'après le départ d’Actis, il va devoir consentir d'énormes efforts pour financer des projets qui incombent initialement à l'entreprise. Ce qui induirait des coûts supplémentaires pour l’Etat », explique une source.
Lire aussi : Rachat d’Eneo par l’Etat : le montant du ticket de sortie divise Actis et le gouvernement camerounais
L’autre point pour lequel le billet de sortie d’Actis divise à la Présidence de la République camerounaise repose sur les multiples désaccords qui ont souvent émaillé les relations entre Eneo et le régulateur du secteur de l’électricité, l’Arsel, au sujet du non-respect répété de certaines dispositions du Règlement du service de distribution de l’électricité. Des actes qui auraient eu pour conséquence, d’alourdir indument la facture des consommateurs pendant de nombreuses années. Ainsi, à Etoundi, d’aucuns estiment que les ménages camerounais ont suffisamment payé pour que la valeur des actions d’Actis dans le capital d’Eneo dépasse les 45 milliards de Fcfa.
Lire aussi : Energie : Eneo revendique un taux d’accès à l’électricité de 68% au Cameroun en juin 2024
Pourtant, le ticket de sortie de 80 milliards de Fcfa proposé par le Comité interministériel chapeauté par le Minfi dans le cadre de cette opération fait suite à l’évaluation réalisée par la filiale française du cabinet d’audit KPMG sur la valeur réelle de l’action d’Eneo. Ce cabinet avait été recruté en septembre 2023 en vue d’aider le gouvernement à disposer de lisibilité sur le poids de cette société en vue de la signature d’un protocole d’accord transactionnel visant la conclusion de l’opération de rachat de toutes les parts d’Actis. C’est à la suite de ce tournant que le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a, le 22 novembre 2023, au sortir d’une réunion du Comité interministériel chargé de conduire l’opération, annoncé l’ouverture des discussions entre les deux actionnaires majoritaires (44% pour l’Etat du Cameroun et 51% pour Actis) en vue du bouclage de cette opération qui serait bien partie pour durer.
Lire aussi : Eurobonds, CBC Bank, Bdeac… Qui est Stéphane Charbit, le monsieur Afrique de Rothschild & Co
Notons qu’au moment où Actis souhaite quitter Eneo, l’entreprise réclame à l’Etat central et ses entités 266 milliards de Fcfa au 31 décembre 2023. Une dette non reconnue par le ministère des Finances qui, citant un document de conciliation du mois d’avril de l’année en cours, sous réserve de vérifications contradictoires, retraçait en détail, les créances de l’énergéticien consolidées, réconciliées et validées par le régulateur sur les entreprises et établissements publics camerounais ainsi que sur d’autres entités publiques au 31 décembre 2023. Soit respectivement 66,766 milliards de Fcfa et 328,504 milliards de Fcfa.



