Le thème de cette année, « Une nouvelle ere : le temps des puissances financieres africaines est venu » de l’Africa Financial Summit (AFIS) organisée les 9 et 10 Décembre à Casablanca, marque un tournant majeur pour le continent. Quelle est la signification de ce choix et comment reflète-t-il les dynamiques financières actuelles en Afrique ?
En effet, Africa Financial Summit - AFIS fondé par Jeune Afrique Média Group en 2021 et co-organisé par l'International Finance Corporation (IFC), membre de la Banque Mondiale, le Ministère de l’Economie et des Finances du Maroc et la Bourse de Casablanca se tiendra cette année à Casablanca, les 9 et 10 décembre 2024. Le thème de cette année, « Une nouvelle ère : le temps des puissances financières africaines est venu », reflète l’ambition et le potentiel croissant des institutions financières africaines à jouer un rôle central dans l’économie mondiale. Il incarne une vision d’un secteur financier mature et capable de mobiliser des capitaux pour répondre aux besoins spécifiques du continent, tout en attirant davantage d’investissements internationaux.
Ce choix s’aligne avec les dynamiques actuelles, où les banques, fintechs et bourses africaines innovent et s’imposent progressivement sur la scène régionale et internationale. Des initiatives comme AELP favorisent l’intégration des marchés et l’augmentation des flux de capitaux transfrontaliers, tandis que les efforts pour harmoniser les cadres réglementaires renforcent la souveraineté financière et l’utilisation des ressources locales.
Les débats porteront sur des questions stratégiques telles que l’harmonisation des exigences de fonds propres entre les différentes juridictions africaines, afin de réduire la fragmentation et de renforcer la compétitivité des institutions financières sur les marchés internationaux.
Cette thématique invite également à une réflexion réaliste sur les défis actuels, tels que la fragmentation des marchés, les inégalités entre pays, et les besoins d’inclusion financière encore non satisfaits. Elle appelle les acteurs financiers à transformer ces ambitions en actions concrètes pour construire un écosystème résilient, inclusif et adapté aux réalités du continent.
En somme, ce thème traduit une vision ambitieuse, mais pragmatique, qui reconnaît les progrès réalisés tout en mettant en lumière les efforts nécessaires pour ancrer durablement les institutions financières africaines comme moteurs de croissance et d’innovation à l’échelle mondiale.
Un marché boursier panafricain et intégré pourrait-il offrir un levier plus fort pour attirer et retenir les investissements ? Quels en seraient les principaux avantages et défis ?
Un marché boursier panafricain intégré constituerait un levier essentiel pour attirer et retenir les investissements sur le continent. En harmonisant les cadres réglementaires et en regroupant les ressources, il permettrait d’accroître la profondeur et la liquidité des marchés financiers africains, rendant ainsi les bourses plus attractives pour les investisseurs locaux et internationaux.
Un tel marché faciliterait l’accès des entreprises africaines à des financements compétitifs, tout en réduisant les barrières aux flux de capitaux transfrontaliers. Les bénéfices seraient considérables, notamment en termes de mobilisation accrue de capitaux, de diversification des portefeuilles et de visibilité internationale pour les entreprises africaines.
Un marché boursier panafricain intégré constituerait un levier essentiel pour attirer et retenir les investissements sur le continent.

Cependant, des défis importants demeurent comme la nécessité d’une harmonisation réglementaire, la fragmentation des marchés, le renforcement des infrastructures et la gestion du risque perçu par les investisseurs. Ces obstacles ne sont pas insurmontables et, avec une coopération étroite entre les régulateurs, les gouvernements et les acteurs privés, je suis persuadée que l’Afrique pourrait relever ce défi et bâtir un marché boursier intégré à la hauteur de son potentiel.
Face aux changements persistants de l’ordre financier mondial, dans quelle mesure peut-on envisager un secteur financier africain autonome, indépendant des grands centres financiers internationaux ? Quels obstacles et quelles opportunités se présentent ?
Il est clair que l’émergence d’un secteur financier africain autonome est à la fois une nécessité et une opportunité unique. L’Afrique peut renforcer sa souveraineté financière en s’appuyant sur des solutions locales, des technologies innovantes comme la blockchain et l’intelligence artificielle, ainsi qu’une intégration régionale accrue. Dans ce contexte de transformations rapides de l’ordre financier mondial, des succès récents comme le développement du PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), qui facilite les transactions intra-africaines, montrent que le continent peut réduire sa dépendance aux grands centres financiers internationaux. De même, les initiatives des banques centrales africaines autour des monnaies numériques (CBDC) illustrent la volonté de maîtriser les flux financiers et d’innover.
Toutefois, les obstacles restent significatifs, notamment la fragmentation des marchés financiers, la faiblesse de la coordination réglementaire et la dépendance aux financements extérieurs, qui représentent encore une part importante des flux de capitaux. Par ailleurs, la perception élevée du risque et les infrastructures insuffisantes freinent l’émergence d’un écosystème véritablement indépendant.
L’intelligence artificielle (IA) constitue indéniablement un catalyseur majeur pour l’essor des services financiers numériques en Afrique.
Malgré ces défis, des opportunités réelles existent, comme le renforcement des initiatives régionales portées par la ZLECAF, qui vise à harmoniser les marchés, ou encore l’essor des fintechs africaines, qui attirent des investissements globaux et favorisent l’inclusion financière. Ces avancées montrent que l’Afrique dispose des atouts nécessaires pour bâtir un secteur financier résilient et compétitif, en misant sur ses ressources locales, ses talents et une intégration économique renforcée.
Dans un contexte de resserrement des conditions financières mondiales, que peut-on attendre du panel des gouverneurs des banques centrales lors de l'AFIS à Casablanca ?
Dans un contexte marqué par un resserrement des conditions financières mondiales, cette discussion abordera les moyens par lesquels les banques centrales peuvent soutenir l’émergence d’institutions financières bien capitalisées, tout en répondant aux défis d’inclusion financière et de stabilité.
Les débats porteront sur des questions stratégiques telles que l’harmonisation des exigences de fonds propres entre les différentes juridictions africaines, afin de réduire la fragmentation et de renforcer la compétitivité des institutions financières sur les marchés internationaux. Une attention particulière sera également accordée à l’évaluation des approches réglementaires, en comparant l’efficacité d’une augmentation des exigences de capital minimum avec celle d’un cadre basé sur les risques.
Dans un environnement où les fintechs et néo-banques prennent de plus en plus d’importance, les participants discuteront de la nécessité de cadres réglementaires adaptés à ces nouveaux acteurs, pour garantir leur contribution au financement de l’économie tout en limitant les risques systémiques.
Ce panel attendu par beaucoup de participants, promet comme chaque année de fournir des perspectives essentielles sur la manière dont les régulateurs africains peuvent équilibrer stabilité, innovation et croissance, en s’appuyant sur des politiques audacieuses mais inclusives pour transformer le paysage financier du continent.
L’intelligence artificielle représente-t-elle un véritable catalyseur pour l’essor des services financiers numériques sur le continent ?
L’intelligence artificielle (IA) constitue indéniablement un catalyseur majeur pour l’essor des services financiers numériques en Afrique. Sur un continent où une partie de la population reste exclue du système bancaire traditionnel, l’IA offre des solutions innovantes pour surmonter les obstacles historiques liés à l’accès, à l’infrastructure et à la personnalisation des services financiers.
Grâce à des technologies telles que le machine learning, l’IA permet de développer des solutions adaptées aux spécificités locales, comme l’évaluation du risque de crédit pour les populations sans historique bancaire, ou encore la détection des fraudes dans des environnements numériques en pleine expansion. Elle facilite également une expérience cliente améliorée, notamment via des chatbots multilingues ou des interfaces vocales qui rendent les services financiers plus accessibles aux populations rurales ou peu alphabétisées.

L’IA joue également un rôle central dans la lutte contre les coûts élevés des transactions financières, un enjeu critique pour l’Afrique. Par exemple, les algorithmes d’optimisation permettent de réduire les coûts des paiements transfrontaliers et de dynamiser les flux financiers intra-africains, en ligne avec les ambitions de la ZLECAF. De plus, son intégration dans les fintechs accélère l’innovation dans des domaines comme l’assurance inclusive, les plateformes de paiement et l’épargne automatisée.
Cependant, son adoption nécessite des cadres réglementaires adaptés pour gérer les risques liés aux données, ainsi que des investissements dans les infrastructures et la formation des talents.
Avec le désengagement des acteurs occidentaux dans le financement des énergies fossiles, quelles options s’offrent aux pays africains pour combler leurs besoins énergétiques et renforcer leurs infrastructures ? Vers quelles sources de financement et technologies peuvent-ils se tourner ?
Avec le désengagement des acteurs occidentaux dans le financement des énergies fossiles, les pays africains doivent repenser leur stratégie pour combler leurs besoins énergétiques et développer leurs infrastructures. Les financements sud-sud, par exemple, jouent un rôle croissant. La Chine reste un acteur majeur, comme en témoigne son soutien au projet hydroélectrique de Mambilla au Nigeria, d’une capacité prévue de 3 050 MW. L’Inde, de son côté, investit dans des projets solaires à travers l’Alliance Solaire Internationale, qui inclut de nombreux pays africains.
Les États du Golfe, comme le Qatar et les Émirats Arabes Unis, participent également au financement de projets énergétiques, notamment dans les infrastructures de gaz naturel au Mozambique. Les banques de développement régionales, telles que la Banque Africaine de Développement (BAD), soutiennent des initiatives phares, comme le projet Desert to Power visant à installer 10 GW de capacité solaire dans le Sahel.
En matière de technologies, l’Afrique a déjà démontré un potentiel impressionnant dans les énergies renouvelables. Le Maroc, avec son complexe solaire Noor à Ouarzazate, est un exemple emblématique, produisant de l’électricité pour plus de 2 millions de personnes.
Pour attirer ces financements et adopter ces technologies, les pays africains doivent renforcer leurs cadres réglementaires, améliorer la transparence des projets et favoriser des partenariats public-privé. Par exemple, l’Égypte a adopté une approche proactive en signant des partenariats avec des investisseurs étrangers pour développer ses capacités d’énergies renouvelables, notamment lors de la COP27.
En diversifiant leurs sources de financement et en misant sur des solutions technologiques innovantes et adaptées, les pays africains peuvent transformer le défi énergétique en une opportunité de croissance et de développement durable, tout en répondant aux besoins croissants de leurs populations et industries.








