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Banques et FinanceEecomembre

Secteur bancaire : À Bangui, la COBAC sonne l'alerte sur les risques systémiques dans la CEMAC

Malgré une rentabilité en forte progression, les banques de la CEMAC reposent sur un équilibre instable. À l’occasion de la 14e concertation annuelle tenue à Bangui, la COBAC a mis en garde contre une concentration excessive des risques et une dérive vers le financement quasi exclusif des États.

Publiée mercredi 25 juin 2025 à 10:06:42Modifiée mercredi 25 juin 2025 à 10:06:44Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Marcel Ondele, futur SG de la Cobac
Marcel Ondele, le Secrétaire général de la Cobac

La 14e édition de la concertation annuelle entre le Président de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) et la profession bancaire et financière de la CEMAC, tenue le 23 juin 2025 à Bangui, a permis de braquer les projecteurs sur les failles structurelles du système bancaire régional. Si les chiffres globaux dégagent une certaine solidité apparente, la réalité prudentielle des établissements bancaires suscite de vives inquiétudes.


A première vue, le paysage semble florissant. Au 31 mars 2025, les 53 banques actives dans la région affichent un total bilan de 25 974 milliards FCFA (+11 % sur un an), des dépôts en hausse à 18 330 milliards FCFA et un excédent de trésorerie de plus de 9 000 milliards FCFA. Le bénéfice net cumulé s'établit à 450 milliards FCFA à fin 2024, soit deux fois plus qu'en 2019.

Lire aussi : RCA : Bangui mobilise les banques locales pour la table ronde des bailleurs de fonds prévue en juin au Maroc

Mais derrière cette performance comptable, le système bancaire est miné par des dérives structurelles : une concentration excessive des financements, une surexposition au risque souverain, une dépendance accrue à un nombre réduit de clients et de secteurs, et des difficultés à respecter certaines normes prudentielles imposées par la COBAC. « On note une tendance affichée par la grande majorité d’établissements assujettis à mettre au premier plan leurs objectifs de rentabilité, quitte à s’affranchir des règles de prudence édictées par l’organe de supervision bancaire », a déclaré Yvon Sana Bangui dans son discours d’ouverture.

Un système bancarisé… au service du souverain

En priorité sur la table des discussions à Bangui, la forte réorientation des financements bancaires vers les titres publics. L’encours des dettes émises sur le marché obligataire régional a explosé, passant de 1 011 milliards FCFA en 2018 à 7 669 milliards FCFA en mars 2025. Une dynamique alimentée par les besoins budgétaires des États, notamment en réaction à la crise du Covid-19, et par la titrisation des arriérés intérieurs. Conséquence, les banques délaissent progressivement le secteur privé. En valeur relative, les concours au secteur privé sont passés de 66 % des financements bruts en 2018 à 49 % en mars 2025. Inversement, les concours aux Etats sont passés de 25 % à 42 % sur la même période.

Une concentration à plusieurs niveaux


Onze banques, soit 20 % des établissements agréés, concentrent à elles seules 54 % des financements dans la région. Cette tendance est visible dans chaque pays : 83 % des crédits en Guinée équatoriale proviennent de seulement trois banques ; au Tchad, cinq banques concentrent 84 % des financements. Le phénomène se reflète également dans les montants unitaires. Les 50 plus gros financements représentent encore 63 % de l'encours total à fin mars 2025 (contre 74 % en 2018).

Une rentabilité en trompe-l’œil


Cette concentration, en particulier sur les titres publics, booste artificiellement la rentabilité des banques : les titres étant non soumis à provision, ils permettent d’afficher de bons résultats sans pour autant refléter une meilleure solidité financière. La marge sur les opérations financières a bondi de 671 % entre 2018 et 2024. Mais cet effet est à double tranchant : une dégradation de la situation budgétaire d’un Etat, une baisse des prix du pétrole ou une perte de notation pourraient avoir des effets immédiats et systémiques.

Des recommandations fortes de la COBAC


Pour faire face à ces risques systémiques, la COBAC préconise un ensemble cohérent de mesures correctrices visant à renforcer la supervision bancaire. Parmi celles-ci : le déploiement de missions d’audit CERBER pour contrôler la qualité des reportings sectoriels, notamment sur la ventilation des crédits ; la mise en place d’un suivi renforcé des 50 plus grosses expositions avec obligation de reporting trimestriel ; l’instauration de stress tests ciblés simulant des chocs sur ces expositions majeures ; l’introduction de coussins de capital supplémentaires (Pilier 2) pour les banques fortement exposées, l’adoption rapide du ratio de levier conditionnant le versement des dividendes ; la révision à la baisse de la limite individuelle des grands risques pour les banques systémiques ; le relèvement du capital minimum exigé ; et enfin, l’intégration systématique d’un volet sur la gestion du risque de concentration dans les rapports de contrôle interne. Ces mesures combinées doivent permettre d’accroître la résilience du système bancaire de la CEMAC face aux chocs et aux dérives liées à la concentration des risques.

Un appel à la responsabilité collective


Comme l’a rappelé Yvon Sana Bangui lors de la rencontre, « le respect des règles prudentielles n’est pas un simple formalisme mais une condition nécessaire pour assurer la résilience et la soutenabilité du système bancaire ». Dans une région où les opportunités de diversification sont réduites, la gestion du risque de concentration devient un enjeu majeur, tant pour les banques que pour les autorités.

Lire aussi : RCA : Bangui se dote d’un nouvel outil pour renforcer la transparence de ses statistiques


La rencontre de Bangui aura eu le mérite de mettre sur la table les vraies difficultés d’un secteur bancaire en pleine expansion, mais fragile. Il appartient désormais aux banques, au régulateur et aux Etats de faire converger leurs stratégies vers un objectif commun : consolider un système financier stable, inclusif et durable dans la CEMAC.

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