Les États-Unis ont discrètement transféré 7,5 millions de dollars, soit un peu plus de 4,5 milliards Fcfa à la Guinée équatoriale, afin que ce pays d’Afrique centrale accepte des migrants illégaux expulsés du territoire américain. L’information, révélée par The Guardian et Associated Press, provoque un vif débat à Washington. Selon ces médias, la somme proviendrait du Migration and Refugee Assistance Fund, un fonds d’urgence destiné aux crises humanitaires, mais utilisé cette fois sur instruction directe du président Donald Trump pour financer des déportations.
Le versement aurait été effectué au gouvernement du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Pour de nombreux élus américains, cette opération constitue une « anomalie » dans la gestion des ressources fédérales. La sénatrice démocrate Jeanne Shaheen dénonce, dans une lettre adressée au département d’État, une initiative « hautement inhabituelle » et potentiellement contraire à l’éthique. « Comment justifier qu’un fonds humanitaire serve à rémunérer l’un des régimes les plus répressifs du monde ? », s’interroge l’élue américaine.
Le département d’État, de son côté, refuse de commenter les modalités de la transaction, se bornant à rappeler que « l’application des politiques migratoires reste une priorité ». En toile de fond, l’administration Trump entend démontrer sa capacité à organiser des expulsions vers des pays tiers, notamment africains, à l’image du Rwanda ou de l’Eswatini. Selon The Guardian, près de 60 gouvernements auraient déjà été approchés pour négocier des accords similaires, parfois contre compensation financière.
Une stratégie dénoncée par plusieurs ONG de défense des droits humains, qui redoutent une recrudescence des risques de traite, de détention arbitraire et de mauvais traitements pour les personnes renvoyées. Le 7 mai 2025, le vice-président équato-guinéen Teodorin Obiang Nguema Mangue avait confirmé l’ouverture de discussions entre son gouvernement et Washington pour faire de Malabo une destination d’accueil de migrants africains expulsés. « Nous choisissons les personnes que nous pouvons accueillir par leurs profils », avait-il précisé, ajoutant que les migrants disposant d’un casier judiciaire ne seraient pas acceptés si un accord venait à être formalisé.
Une déclaration conjointe entre Washington et Malabo, publiée en marge de la dernière Assemblée générale de l’ONU, évoquait une « coopération approfondie » en matière d’immigration, de sécurité et d’économie. Ce partenariat inédit interroge d’autant plus que la Guinée équatoriale demeure sous le coup de plusieurs sanctions et procédures judiciaires internationales. Le fils du président, Teodorin Obiang, a été condamné à Paris en 2017 pour blanchiment d’argent et détournement de fonds publics, tandis que les États-Unis avaient saisi, à la même époque, 27 millions de dollars de biens liés à ses dépenses somptuaires.
Pour plusieurs observateurs, cette affaire illustre la confusion croissante entre logique humanitaire et logique sécuritaire dans la politique migratoire américaine, alors même que la suppression de certains financements américains destinés à l’aide humanitaire a déjà fragilisé les programmes de soutien aux réfugiés dans les zones de conflit. À Malabo, les autorités n’ont fait aucun commentaire sur la polémique. Pour ce petit État pétrolier, confronté à la baisse de ses revenus hydrocarbures et en quête de reconnaissance internationale, cet accord représente à la fois une opportunité diplomatique et une manne financière inespérée.



