Le Cameroun s’est fixé pour objectif de réaliser 8 millions de nouveaux raccordements électriques d’ici 2030, a annoncé le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee). L’annonce a été faite le 20 juin à l’occasion de l’intervention du ministre Gaston Eloundou Essomba lors de l’Africa Energy Forum 2025, en Afrique du Sud. Cette ambition s’inscrit dans le cadre du « Compact Énergétique du Cameroun », qui prévoit, entre autres : un accès universel à l’électricité, 40 % d’accès à la cuisson propre, 3 000 MW de capacité installée, 90 % de taux de recouvrement et 1 000 MW d’interconnexions régionales. Le Minee y voit « un moment fort de diplomatie énergétique, vers un secteur plus inclusif, durable et attractif pour les investisseurs ».
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Bien que le calendrier opérationnel de cette stratégie n’ait pas encore été détaillé, elle s’appuie déjà sur des projets structurants. Le gouvernement camerounais a déjà lancé en début d'année 2025 un projet de 60 000 branchements électriques sur 24 mois dans les villes de Yaoundé, Douala et Bafoussam, pour un coût prévisionnel de 3,6 milliards de Fcfa. Ce projet, qui s'inscrit dans le cadre du Programme de réformes du secteur de l’Électricité initié fin 2023, est financé par la Banque mondiale via son appui budgétaire 2024. Il vise à moderniser la distribution, notamment par la migration vers le comptage prépayé et l'installation de compteurs intelligents, réduisant ainsi les pertes commerciales et améliorant le recouvrement des redevances. L'achèvement de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, qui a injecté 360 MW supplémentaires dans le réseau dès la mi-janvier 2025, augmentant de près de 30% la capacité de production, est également un pilier de cette stratégie.
Perspectives positives
Les conséquences attendues de cette politique énergétique sont multiples : une amélioration significative du taux d'électrification, qui était de 68% au premier semestre 2024 selon le Directeur général d'Eneo, Amine Homman Ludiye, contre 64% il y a quelques années, avec 2 104 288 foyers bénéficiant déjà d'un raccordement conforme. L'objectif est de réduire la dépendance aux énergies coûteuses et polluantes comme le diesel et de favoriser le développement économique en offrant une énergie plus abordable et fiable aux ménages et aux entreprises.
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Le pays développe également 250 MW de capacité solaire photovoltaïque pour diversifier son mix énergétique et réduire ses émissions de carbone, avec des extensions en cours dans les centrales solaires existantes de Maroua et Guider, et l'adoption de solutions innovantes comme des conteneurs d'énergie solaire modulaires avec stockage par batterie.
Un contexte évolutif
Il faut noter que ces annonces interviennent dans un contexte de restructuration du secteur électrique national, marquée par le rachat imminent de la participation majoritaire (51%) du fonds d'investissement britannique Actis dans Energy of Cameroon (Eneo), le principal producteur et distributeur d'électricité du pays, par l'État du Cameroun pour 78 milliards de FCFA (environ 119 millions d'euros). Cette opération porterait la part de l'État à 95% dans le capital d'Eneo, marquant la fin d'un dossier longtemps source de tensions et le début d'une nouvelle ère pour la gouvernance de l'entreprise. En janvier 2024, la Banque mondiale soulignait que l'accès à l'énergie restait un défi majeur au Cameroun, notamment dans les zones rurales où 75% de la population est privée d'électricité bien que beaucoup résident à proximité du réseau, et où le coût est parmi les plus élevés de la région. « Une énergie abordable, fiable et durable est essentielle pour alimenter les hôpitaux, maintenir les chaînes du froid et permettre aux entreprises de prospérer », avait alors rappelé l'institution de Brentwood.



