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Agro-industrie : le gouvernement envisage construire 150 unités de transformation de manioc au Cameroun

La volonté du gouvernement de s’investir davantage dans la transformation industrielle du manioc en farine, oblige les pouvoirs publics à passer en revue la politique de production nationale. Ceci en vue d’augmenter les capacités production.

Publiée mardi 20 août 2024 à 13:59:40Modifiée mardi 20 août 2024 à 13:59:49Temps de lecture 6 minPar Albert AMOUGOU

farine
Un échantillon de farine de manioc

Au Cameroun, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), a annoncé la création de quatre nouvelles usines de transformation de manioc en farine locale dans les régions du Sud-Ouest, de Littoral et de l’Est. C'était le 18 août dernier, lors d’un entretien avec la télévision nationale. Cette annonce intervient près d’un an après l’inauguration de la récente usine moderne de transformation locale de tubercules de manioc en farine et dérivés d’une valeur de plus de 441 millions de Fcfa, ayant une capacité de transformation mensuelle de 550 tonnes, située dans la commune de Ngoulemakong, région du Sud. Une initiative privée soutenue par la Banque mondiale à travers le Projet gouvernemental d’Investissement et de Développement des Marchés Agricoles (Pidma).

Selon le Minader Gabriel Mbairobe, “après Ngoulemakong où nous avons une usine entièrement moderne, nous allons soutenir 4 autres usines dans le Sud-Ouest, le Littoral notamment à Dibombari et dans la Sanaga maritime, et à l'Est où nous allons aussi installer une unité de transformation de manioc. Mais notre objectif à terme est de construire 150 unités de production de farine de manioc à travers les 10 régions du pays avec l’appui de la Banque mondiale.”

Lire aussi : Farines locales : au Cameroun, l’Anor s'enrichit de 5 nouvelles normes pour favoriser l’import-substitution

Si le montant prévisionnel à investir dans le cadre de ce vaste projet d’usines n’a pas été dévoilé, encore moins la contribution de l’Etat ni les capacités de ces unités de production, il faut relever que la transformation locale des tubercules de manioc en farine est l'une des résolutions adoptées par le gouvernement dans le cadre du Plan intégré d’import substitution agropastoral et halieutique (Piisah) 2024-2026, visant entre autres à réduire les importations de blé qui coûtent plus de 250 milliards de Fcfa à l’Etat chaque année et promouvoir l’entreprenariat local dans ce secteur. D’après ce programme gouvernemental, pour la période 2023-2025, il est attendu une production locale d’environ 195 750 tonnes de farine de manioc au Cameroun. En plus du déficit en infrastructures de transformation du manioc en farine locale qui doit être amélioré, le membre du gouvernement a également évoqué un “problème” d’infrastructures de conservation frigorifiques des dérivés de cette tubercule.

2 millions de tonnes de manioc pour soutenir la consommation

Cependant, la volonté du gouvernement de s’investir davantage dans la transformation industrielle du manioc en farine induit les pouvoirs publics à passer en revue la politique de production nationale. Ceci en vue d’augmenter les capacités destinées à l’industries de transformation. A cet effet, le Piisah étendu sur les trois prochaines années (2024-2026), renseigne que l'Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), avec l’appui du Minader, va développer deux nouvelles variétés de manioc à haut rendement pour farines planifiables, afin d’accompagner les opérateurs privés dans la production de 350 millions de boutures de manioc pour les farines panifiables. De même, le ministre de l’Agriculture et du développement rural (Minader), a prévu l’aménagement de 10 000 hectares de terres par les grands producteurs pour la production de manioc dans la Plaine Centrale (regroupant les régions du centre-Est et Adamaoua).

Dans ses prévisions a court-terme, Gabriel Mbairobe table sur une production supplémentaire de 2 millions de tonnes de manioc en vue de satisfaire la demande nationale. “Nous nous attendons à 2 millions de tonnes de manioc pour alimenter notre consommation nationale. Ces attentes sont subordonnées par l'occupation des surfaces aménagés, par les investissements conséquents et surtout par la mise en place d'une filière semencière viable. Le projet plaine central entend créer une véritable ferme semencière.”

Lire aussi : Boulangerie-pâtisserie : le Cameroun veut imposer l’incorporation de 15% des farines locales dans les produits

Il faut noter qu’a Cameroun, la production actuelle de manioc est estimée à 19 millions de tonnes par an, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture. D’après ce ministère, la demande domestique est évaluée à 50 millions de tonnes par an, soit un déficit de 31 millions de tonnes par an. Ces données révèlent par ailleurs que la consommation directe du manioc à l’échelle nationale concerne 75% de la population, tout en soulignant que le manioc est la deuxième denrée de base la plus consommée après le riz. D’après un expert du Comité de compétitivité du ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat), le projet de transformation en grande quantité des tubercules en farine fait face à un déficit de production des matières premières. « L’industrie, c’est la transformation de l’excédent qui n’est pas consommé à l’état brut. Or au Cameroun, il est encore difficile de parler d’industrie en matière de produits alimentaires ciblés par la production locale de farine. Le manioc, la patate ou encore les ignames sont des produits fortement consommés par les ménages et s’il faut transformer les quantités produites localement, l’industrie fera face à la concurrence avec les ménages. Ce qui pourra éventuellement entraîner l’inflation sur le panier de la ménagère », avait-il expliqué.

Avec l’annonce de l’arrivée imminente unités de transformation de manioc au Cameroun, l’on pourrait assister à une nouvelle dynamique du secteur de la production des farines locales (plus structurée, règlementée et compétitive). On se souvient que le 2 août dernier, l’Agence des normes et de la qualité (Anor) du Cameroun a enrichi le portefeuille des normes camerounaises pour les produits agroalimentaires, notamment de 5 nouvelles normes sur les farines locales. Ces normes concernent les farines panifiables (des farines dont les céréales contiennent suffisamment de gluten pour faire une pâte à pain) dont la farine composée panifiable, la farine de manioc panifiable et la farine de mil chandelles panifiables.

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