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Assistance : la CDC abandonnée, la Sonara et de la Semry renflouées

Alors que le deuxième employeur du Cameroun se meurt, Américains, Chinois, Français et Italiens se bousculent pour rafler le marché de plus de 300 milliards de FCFA nécessaire pour réhabiliter les unités de raffinage brûlées de Limbe. Au même moment, la Société d'exploitation et modernisation de la riziculture de Yagoua vient de bénéficier de 3.300.000.000 de FCFA de l'Etat du Cameroun pour la rénovation de ses responsables infrastructures.

L’annonce a été faite par Gabriel Mbairobe, le ministre de l’Agriculture et du Développement Rural (Minader), le 17 juin 2019, en visite à Maga, arrondissement de Maga, département du Mayo-Danay, région de l’extrême-Nord. La Semry, la Société d’exploitation et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua vient de bénéficier d’un appui de 3.300.000.000 de FCFA, décidé par le président de la République. L’appui s’inscrit dans le cadre du Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’emploi (Planut). D’après Gabriel Mbairobe, il servira à «acheter de nouveaux engins, réfectionner les machines et véhicules en panne, et améliorer l’offre énergétique de l’entreprise». Il s’agit de façon générale de ré-équiper et booster la production de la Semry. «Dans les tout prochains jours, nous passerons de 5 à 9 tonnes de production par heure de capacité de production parce que les financements que nous avons, nous permettront de racheter tout le riz produit et de le transformer sur place», s’est exprimé à ce sujet, le Minader, accompagné par Clémentine Ananga Messina, la ministre déléguée auprès du Minader, et par Fissou Kouma, le directeur général de la Semry. L’outil de production de la Semry est en effet vieillissant. Depuis sa création en 1971, la production annuelle de cette entreprise varie actuellement entre 70 à 80.000 tonnes de riz. Elle bénéficie essentiellement des subventions publiques.


>> Lire aussi – Production de riz : les promesses non tenues de l’Etat camerounais


Comme la Semry, la Société Nationale de Raffinage (Sonara) bénéficie également d’une attention particulière du gouvernement camerounais. Comme en 2010, lorsque ce dernier a lancé un ambitieux plan de modernisation et d’extension de ce fleuron industriel pour un coût de 200 milliards de FCFA. Récemment encore, après l’incendie du 31 mai 2019, qui a mis hors service l’outil de raffinage et de production de produits pétroliers. Une importante délégation ministérielle conduite par Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Energie, s’était d’ailleurs précipitée au chevet de la Sonara sinistrée, le 2 juin 2019, sur «hautes instructions du président de la République». D’après des experts, la réhabilitation des unités calcinées coûtera à l’Etat du Cameroun entre 300 et 500 milliards de FCFA.
Autre fleuron du tissu industriel camerounais qui connaît de grandes difficultés: la Cameroon Development Corporation (CDC), aujourd’hui dans la désolation. Le 18 janvier 2019, Franklin Ngoni Njie, le directeur général de la CDC lançait un véritable cri d’alarme à l’endroit des pouvoirs publics: «Nous avons besoin de sécurité pour protéger nos employés et nos champs des attaques répétées des gens qui ne veulent pas nous voir réussir. Des personnes indésirables ont envahi nos plantations et récoltent ce qu’ils n’ont pas semé. Nous avons besoin d’une intervention urgente du gouvernement», s’était-il exprimé dans un total désarroi. Basée dans la localité de Bota à Limbe dans la région du Sud-ouest, la Sonara est frappée de plein fouet par la situation insurrectionnelle dans les territoires anglophones.
Un rapport présenté, fin 2018, par le Groupement Interpatronal du Cameroun (Gicam), estimait à 12 milliards de FCFA, les pertes enregistrées par cette société depuis le déclenchement de la crise anglophone en octobre 2016. Pour redresser la barre, la CDC sollicite un financement de 29 milliards de FCFA. «7 milliards sont nécessaires dans le secteur de l’hévéa, 14 milliards pour les bananeraies, 7 milliards pour les palmeraies. Le reste devrait servir à financer les arriérés de salaires», selon Franklin Ngoni Njie.
Avec un capital social de 35,7 milliards de FCFA, la CDC dispose d’espaces cultivables constitués de banane, hévéa et huile de palme sur 42.000 hectares. Complètement abandonnés par les ouvriers. Pourtant, la CDC est, après la Fonction publique, le deuxième employeur du Cameroun avec officiellement 22.036 employés temporaires et permanents. L’appel à l’aide de son directeur général est malheureusement resté lettre morte. Par conséquent, la CDC, installée comme la Sonara à Limbe, se meurt lentement mais sûrement, alors que d’autres entreprises publiques parfois de moindre importance en termes d’employés et de rentabilité bénéficient d’une oreille particulièrement attentive du gouvernement.

La Rédaction EcoMatin

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