La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pourrait-elle éviter ce qui pourrait s’apparenter à un autre scandale ? Le 29 janvier, l’institution lançait officiellement l’audit externe du controversé concours de recrutement de la 22ème promotion des agents d’encadrement supérieur. En droite ligne de la prescription du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) qui avait suspendu le processus.
Blâme et amende
Au cours de cette réunion présidée par le gouverneur, Yvon Sana Bangui, et tenue en visioconférence, figurait bien François Suarez de Bustamante, 65 ans, représentant du cabinet RSM France retenu pour cette prestation et qui doit livrer son rapport final le 15 mars au plus tard. Or, cet expert-comptable et son employeur, RSM Rhône-Alpes, une des entités de RSM France, ont commis des « fautes disciplinaires » et se sont vu infliger, le 22 décembre 2023, un blâme par le Haut conseil du commissariat aux comptes, accompagné d’amendes respectives de 15 000 euros (9,8 millions de FCFA) et 30 000 euros (19,7 millions de FCFA).
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Le cabinet et son associé étaient accusés, à la suite d’un signalement de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme français de la bourse, d’avoir certifié les comptes d’une société de gestion d’actifs sur trois exercices (2015, 2017 et 2018) comportant des anomalies, dont un usage détourné de certaines commissions qui ont été intégrées dans le chiffre d’affaires, dans le but de le gonfler artificiellement.
Actif dans une quarantaine de pays africains à travers des partenaires locaux, RSM est le sixième réseau mondial en audit, expertise-comptable et conseil. Il a développé depuis quelques années une offensive en Afrique de l’Ouest sous la houlette de François Suarez de Bustamante, son responsable du développement pour l’Afrique francophone.
Recours
Fan de rugby et titulaire d’un master 2 en audit et contrôle de gestion de l’École de commerce de Dijon, cet expert-comptable et commissaire aux comptes cumule près de 40 ans de présence dans ce réseau. Il s’est notamment déployé au Maroc, au Niger, au Togo, au Benin, en Côte d’Ivoire et au Tchad.
François de Bustamante et RSM Rhône-Alpes ont certes introduit un recours contre cette décision du régulateur hexagonal de la profession de commissaires aux comptes devant le Conseil d’Etat, il n’empêche que cette sanction fait tâche, pour un cabinet chargé d’auditer un concours qui a lui-même fait couler beaucoup d’encre et de salive, parce que entaché de soupçons de népotisme, pour dire le moins.
Contactée par EcoMatin, la Banque centrale explique que la nature de la sanction administrative et pécuniaire n’entache pas les activités du cabinet et de son dirigeant. « Ils n’ont pas fait l’objet d’une sanction leur interdisant d’exercer ni de retrait de leurs agréments », souffle une source au sein de l’institution régionale.
Il faut préciser néanmoins préciser que ce n’est pas la première fois qu’un géant de l’audit et du conseil est sanctionné par les autorités de régulation. En 2024, les organismes américains de réglementation de l’audit ont infligé à l’unité néerlandaise de KPMG une amende record de 25 millions USD (environ 15,8 milliards FCFA) pour diverses infractions. En France, Mazars et PwC Audi ont également écopé de plus d'un million d'euros d'amendes par la Commission des sanctions du gendarme de l'audit en février 2021, dans l'affaire Agripole.

