Depuis le 20 juin 2024, Afrique Con, compagnie de transport routier de personnes et des biens, qui opère également au Togo et au Benin, a relancé ses activités entre le Cameroun et le Nigeria. Trois fois chaque semaine, les mardis, jeudis et samedis, cette compagnie offre l’opportunité aux voyageurs de rallier des villes nigérianes (Abuja, Lagos, etc.) au départ de Yaoundé et de Douala, les deux principales villes du Cameroun. A des prix respectifs de 50 000 et 60 000 Fcfa en aller simple, annonce l’entreprise. Pour un voyage en avion, il faut compter deux à trois fois le même montant, selon les compagnies aériennes et les périodes de l’année.
Selon les promoteurs de cette compagnie de transport routier de passagers, Afrique Con avait dû suspendre ses activités entre le Cameroun et le Nigeria il y a 5 ans, en raison de l’insécurité créée depuis fin 2016 dans les régions anglophones du Cameroun (Nord-Ouest et Sud-Ouest) par des militants séparatistes. Avec l’accalmie observée autour de cette crise socio-politique, baptisée au Cameroun « crise anglophone », les transporteurs routiers de passagers comme Afrique Con peuvent à nouveau goûter aux bienfaits de la route de 443 Km construite entre Enugu, au Nigeria, et Bamenda, la capitale de la région du Nord-Ouest du Cameroun, elle-même reliée à Yaoundé et Douala par un réseau routier bitumé.
Construite entre 2010 et 2016, avec un linéaire de 240 Km en territoire nigérian, contre 203 Km au Cameroun, la route Enugu-Bamenda est présentée par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique comme « un instrument de développement des échanges internationaux ». Ceci, dans la mesure où cet axe routier transfrontalier, selon la Banque africaine de développement (BAD), qui a partiellement financé ce projet transnational, est le prolongement du corridor routier s’étendant de Mombassa, au Kenya, à Lagos, au Nigeria. Long de 6 260 Km, ce corridor, dont le but est de développer le trafic routier intra-africain, compte 1 044 Km en territoire camerounais (Ekok, Mamfé, Bamenda, Bafoussam, Tibati, Garoua-Boulaï, Douala).
A l’instar de la route Enugu-Bamenda, qui met à la portée du Cameroun le plus grand marché d’Afrique, grâce à la gigantesque population nigériane, de nouvelles infrastructures routières construites ces dernières années en Afrique centrale ont donné naissance à des offres de transport routier de passagers transfrontalières. C’est le cas de la route construite entre Sangmelima (Cameroun) et Ouesso (Congo), dont la section camerounaise est longue de 321 Km, contre 312 Km pour le linéaire congolais. Présentée par la BAD comme l’un des principaux maillons du corridor alternatif à l’axe Windhoek (Namibie)-Tripoli (Lybie), pour relier la République centrafricaine au Cameroun et au Gabon, et assurer l’interconnexion avec la route Brazzaville-Pointe Noire (Congo), la route Sangmelima-Ouesso est devenue, dès 2023, une opportunité d’affaires pour des opérateurs économiques effectuant le transport routier transfrontalier des personnes.
Intégration sous-régionale
En effet, à la faveur de l’ouverture de cette toute en 2021, grâce à la fin des travaux sur la section camerounaise, United Express, compagnie qui assure jusqu’ici le transport par bus entre Douala et Yaoundé, a lancé, dès juin 2023, une ligne desservant Brazzaville, à partir de Yaoundé et Douala. Pour ce faire, ce transporteur camerounais s’est associé à la société congolaise Saint Denis Voyage (SDV), chargée d’assurer le transbordement des passagers de United Express à la frontière entre le Cameroun et le Congo, à Ntam, pour les conduire jusqu’à Brazzaville, la capitale congolaise.
Mais, après un an de collaboration, ce partenariat a pris fin ces dernières semaines. En effet, apprend-on de sources internes, la compagnie camerounaise a décidé de fermer sa ligne entre le Cameroun et le Congo, « pour des raisons internes de stratégie », informe une source autorisée. Le congolais Saint Denis poursuit cependant son aventure au Cameroun avec cette fois-ci le transporteur locale Fitnexs Voyages. Aux prix de 70 000 Fcfa et 75 000 Fcfa, respectivement à partir de Yaoundé et Douala en aller simple, puis de 130 000 Fcfa en aller-retour, les voyageurs camerounais et congolais peuvent rallier les capitales de leurs pays respectifs. En avion, bien que plus confortable et moins long, le voyage coûte deux à trois fois plus.
A côté de United, qui a pour l’instant suspendu son offre, et de Fitnexs Voyages, qui poursuit l’aventure en partenariat avec le congolais SDV, Buca Voyages, un autre mastodonte du transport interurbain des passagers au Cameroun, dessert également le Congo depuis septembre 2023. Grâce à des bus de 47 places. Avec les mêmes tarifs que ses concurrents. Il y a encore quelques années, ce transporteur camerounais allait jusqu’à Kyé-Ossi, ville camerounaise frontalière à Ebebeyin, en Guinée équatoriale, et Bitam, au Gabon. C’était à la faveur de la construction de la route Ebolowa-Ambam-Kyé-Ossi, véritable axe routier de l’intégration sous-régionale dans l’espace Cemac.



