Le gouvernement camerounais renforce sa lutte contre l'emploi irrégulier de travailleurs étrangers. Dans un communiqué signé le 8 juin, le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle par intérim, Mounouna Foutsou, annonce le lancement, à compter du 22 juin prochain, d'une campagne nationale de contrôle sur l'ensemble du territoire. L'opération vise les employeurs publics et privés, les coordonnateurs de grands projets ainsi que toutes les structures recourant à une main-d'œuvre étrangère. Selon le ministre, de nombreux expatriés exercent encore une activité salariée sans contrat de travail dûment visé par son département ministériel, en violation de la réglementation en vigueur.
Lire aussi : Cameroun : environ 30 000 travailleurs étrangers en situation irrégulière (gouvernement)
Cette campagne s'appuie notamment sur l'article 27 du Code du travail, qui dispose que tout contrat concernant un travailleur de nationalité étrangère doit être visé par le ministre chargé de l'Emploi avant tout commencement d'exécution. La demande de visa incombe à l'employeur et tout refus entraîne la nullité du contrat. Pour le gouvernement, cette opération vise à « assurer une meilleure régulation des flux de main-d'œuvre étrangère, préserver les opportunités d'emploi des nationaux et garantir le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur ». Les employeurs sont ainsi invités à régulariser leur situation avant le début des contrôles.
Des recettes multipliées par près de trois en un an
Au-delà de la protection de l'emploi national, les autorités poursuivent également un objectif budgétaire. Depuis plusieurs années, le ministère de l'Emploi multiplie les opérations de contrôle visant les travailleurs étrangers en situation irrégulière, dont le nombre est estimé à près de 30 000 personnes sur un total d'environ 60 000 expatriés actifs au Cameroun. Selon les autorités, nombre d'entre eux entrent sur le territoire avec des visas touristiques ou de visite puis exercent une activité professionnelle sans accomplir les formalités prévues par la réglementation. Une situation qui prive l'État de recettes importantes liées aux visas de travail.
Lire aussi : Traque des travailleurs étrangers illégaux : le gouvernement redoute la perturbation des grands chantiers
Les résultats enregistrés ces dernières années illustrent l'enjeu financier du dossier. D'après les données présentées lors de la première session du groupe de travail interministériel chargé de la lutte contre la main-d'œuvre étrangère en situation irrégulière, les recettes générées par les visas de travail et les pénalités sont passées de 5 milliards FCFA en 2023 à 14,46 milliards FCFA en 2024. Pour 2025, le gouvernement visait plus de 20 milliards FCFA. Cette progression est soutenue par plusieurs mesures introduites dans les récentes lois de finances. Outre les frais de visa appliqués aux contrats de travail, le dispositif a été étendu aux consultants et experts expatriés, tandis que les sanctions financières ont été renforcées. Selon le gouvernement, les ressources collectées servent notamment à financer la formation professionnelle des Camerounais.
Des sanctions renforcées
Les entreprises qui continueraient à employer des travailleurs étrangers sans autorisation s'exposent à des sanctions administratives et financières. Le ministre de l'Emploi rappelle notamment qu'une pénalité équivalente à trois mois de salaire peut être appliquée pour chaque travailleur étranger appréhendé en situation irrégulière.
Lire aussi : Cameroun : en 2023, l’Etat n’a collecté que 5 milliards de recettes auprès des travailleurs étrangers
Lors des précédentes opérations de contrôle, les autorités avaient également évoqué la possibilité de mesures d'éloignement visant les expatriés refusant de régulariser leur situation. Avec cette nouvelle campagne, le gouvernement entend à la fois renforcer le respect de la réglementation du travail, protéger le marché de l'emploi national et accroître les recettes issues de l'immigration professionnelle.









