Au Cameroun, des milliers de travailleurs étrangers échappent encore au fisc. Issa Tchiroma Bakary, le ministre camerounais de l'Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) l'a fait savoir la semaine dernière au cours d'un atelier de vulgarisation des dispositions portant sur le prélèvement au titre des frais de visa de travail apposé sur les contrats des travailleurs de nationalité étrangères au Cameroun.
Pour le membre du gouvernement, « les statistiques non exhaustives font état de la présence d'au moins 60 000 étrangers détenteurs de visas d'entrée ou de cartes de séjour sur le territoire national parmi lesquels, 12 000 travailleurs de nationalité chinoise. Bien qu'on ne puisse pas affirmer que tous ces étrangers sont des travailleurs au sens de l'article 1er du Code du Travail, il y a de fortes raison de croire que la moitié de cet effectif (environ 30 000, Ndlr) est constitué de travailleurs de nationalité étrangère en situation irrégulière », a-t-il révélé avant de préciser qu'à cette liste, s'ajoutent des milliers d'étrangers qui s'établissent au Cameroun pour mener des activités professionnelles indépendantes.
En d'autres termes, peu sont les entreprises fonctionnant avec la main-d'œuvre étrangère qui déclarent leurs travailleurs, ce qui entraîne des pertes sur les prévisions de l'État. Ce d'autant plus que certains d'entre eux travaillent au détriment de nombreux locaux.
A l'observation, ces chiffres ont évolué en l'espace de 2 ans. L'on se souvient qu'en 2023, les pouvoirs publics estimaient à 10 000, le nombre de travailleurs étrangers en infraction au Cameroun contre à peine 4 000 en situation conforme. Ce phénomène a un impact direct sur la mobilisation des recettes non fiscales attendues par le ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle. A titre d'illustration, sur 14 milliards de Fcfa prévus en 2023, seuls 5 milliards de Fcfa avaient été collectés puis, 14,5 milliards de Fcfa sur un objectif de de 20 milliards de Fcfa en 2024.
Il convient de souligner que c'est la loi de finances 2023 qui institue une contribution financière à prélever sur les visas apposés sur les contrats des travailleurs de nationalité étrangère au Cameroun. Cet argent est évalué à 02 mois de salaire et traitement brut pour les travailleurs étrangers non africains, un mois de salaire et traitement brut avec abattement de 50 % pour les travailleurs africains. A supposer que les entreprises étrangères en activité au Cameroun arrivent à régulariser la situation de leurs personnels, cette parafiscalité constituerait un potentiel d'un peu plus de 30 milliards de Fcfa par an pour l'Etat camerounais si le pays a pu collecter près de 15 milliards de Fcfa en 2024 malgré ces dysfonctionnements.
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Entretemps, le Cameroun compte sur cette poche de recettes pour développer la formation professionnelle. Concrètement, le gouvernement mise sur ces ressources pour financer la transformation de 288 SAR-SM (Section artisanale rurale et section ménagère) en centres de formation aux métiers ultramodernes. Selon la loi de finances 2025 du Cameroun, les consultants individuels et autres experts étrangers vont désormais payer par an, des frais de visas au taux de 5% des rémunérations perçues en échange de leurs prestations. Mise en pratique, cette mesure devrait en principe contribuer à l'optimisation des recettes non fiscales du Minefop.








