Au Cameroun, le projet de loi de finances 2026, déposé mercredi à l’Assemblée nationale, introduit une mesure fiscale structurante pour le marché domestique de l’Afrique centrale. Le gouvernement propose d’étendre à l’ensemble des Etats de la CEMAC, l’exonération de l’Impôt sur les Sociétés (IS), de l’Impôt sur les Revenus des Capitaux Mobiliers (IRCM) et de tout prélèvement assimilé appliquée aux intérêts des titres publics. Jusque-là, seuls les titres émis par le Trésor camerounais bénéficiaient de ce régime. Ce changement marque une rupture stratégique, à un moment où l’exécutif prépare un budget 2026 porté à 8 816,4 milliards FCFA, en hausse de 1 085,5 milliards FCFA, soit 14% de plus qu’en 2025.
L’objectif affiché par le gouvernement est d’attirer davantage d’investisseurs (banques, assureurs, fonds et particuliers) vers les émissions souveraines, dans un contexte où les États de la sous-région multiplient les recours au marché domestique pour financer leurs déficits. Cette initiative intervient alors que la banque centrale (BEAC) constate un dynamisme inédit des valeurs du Trésor en Afrique centrale. Selon son dernier "Bulletin économique et statistique" publié en juin 2025, l’encours des titres souverains a progressé de 27,6% en un an, passant de 6 624 milliards FCFA en mars 2024 à 8 451,8 milliards en mars 2025.
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Sur la même période, les États ont levé 5 701,2 milliards FCFA, contre 4 326,7 milliards un an plus tôt, soit une hausse de près de 32%. Les Bons du Trésor Assimilables (BTA) à 26 semaines concentrent l’essentiel de la demande, avec 1 539,2 milliards FCFA mobilisés, représentant plus de la moitié des émissions de BTA. Ils sont suivis des maturités à 52 semaines (798,6 milliards FCFA), tandis que les BTA à 13 semaines restent moins recherchés, avec 599,8 milliards FCFA. Sur le segment des Obligations du Trésor Assimilables (OTA), 192 opérations ont été réalisées pour un montant cumulé de 2 763,7 milliards FCFA sur la période.
Dans ce contexte d’expansion rapide, l’exonération proposée par Yaoundé pourrait agir comme un catalyseur supplémentaire. En supprimant la fiscalité sur les intérêts des titres émis par le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Tchad et la République centrafricaine, le Cameroun élargit le champ d’investissement pour ses institutions financières, qui représentent déjà la majorité des souscripteurs sur les adjudications régionales. Les Trésors nationaux bénéficieraient également d’une base d’investisseurs plus large et plus active, susceptible de réduire leurs coûts de financement à moyen terme.













