Le projet de construction de 3000 logements sociaux au Cameroun est dans l’impasse depuis quatre ans. Son lancement, qui devait avoir lieu en 2024, est désormais prévu pour 2026. Cette hypothèse a été formulée par Ahmadou Sardaouna, le Directeur général de la Société immobilière du Cameroun (SIC), lors d'une interview diffusée le 9 septembre 2025 à la radio nationale. Ce programme ambitieux ne se limite pourtant pas à la construction de nouvelles habitations à Yaoundé (291), Maroua (432), Garoua (538) et Sangmélima (276), mais inclut également la réhabilitation des cités existantes à Douala (Kotto, Palmiers), Buea, Garoua et Maroua.
Conflits fonciers
A en croire le Directeur général de la SIC, trois obstacles majeurs expliquent ce retard. Le premier est d'ordre foncier. La construction de 291 logements à Nkolbikok, dans le 2e arrondissement de Yaoundé, a « été effacé d'un trait »' en 2024 après la découverte que le terrain appartenait déjà à une autre personne.
Un autre obstacle majeur est la lenteur administrative. Le DG de la SIC a cité le cas des 1 500 logements prévus à Nlongkak (Yaoundé). Bien que le projet ait reçu l'aval du Conseil d'administration et du Comité national de la dette en 2021, il a été bloqué pendant deux ans dans l'attente de l'avis du ministre de l'Habitat. Lorsque l'accord a été finalement donné, les taux d'intérêt des bailleurs de fonds sont passés de 2% à 7%, rendant le projet non viable. « Ce qui a plombé le projet de Nlongkak. N’eut été cela, le nombre de logements qu’on devrait construire 6 ans aujourd’hui, devait être autour de 2 500 logements », déplore-t-il.
Cautionnement des entreprises
L’autre exigence est d’ordre financier. En effet, explique le DG de la SIC, les entreprises fournissent un récépissé de la Caisse de Dépôt et consignations (CDEC). Ce document, qui est une garantie pour la soumission à un appel d'offres, exige de déposer une somme d'argent liquide sur un compte bancaire. Au départ, le cautionnement s'élevait à 123 millions FCFA. Ce montant a été revu à la baisse pour alléger la charge, passant à 110 millions puis à 53 millions FCFA. Malgré cette réduction, le problème persiste, car « les entreprises n’arrivent pas à positionner les 53 millions », c'est-à-dire à déposer cette somme en garantie.
Enfin, le manque de financement est la dernière difficulté de ce vaste programme, dont le coût est estimé à 610 millions d’euros (environ 400 milliards FCFA). La SIC est actuellement en négociation avec la Banque islamique de développement (BID) pour obtenir les fonds nécessaires à la réalisation de ces projets. Pourtant, en mars 2021, Shelter Afrique, la société pour l’habitat et le logement territorial en Afrique, s’était engagée à travers la signature d’une convention avec la Minhdu Célestine Ketcha Courtes, à construire 3 000 logements « logements décents aux prix abordables ».
Le projet Pizzarotti à la traine
Le Cameroun fait face à un déficit de plus de 2 millions de logements, 73 ans après la création de la Société immobilière du Cameroun (SIC). Pire encore, d'autres projets majeurs destinés à combler ce manque sont à la traîne. C'est le cas du chantier de 10000 logements sociaux à Ekoko II et à la base industrielle de Nkolmeyos (région du Centre). Confié en 2017 à l'entreprise italienne Pizzarotti pour un coût de 115milliards de FCFA, ce projet n'est réalisé qu'à hauteur de 40 % à date. En2021, le taux d'exécution n'était que de 6 %, pour une consommation financière de 37 milliards de FCFA. En avril 2025, cette consommation est passée à 52,03 %. Compte tenu de ces retards, l'achèvement du projet est loin d'être garanti. En effet, l'ambassadeur d'Italie au Cameroun, Filippo Scammacca Del Murgo, a sollicité une prolongation de deux ans du délai contractuel en avril 2025.
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