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CEMAC : entre discours et réalités, l’intégration attend toujours l’exemple des élites

En ouvrant les travaux de la 16e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la sous-région ce 10 septembre à Bangui, le président centrafricain, Faustin Archange Touadera, a appelé les dirigeants communautaires à incarner la citoyenneté régionale en guise d’exemplarité.

Publiée jeudi 11 septembre 2025 à 12:41:13Modifiée jeudi 11 septembre 2025 à 12:41:45Temps de lecture 3 minPar Jean Omer Eyango

L’intégration régionale en Afrique centrale reste un vieux serpent de mer

L’intégration régionale en Afrique centrale reste un vieux serpent de mer, souvent proclamée mais rarement concrétisée. À l’ouverture du 16e sommet ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), ce 10 septembre à Bangui, le président de la République centrafricaine et président en sortant de cette instance, a livré un message empreint de lucidité et d’exhortation. Faustin Archange Touadéra a lancé un appel solennel à l’« exemplarité » des institutions communautaires pour renforcer le sentiment d’appartenance à un « vaste ensemble commun». Devant tous ses pairs à l’exception du Camerounais Paul Biya qui s’est fait représenter par son ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, le dirigeant centrafricain poursuivi en indiquant que c’est par cette exemplarité, indispensable à toute intégration économique viable, que la « citoyenneté communautaire » s’enracine.

Touadéra rappelait l’importance du sujet en évoquant son déplacement historique au Parlement communautaire de Malabo, le 24 octobre 2023, porté par la conviction que seule une culture communautaire partagée pourrait permettre de mobiliser talents, compétences et énergies nécessaires à une nouvelle impulsion du processus d’intégration. Mais ces beaux mots, du reste déjà entendus à quelques exceptions près de la bouche d’autres dirigeants sous-régionaux, contrastent avec une réalité économique frustrante : les échanges intracommunautaires au sein de la CEMAC demeurent à la traîne. Selon la Banque mondiale, la part des échanges au sein de la communauté ne représentait que 2% du total en 2018, passant à 3,5% en 2022, puis à seulement 3,9% en 2023. Sur un commerce total de plus de 33 milliards Fcfa, ceci ne représente pas plus de 1,3 milliard Fcfa intra-zone. À titre de comparaison, dans l’UEMOA, les échanges intra-régionaux dépassent 10%, tandis que dans la SADC ou le COMESA, ils oscillent entre 5 et 10%.

Lire aussi : Cameroun : sommet décisif à Yaoundé pour un projet de fusion CEMAC-CEEAC en gestation depuis 2009

Les causes sont connues : infrastructures de transport défaillantes, corridors inefficaces, harcèlements aux frontières, procédures douanières lourdes. Pour y remédier, une table ronde organisée à Paris en novembre 2020 avait permis de mobiliser des financements pour 13 projets intégrateurs prioritaires de la communauté. L’opération avait été couronnée de succès, récoltant 9,2 milliards d’euros contre un objectif initial de 8,8 milliards. Pourtant, l’exécution de ces projets – tout comme celle d’autres chantiers d’envergure lancés en 2024 – tarde à s’accélérer, prolongeant indéfiniment la frustration des populations et des acteurs économiques. Ainsi, le trajet Douala–Bangui ou N’Djamena prend toujours 2 à 5 semaines, pour un coût logistique d’environ 4000 euros, soit plus de 2,6 millions Fcfa par conteneur, soit quatre fois le prix du transport entre l’Europe et Douala via la mer.

Lire aussi : CEMAC : de nouvelles mesures pour améliorer le recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration

Or, si la CEMAC, avec seulement 6 États membres, n’est pas encore parvenue à atteindre un certain niveau d’intégration, le processus risque de s’avérer beaucoup plus difficile dans la perspective de la fusion en cours avec la CEEAC, qui rassemble 11 pays. Cette unification institutionnelle, censée renforcer la voix de l’Afrique centrale, pourrait aussi accentuer les blocages si les pesanteurs actuelles ne sont pas levées. L'appel de Faustin Archange Touadéra résonne donc comme une mise en garde : sans exemplarité des élites politiques et administratives, la citoyenneté communautaire restera un simple slogan et l’intégration un vœu pieux.

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