Entre juin 2023 et juin 2024, l’encours des titres publics sur le marché des valeurs du Trésor de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) a enregistré une croissance de 16,6%, atteignant 6 871,7 milliards de Fcfa, contre 5 895,7 milliards un an plus tôt. Cette augmentation traduit la vitalité du marché primaire des Bons et Obligations du Trésor assimilables (BTA et OTA), malgré des défis structurels qui ont émergé, selon le rapport sur la politique monétaire de la Banque des États de l'Afrique Centrale (Beac) de septembre 2024.
Le document consulté par EcoMatin met en lumière une accélération des levées de fonds par les États membres de la sous-région (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine et Tchad), qui ont mobilisé 5 042,4 milliards de FCFA entre juin 2023 et juin 2024, contre 3 589,7 milliards durant la même période de juin 2022 à juin 2023. Ce dynamisme est porté par une série de 435 appels d’offres sur les BTA et OTA, répartis entre 2 890,4 milliards en Bons du trésor et 2 152,0 milliards en Obligations du Trésor.
Un dynamisme soutenu, mais à quel prix ?
La progression de l’encours des titres publics illustre la capacité des États de la sous-région à répondre à leurs besoins de financement croissants. Toutefois, cette performance s’est accompagnée de plusieurs évolutions préoccupantes. D’une part, les taux de couverture des émissions ont diminué, signe d’une demande en repli de la part des investisseurs. D’autre part, les coûts d’émission ont augmenté, ce qui alourdit les charges de la dette pour les Trésors publics des Etats. Cette hausse des coûts est particulièrement visible sur le segment des OTA, où les Trésors publics de la Cemac ont mobilisé un montant total de 2 152,0 milliards sur la période de référence. Soit 837,7 milliards de Fcfa par le Congo, 455,0 milliards de Fcfa par le Gabon, 397,1 milliards de Fcfa par le Tchad, 312,4 milliards de Fcfa par le Cameroun et 149,9 milliards d Fcfa par la République centrafricaine. Par maturité, les émissions d’OTA sont dominées par les instruments à 3 ans (728,9 milliards), à 2 ans (689,1 milliards), à 4 ans (338,4 milliards) et à 5 ans (232,9 milliards), qui concentrent la majorité (92,4%) des montants levés en OTA sur la période sous revue. Les OTA de 10 ans émis par le Cameroun ne représentant que 2,1% du volume global.
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Focus sur les Bons du Trésor à court terme
Sur le segment des BTA, les bons à 26 semaines ont dominé les émissions avec un montant de 1 633,7 milliards de FCFA, représentant 56,5% du total. Ces bons à court terme ont particulièrement attiré les Trésors du Tchad (82,5%), du Cameroun (76,0%) et du Gabon (57,1%) qui cherchent à financer leurs besoins immédiats tout en espérant des conditions plus favorables à l’avenir pour refinancer ces dettes à plus long terme. Ainsi, les BTA à 13 semaines ont permis de mobiliser 770,8 milliards de Fcfa par les Trésors publics du Congo (496,8 milliards), du Cameroun (147,2 milliards) et du Gabon (126,8 milliards). En revanche, les BTA à 52 semaines, considérés comme plus risqués, ont vu un intérêt modéré avec seulement 485,9 milliards de FCFA émis par le Congo (145,9 milliards), la Guinée Equatoriale (108,8 milliards), le Cameroun (92,1 milliards) et le Gabon (83,8 milliards).
Risques
De l’avis d’économistes, l’augmentation de l’encours des titres publics pose une double question pour les économies de la zone Cemac : celle de la soutenabilité de la dette et celle de l’efficacité de la mobilisation des ressources. Si l’augmentation des levées traduit une capacité accrue des Trésors à répondre à leurs besoins de financement, elle expose également ces Etats à des coûts d’emprunt plus élevés et à des risques de refinancement, notamment en cas de conditions économiques moins favorables. De plus, la baisse des taux de couverture pourrait signaler une saturation du marché ou une réticence croissante des investisseurs à absorber davantage de dette publique, surtout dans un contexte de resserrement des conditions monétaires par la Beac.









