Le taux brut de dégradation du portefeuille des banques commerciales de la CEMAC, qui est le rapport entre les crédits en souffrance et le total des crédits, est ressorti à 17,4 % au 30 juin 2025, selon les données officielles consultées EcoMatin. Cela signifie que sur les 12 508 milliards de FCFA d'encours de crédits octroyés par les banques du pays à cette période, 2 177 milliards FCFA sont susceptibles de ne pas être remboursées. Ces données présentées au cours de la session ordinaire de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) du 26 septembre 2025 à Libreville illustrent la persistance de vulnérabilités dans le système bancaire sous-régional qui compte une cinquantaine d’établissements.
Par ailleurs, explique la COBAC, le volume des créances dont la probabilité de non-recouvrement est jugée élevée a atteint 1 632 milliards FCFA à fin juin 2025, contre 1 464 milliards FCFA un an plus tôt. Conformément à la réglementation en vigueur, les établissements concernés ont été contraints de puiser dans leurs fonds propres pour constituer des provisions pour pertes, évaluées à 1 507 milliards FCFA. Ce montant équivaut à l’ensemble des crédits octroyés par les banques du Tchad et de la Centrafrique réunis (1 442 milliards FCFA).
Lire aussi : Feu vert de la COBAC à Afriland, BOA et Wafacash pour déployer des succursales dans la CEMAC
Pour la COBAC, une telle dérive, si elle devait se poursuivre, constitue une menace directe pour la stabilité financière de la sous-région. Par effet domino, elle pourrait rogner la rentabilité des banques, fragiliser leurs fonds propres, restreindre leur capacité de financement et, à terme, accroître le risque de faillite. Le régulateur met également en garde contre un risque de contagion systémique, susceptible d’éroder la confiance des déposants et de perturber l’intermédiation financière, avec des conséquences potentiellement lourdes pour la politique monétaire de la BEAC.
« De tels risques, d’abord circonscrits à la sphère bancaire, sont susceptibles de se propager à l’ensemble du système financier, d’où la nécessité d’une mobilisation collective de tous les acteurs concernés pour préserver la solidité et la crédibilité de l’édifice financier de la CEMAC », alerte la COBAC. Pour inverser cette tendance, le régulateur préconise de poursuivre l’assainissement du portefeuille de crédits, notamment à travers l’application rigoureuse des mécanismes de recouvrement prévus par le droit des affaires, comme recommandé lors du forum « Justice et Banque dans la zone CEMAC » tenu le 19 juillet 2017 à N’Djamena. Celui-ci préconisait aux États membres d’engager des réformes juridiques et structurelles afin de lever les obstacles persistants liés au transfert de propriété, à l’exécution des contrats et à la réalisation des garanties, considérés comme des freins majeurs au bon fonctionnement du marché du crédit.
Cameroun: la COBAC étend sa surveillance à Afrigroup Holding après son offensive ouest-africaine
Si la qualité du portefeuille de crédits continue de se dégrader, les dépôts bancaires, eux, affichent une santé plus robuste. Selon les données consolidées à fin juin 2025, les dépôts collectés par les établissements de crédit de la CEMAC ont progressé de 11,2 % en glissement annuel, pour atteindre 19 047 milliards de FCFA. Cette évolution positive est observée dans l’ensemble des six États membres, avec une dynamique plus marquée au Cameroun, au Congo et en Centrafrique, qui figurent parmi les principaux bénéficiaires de l’accroissement des concours bancaires.
Les crédits demeurent majoritairement orientés vers le secteur privé (78 %), suivi des entreprises publiques (9,5 %) et des États membres (7,5 %). Le solde, soit environ 5 %, profite à la clientèle non-résidente et à diverses opérations financières.
Lire aussi : Régulation : la COSUMAF et la COBAC scellent un accord pour renforcer la stabilité financière régionale








