La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) vient de franchir une étape majeure dans l’intégration financière sous-régionale. Réunie le 26 septembre dernier à Libreville, sous la présidence d’Yvon Sana Bangui, l’institution a autorisé l’ouverture des premières succursales d’établissements financiers au sein de la CEMAC.
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Concrètement, le feu vert a été donné à Afriland First Bank (AFB) pour s’implanter au Congo et au Tchad, à Bank of Africa (BOA) Congo pour une succursale au Gabon, et à Wafacash Central Africa pour une succursale congolaise. Ces décisions marquent la mise en œuvre effective de l’agrément unique bancaire, un dispositif en vigueur plus de vingt ans dans la sous-région. « Faire des affaires dans la CEMAC va désormais être plus aisé et moins onéreux. Avec les succursales, les frais d’approche vont considérablement diminuer », confie à EcoMatin un banquier.
Pour Afriland, un retour stratégique sur la scène régionale
L’agrément unique confère à un établissement de crédit (banque ou un établissement financier) déjà agrée, le droit d’exercer dans un État membre de la CEMAC sans être obligé de solliciter de nouveaux agréments. En clair, il s’agit d’un passeport bancaire communautaire qui allège considérablement les lourdeurs administratives et réduit les coûts d’expansion transfrontalière.
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Afriland First Bank (AFB), première banque camerounaise en termes de total de bilan et l’un des leaders du système bancaire sous-régional (plus de 85 agences et environ 700 000 clients), entend pleinement capitaliser sur cette brèche pour accélérer sa croissance régionale. Dès sa nomination en 2022, son directeur général Célestin Guela Simo avait porté cette ambition en multipliant les rencontres avec les ministres congolais et tchadiens des Finances, dans la perspective d’une implantation sous le régime de l’agrément unique. Cette stratégie s’est accompagnée d’un renforcement du capital social, porté de 20 à 50 milliards FCFA la même année, pour soutenir l’expansion projetée.
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Précisons surtout que ce double déploiement au Congo et au Tchad marque le grand retour régional d’ Afriland First Group (AFG), holding qui contrôle 73,86 % d’AFB, après plusieurs replis observés ces dernières années. Le groupe avait en effet perdu, en 2021, sa seule filiale bancaire encore active dans la CEMAC, CCEI Bank Guinée équatoriale, reprise par l’État équato-guinéen, qui a dans la foulée pris le contrôle de CCEI Bank Bénin, alors filiale de cette dernière. AFG s’est ensuite retiré de l’Ouganda en 2022, avant de voir ses parts dans Afriland First Bank CD, en République démocratique du Congo, nationalisées par les autorités.
BOA et Wafacash surfent sur la vague
L’arrivée d’Afriland First Bank au Congo portera à dix le nombre d’établissements bancaires actifs dans un marché dominé par BGFIBank, depuis le rachat de la filiale locale de Société Générale. Au Tchad, la banque camerounaise s’avance sur un terrain plus ouvert. Le taux de bancarisation n’y étant que 5 %, contre 12 % en moyenne dans la CEMAC.
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Avec l’ouverture d’une succursale au Gabon, BOA Congo, troisième plus grand prêteur du marché congolais concrétise une ambition de longue date du groupe BOA–BMCE, actionnaire majoritaire à 38 %. Pour soutenir ce déploiement, la banque a obtenu en mai dernier un financement de 22,3 millions d’euros (environ 14,6 milliards FCFA) de la Société financière internationale (SFI), la branche du groupe Banque mondiale dédiée au secteur privé.
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De son côté, Wafacash Central Africa, filiale à 100 % du groupe marocain Attijariwafa Bank, poursuit sa stratégie d’ancrage dans la CEMAC. Active au Cameroun depuis 2015, l’entreprise, spécialisée dans les services financiers de proximité (transferts d’argent, change, décaissements, gestion de GAB), étend désormais ses activités au Congo afin de renforcer sa présence régionale.
« un espace bancaire plus intégré et compétitif »
Pour la COBAC, l’opérationnalisation de l’agrément unique doit à la fois « renforcer la solidité financière des banques, intensifier la concurrence et accélérer l’intégration du marché financier sous-régional ». Plusieurs autres demandes d’agrément sont actuellement à l’étude par les services techniques de la COBAC, apprend-on. Leur validation devrait « consolider cette dynamique d’ouverture et positionner la CEMAC comme un espace bancaire plus intégré et compétitif à l’échelle africaine », explique le gendarme bancaire.
Pour rappel, bien que le principe de l’agrément unique ait été instauré depuis le 27 novembre 2000 dans la CEMAC, aucun établissement n’avait jusqu’ici pu en bénéficier. Il aura fallu près d’un quart de siècle pour que le dispositif devienne effectif. Le tournant décisif est intervenu le 20 décembre 2024, avec l’adoption par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) d’un nouveau règlement entré en vigueur le 1er janvier 2025. Ce cadre a été complété le 25 mars 2025 par le Règlement COBAC R-2025/01, qui précise les modalités pratiques d’ouverture et de fonctionnement des succursales bancaires dans la sous-région.









