Vous avez pris vos fonctions à la tête de NHPC le 1er avril 2025, soit il y a près de 8 mois. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour vous exprimer publiquement sur un projet aussi stratégique, et aussi sensible et discuté que Nachtigal ?
J’ai pris mes fonctions à un moment vraiment charnière pour NHPC puisque le barrage rentrait en phase d’exploitation pleine et entière. Avant de m’exprimer publiquement, cela me semblait important de prendre la peine de rencontrer les équipes et les partenaires, et d’évaluer l’ensemble des enjeux du projet Nachtigal, dans une année aussi importante que celle de la première année d’exploitation.
Aujourd’hui, après plusieurs mois de travail approfondi, le moment me paraît approprié pour partager l’état d’avancement du projet, 9 mois après la mise en service du 7e et dernier groupe de Nachtigal. Et puis, décembre est naturellement le moment idéal pour dresser le bilan de l’année et se projeter sur les priorités à venir.
Vous faites face ces dernières semaines à une actualité médiatique très critique qui remet en cause la performance, la viabilité économique et la pertinence même du barrage. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous, vous et votre équipe, face à ce débat public brûlant qui entache considérablement la réputation de votre entreprise et partant, celle de ses promoteurs ?
L’intensité de la médiatisation qu’on observe ces dernières semaines montre à quel point ce projet est important pour le pays, et je respecte l’intérêt du public. Je considère d’ailleurs cette période comme une opportunité de clarifier certains malentendus, et de montrer ce que fait réellement NHPC.
Les travaux de Nachtigal, comme vous le savez se sont achevés en mars 2025. La mise en service progressive de la centrale, qui avait démarré au printemps dernier, a permis une intégration rigoureuse et maîtrisée des groupes de production au réseau électrique national. Depuis lors, la centrale a déjà injecté 2,5 TWh d’électricité ; c’est à peu près 30% de la production annuelle d’électricité du Cameroun.
A fin novembre, elle affiche un taux de disponibilité de près de 100%, avec ses 7 groupes pleinement opérationnels et 420MW qui sont mis sur le réseau chaque jour, en particulier aux heures de pointe, afin de garantir une fourniture d’électricité optimale aux Camerounais.
Les faits sont clairs. L’équipe est mobilisée, fière du chemin déjà parcouru, et pleinement engagée à poursuivre sa mission d’hydroélectricien performant et responsable.
Il y a tout de même que des délestages persistent malgré la mise en service du barrage et sa pleine capacité à produire les 420 MW installés et dont vous dites dans l’un de vos derniers communiqués publiés dans la presse nationale qu’ils sont effectivement injectés et consommés. N’est-ce pas un paradoxe ?
Je confirme que notre production, qui pour rappel, varie selon l’hydrologie et les besoins du réseau qui nous sont communiqués par le gestionnaire du réseau, est bien injectée au Réseau Interconnecté Sud et consommée. La responsabilité de NHPC, en tant que producteur, est d’assurer une production stable et conforme aux engagements contractuels — ce que nous faisons. Nos chiffres le démontrent et nos partenaires peuvent le confirmer, puisque tous les mois nous réalisons un bilan énergétique en présence de tous.
La mise en service progressive de la centrale, qui avait démarré au printemps dernier, a permis une intégration rigoureuse et maîtrisée des groupes de production au réseau électrique national. Depuis lors, la centrale a déjà injecté 2,5 TWh d’électricité.
Maintenant, vous savez, un barrage, même performant comme le nôtre ne peut à lui seul garantir la fin des délestages. Le système électrique repose sur plusieurs maillons ; la production, le transport, la distribution et la commercialisation. Lorsqu’il y a des délestages, il faut examiner toute la chaine pour identifier l’origine du problème. Diverses raisons peuvent expliquer les délestages : manque de production, insuffisance du réseau de transport, défaillance du réseau de distribution, ou combinaison de plusieurs causes.
Parmi les accusations qui vous sont faites, il y a justement cette question d’évacuation du courant produit par Nachtigal qui est récurrente. NHPC peut-elle dégager totalement sa responsabilité dans cette chaîne de valeur du transport de l’électricité ? Où se situe le point de bascule entre le producteur (NHPC) et les gestionnaires du transport (SONATREL) et de la distribution (ENEO) ?
Je ne suis pas la mieux placée pour dire à quel niveau se trouve le problème puisque nous en tant que producteurs n’avons pas de problèmes au niveau de sur notre centrale qui est opérationnelle et qui injecte la totalité de sa production sur le réseau. NHPC, je le rappelle, est un IPP (Independent Power Producer – Producteur Indépendant d’Electricité). Concrètement : NHPC génère de l’électricité et la délivre au poste de sortie de la centrale. Dès que l’électricité franchit ce point de livraison, la SONATREL en assure le transport à travers le réseau haute tension. Une fois l’énergie acheminée aux postes de distribution, ENEO prend le relais pour la fourniture aux consommateurs finaux.
Cela signifie que NHPC ne gère ni le transport, ni la distribution, ni les éventuelles contraintes du réseau national. Notre rôle consiste à garantir la production. Ce qu’on peut affirmer avec certitude c’est que si nous n’avions pas été là, les délestages au Cameroun auraient été beaucoup plus importants.
Il y a tout de même lieu, malgré tout ce que vous dites, de se poser la question de savoir comment EDF, actionnaire majoritaire à 40% de NHPC, et les autres actionnaires de poids au rang desquels la Banque Mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ont-ils pu s’engager dans un tel projet de production de l’électricité sans s’assurer au préalable que l’épineuse question du transport et de la distribution qui en sont les 2 facteurs-clés de succès soient réglés en amont ?
La question de l’évacuation de l’énergie a été vue dès le début et anticipée dès le début. Le projet a d’emblée regardé les choses dans son ensemble et on s’est dit qu’il ne fallait pas seulement construire une centrale, mais qu’il fallait aussi s’assurer que l’électricité produite soit bien envoyée sur le réseau. Avant de s’engager, les actionnaires et les bailleurs de fonds ont effectivement réalisé une analyse rigoureuse de tous les aspects du projet. Nachtigal étant réalisé dans le cadre d’un PPP, les rôles étaient clairement répartis : NHPC, en tant que partenaire privé, était responsable entre autres de la construction et de l’exploitation de l’aménagement, tandis que l’État, à travers SONATREL, était responsable de la construction de toutes les infrastructures de transport associées. Les investisseurs ont soutenu le projet dès lors que les engagements de l’État en matière de transport étaient clairement établis, formalisés et sécurisés juridiquement.
NHPC ne gère ni le transport, ni la distribution, ni les éventuelles contraintes du réseau national. Notre rôle consiste à garantir la production.
Je tiens à rappeler que NHPC a préfinancé et construit, dans le cadre du projet, la ligne d'évacuation entre la centrale de Nachtigal et le poste de raccordement de Nyom 2. Nous l’avons fait afin d’assurer la cohérence globale du projet. Cette ligne, achevée depuis 2021 et opérationnelle depuis juin 2024 au moment de la mise en service du groupe 1, permet d’évacuer toute la production de Nachtigal vers Nyom 2 à l’entrée nord de Yaoundé.
Le secteur de l’électricité au camerounais souffre d'un déséquilibre financier structurel, menaçant la solvabilité de l'opérateur de distribution, ENEO, qui est en même temps le client exclusif de NHPC. Comment, concrètement, garantissez-vous dans un tel attelage commercial, la solvabilité et la pérennité financière du projet et le respect de vos engagements vis-à-vis de vos actionnaires et bailleurs ?
Avant de répondre, je souhaite rappeler un point important : NHPC n’est pas en situation de faillite. Nous disposons de partenaires solides et d’un cadre contractuel robuste. Cependant, il serait inexact de prétendre qu’il n’existe aucune difficulté, notamment en ce qui concerne le paiement de certains factures. L’État du Cameroun en est bien conscient et a mis en place un plan de redressement, dont la mise en œuvre a récemment démarré avec la nationalisation d’ENEO. D’autres mesures sont prévues pour stabiliser le secteur. En attendant, le projet Nachtigal repose sur un cadre contractuel robuste. Nos paiements sont sécurisés par des mécanismes de garantie prévus dans les accords avec l’État.
Que pensez-vous de la décision de renationalisation d’ENEO par l’Etat? Le départ d’Actis vous inquiète-t-il?
Le cadre contractuel sur lequel nous nous appuyons ne dépend pas de l’actionnariat d’ENEO. Je comprends qu’Actis souhaitait se retirer, et c’est désormais chose faite. La reprise des parts par l’État s’inscrit dans le programme de restructuration du secteur. À partir de maintenant, je pense que l’État dispose d’une marge de manœuvre plus claire pour avancer sur un certain nombre de chantiers.
Le contrat « Take or pay » que vous avez conclu avec l’État, sans doute en prévision de ce contexte déficient et qui vous garantit le paiement de vos factures y compris sans que l’électricité que vous produisez ne parviennent aux ménages et aux entreprises, n’a-t-il pas été conclu au détriment des consommateurs ?
Je veux redire ici que toute l’électricité que nous produisons parvient aux ménages et aux entreprise, même si notre facture de dépend pas directement du niveau d’électricité produite. En effet, Nachtigal dispose d’un contrat « Capacity Payment ». Il est similaire au « Take or Pay » dans le principe mais présente néanmoins quelques nuances. Ce mode de paiement consiste à rémunérer NHPC en fonction de la puissance disponible (MW) de la centrale Nachtigal et non pas de l’énergie produite ce qui permet de garantir pour le système électrique une puissance disponible en continu.
Ce n’est ni une innovation, ni une exception pour le projet Nachtigal. Il s’agit d’une pratique courante dans les grands projets énergétiques nécessitant des financements privés. Imaginez que vous réservez un taxi à l’année pour vous accompagner au travail. Vous payez le chauffeur même si vous décidez un jour de ne pas vous rendre au travail, parce que le chauffeur s’est organisé et a réservé son temps pour vous.
NHPC n’est pas en situation de faillite. Nous disposons de partenaires solides et d’un cadre contractuel robuste.
Notre contrat fonctionne de la même manière. ENEO, l’acheteur rémunère NHPC dès lors que la centrale de Nachtigal est disponible pour le réseau. La disponibilité et la production de NHPC sont vérifiées lors de bilans énergétiques réalisés tous les mois en présence d’ENEO, SONATREL et ARSEL. C’est à la suite du bilan énergétique sur la base d’un procès-verbal signé de toutes les parties et confirmant la disponibilité et la production de Nachtigal que NHPC émet sa facture auprès d’ENEO.
Ce type de mécanisme permet de garantir la viabilité financière du projet, puisqu’il garantit à NHPC des revenus stables et réguliers. Sans ce mécanisme, il aurait été impossible de sécuriser le financement nécessaire (800 milliards FCFA) pour réaliser le projet. Je veux rappeler ici que 95% des fonds mobilisés pour construire l’aménagement sont d’origine privée.
Certains producteurs comme KPDC et DPDC ont débranché leurs centrales en raison des impayés d’ENEO. De son côté, ENEO évoque les arriérés de l’État et de ses entités pour expliquer cette situation. Depuis votre montée en pleine capacité, avez-vous également fait face à des impayés ?
Bien sûr. NHPC ne fait pas exception. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il existe un déséquilibre financier structurel dans le secteur, qui touche l’ensemble des acteurs.
Au-delà de l'équilibre financier du secteur, quelle est la contribution macroéconomique attendue de Nachtigal ? En d’autres termes, puisqu’il a été annoncé au lancement de ce projet que l’électricité sortie de Nachtigal serait moins chère comparée à celle produite par les autres barrages et centrales à gaz qui existent au Cameroun, comment cette valeur ajoutée se répercute-t-elle dans le porte-monnaie des Camerounais ?
L’électricité produite par Nachtigal est effectivement très compétitive : son kWh coûte 42 FCFA, soit presque 5 fois moins cher que les centrales thermiques. Ce prix correspond à celui auquel ENEO achète l’électricité. Les tarifs de l’électricité, qu’il ne m’appartient pas de commenter, sont eux fixés par le gouvernement sur proposition de l’ARSEL.
En revanche, ce que je peux dire c’est que la qualité de vie s’améliore : l’électricité devient plus disponible et plus fiable, avec moins de coupures, ce qui facilite les activités domestiques et économiques. Les ménages et les entreprises utilisant des générateurs pourront réduire leurs dépenses en carburant et en maintenance.
Sur le plan macroéconomique, la disponibilité d’une énergie stable va naturellement ouvrir la voie à l’industrialisation et stimuler le développement du pays. Enfin, d’un point de vue environnemental, Nachtigal produit une électricité renouvelable, contribuant ainsi aussi à la réduction des émissions de carbone et à la lutte contre le changement climatique.
La concession de Nachtigal est prévue pour 35 ans. Quelle est la vision stratégique de NHPC sur ce long terme ? Êtes-vous impliqué dans les réflexions avec le gouvernement pour une réforme globale du secteur (transport, distribution, régulation) afin que la production de Nachtigal soit pleinement valorisée ? Ou alors, vous contentez-vous juste de garantir votre rentabilité financière grâce à votre contrat « Take or pay » ?
NHPC est un producteur indépendant qui n’a pas vocation à s’étendre à d’autres secteurs qui, par ailleurs, appartiennent au domaine régulé, sous l’égide de l’ARSEL et du MINEE. NHPC travaille étroitement avec tous les autres acteurs du secteur de l’électricité pour que son énergie soit pleinement exploitée et que ses bénéfices se diffusent au-delà de la simple production d’électricité. Elle est donc partie prenante aux réflexions pour le redressement du secteur.
L’électricité produite par Nachtigal est effectivement très compétitive : son kWh coûte 42 FCFA, soit presque 5 fois moins cher que les centrales thermiques. Ce prix correspond à celui auquel ENEO achète l’électricité.
Par ailleurs, au-delà de sa vocation première, NHPC a une forte ambition environnementale et sociale, et continuera pendant les 35 ans à œuvrer, aux côtés des communautés riveraines, pour le développement économique local de la zone d’implantation de la centrale.
Votre projet est aussi un investissement dans l'humain, dites-vous de manière récurrente dans votre communication publique. Quel rôle joue NHPC dans la formation et l’insertion professionnelle des jeunes Camerounais aux métiers de l'hydroélectricité, essentiels pour l'avenir énergétique du pays ? Autrement dit, êtes-vous préoccupé par le transfert de compétences ? Si oui, comment et dans quelle proportion ?
Oui, NHPC investit fortement dans l’humain. L’éducation, la formation et le transfert de compétences sont des leviers essentiels du développement et font partie de nos priorités. Nous agissons sur plusieurs volets complémentaires :
- L’emploi local et la professionnalisation : le chantier Nachtigal a employé à son pic plus de 3 800 travailleurs dont 95% de camerounais formés par les entreprises étrangères. Aujourd’hui en phase d’exploitation, NHPC emploie près de 120 salariés dont 95% de camerounais, avec une moyenne d’âge de 39 ans, dont nous accompagnons la montée en compétence à travers les unités de professionnalisation du groupe EDF :
- Le renforcement des infrastructures scolaires et de formation professionnelle : nous avons construit et équipé plus de 15 salles de classe modernes dans les écoles publiques de la zone du projet, améliorant les conditions d’apprentissage de plus de 1 000 élèves. Nous avons également signé une convention avec le MINEFOP, au titre de laquelle nous avons construit et équipé des ateliers techniques dans les SAR/SM d’Obala, Ntui et Mbandjock afin de renforcer l’offre de formation professionnelle locale.
- Le soutien scolaire : nous récompensons les élèves qui se distinguent par leurs résultats. En octobre dernier, nous avons primé les 77 meilleurs élèves des lycées de la zone du projet à hauteur de 150 000 FCFA chacun et les 10 meilleurs bacheliers à travers une bourse universitaire de 2 000 000 FCFA chacun.
Nous avons investi plus d’un milliard de francs CFA dans tous ces domaines et avons vraiment à cœur que NHPC contribue à mettre à disposition du secteur de l’électricité du Cameroun un vivier de compétences solides et reconnues.
Vos prédécesseurs ont très souvent présenté Nachtigal comme une source d'énergie propre et durable. Quel est le rôle précis de NHPC dans la transition écologique du Cameroun ? Avez-vous mis en place des mesures spécifiques de compensation ou de gestion de l’impact environnemental autour du site du barrage et même au-delà ?
Nachtigal est effectivement un projet d’énergie bas carbone, et le rôle de NHPC dans la transition écologique du Cameroun est très concret. En produisant une électricité à base d’eau, la centrale de Nachtigal contribue directement à réduire la dépendance du pays aux solutions thermiques plus polluantes et à accroître la part d’énergie renouvelable dans le mix électrique national.
Mais notre rôle ne s’arrête pas à la production d’énergie renouvelable :il inclut une responsabilité forte en matière de protection de l’environnement et de réduction des impacts associés au projet. Nous avons réalisé au début du projet une Étude d’Impact Environnemental & Social qui a donné lieu à un plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) conforme aux exigences du Cameroun, et aux standards de la Banque mondiale et des autres bailleurs internationaux. Ce plan couvre notamment :
- le suivi des écosystèmes aquatiques et terrestres ;
- la protection des habitats sensibles ;
- le contrôle des émissions, du bruit et de la qualité de l’eau ;
- la gestion responsable des déchets ;
- la prévention des risques de pollution.
Des plans d’actions sont mis en œuvre pour chacun de ces aspects, en étroite collaboration avec le MINEPDED et le MINFOF.
Comment NHPC maintient-elle le lien social et la confiance avec les populations riveraines, notamment autour des questions passées de compensation ou d'impact sur les activités locales (pêcheurs, agriculteurs) ? Après la « saison des indemnisations », c’est désormais à chacun mieux-mieux ?
NHPC dispose d’une concession de 35 ans pour l’exploitation de la centrale ; maintenir un lien de confiance avec les populations riveraines est donc essentiel pour nous. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un dispositif de dialogue et de suivi social permanent.
Nous avons une équipe sociétale basée à Batchenga, présente au quotidien sur le terrain. Cette équipe comprend notamment un Officier chargé du Mécanisme de Gestion des Plaintes et des Requêtes qui reçoit et traite toute préoccupation, qu’elle concerne des sujets passés ou des situations nouvelles. Il y a également des relais communautaires, qui assurent la liaison avec chaque localité impactée, facilitent la circulation de l’information et nous permettent de rester à l’écoute des besoins réels du terrain.
Ensuite, il est important de rappeler que, dans notre démarche d’indemnisation, l’objectif n’était pas seulement de compenser les personnes affectées par le projet, mais de restaurer leurs moyens d’existence en les autonomisant, de manière à éviter toute relation de dépendance vis-à-vis de NHPC.
Après plusieurs DG à la tête de NHPC, vous êtes la première femme à être portée à la tête de cette entreprise que vous qualifiez vous-même de très stratégique. Quels sont les défis personnels et professionnels que vous vous êtes fixés pour les trois années à venir ?
D’abord, je voudrais redire que ma nomination à la tête de NHPC a été pour moi une immense fierté, un grand honneur et une responsabilité majeure. Je suis arrivée au moment où l’entreprise entrait dans sa phase d’exploitation pleine et entière, ce qui ouvrait une nouvelle page de son histoire. Cette coïncidence renforce le sens de la mission qui m’a été confiée.
Ce qu’on peut affirmer avec certitude c’est que si nous n’avions pas été là, les délestages au Cameroun auraient été beaucoup plus importants.
Pour les trois prochaines années, mes défis s’articuleront autour de la raison d’être de NHPC, qui est d’être un hydroélectricien performant et responsable au Cameroun. Sur le plan professionnel, il faudra démontrer que performance et responsabilité peuvent aller de pair. Cela passe par la capacité à garantir une production fiable et durable, tout en poursuivant nos engagements auprès des communautés situées autour du projet. Mon ambition est de veiller à ce que l’entreprise dispose des moyens nécessaires pour atteindre ce double objectif.
Sur le plan personnel, je suis heureuse de montrer qu’une femme peut diriger une entreprise du secteur de l’énergie, un domaine encore très masculin ici comme ailleurs. J’aimerais inspirer les jeunes femmes à s’engager dans les métiers techniques, mais aussi à viser des fonctions managériales et de leadership. Je souhaite démontrer, par l’exemple, que ces responsabilités sont accessibles à celles qui s’y préparent avec sérieux et détermination.



