D’après la "Note sur l’évolution des prix à la consommation finale des ménages au Cameroun d’avril 2024", publiée par l’Institut national de la statistique (INS), le niveau général des prix à la fin du mois éponyme a augmenté de 0,6% en glissement mensuel. Pour l’institution, « la hausse des prix des produits alimentaires peut s’expliquer principalement par l'augmentation des prix des pains et céréales, des légumes ainsi que des poissons et fruits de mer. L’accroissement des coûts des transports est principalement dû à l'augmentation des coûts du transport routier des passagers, notamment en raison de l'ajustement des prix des carburants à la pompe ».
Sur l’ensemble des 12 derniers mois, le taux d’inflation passe de 7,3% à 6,3%, légèrement en baisse de 1%, en raison des mêmes causes que celles citées plus haut : les produits alimentaires (8,7%) et les transports (15,7%). Dans le détail, la tendance observée entre mars et avril est la même sur un an. Ainsi, l’inflation s’est établie à 4,6% sur la période après qu’on a atteint 8% d’avril 2023. Une hausse justifiée par une augmentation du niveau général des prix des produits alimentaires de l’ordre de 6% et celui des transports porté à 12%.
Le document précise aussi qu’«il y a lieu de noter que cette évolution du niveau général des prix est progressivement en repli depuis son pic de 8,5% de mars 2023 et après avoir atteint 5,2% en janvier 2024». L’INS détaille que la hausse enregistrée sur les transports est à mettre à l’actif de la hausse du prix des produits pétroliers au Cameroun. En effet, depuis le 7 février 2024, le gouvernement a procédé pour la deuxième année consécutive à une augmentation des prix des carburants. Depuis lors, le litre de Super coûte 840 Fcfa contre 730 Fcfa avant tandis que le gasoil est désormais vendu à 828 Fcfa contre 720 Fcfa au mois de janvier. Cette hausse des prix des carburants à la pompe a induit de facto une révision des tarifs de transports urbains et périurbains. A cet effet, le tarif de ramassage de jour est passée de 300 à 350 Fcfa, celui de la nuit de 350 à 400 Fcfa. Soit des augmentations respectives de 14 et 16%. Pour les transports périurbains, le prix du kilomètre est désormais de 16 Fcfa contre 14 Fcfa en janvier.
Du côté des produits alimentaires, les légumes, les fruits, les pains et céréales, les poissons et fruits de mer ont contribué au relèvement du niveau général des prix de ces différents produits. A préciser que dans les marchés, le niveau général des prix qui a connu une hausse sur les deux dernières années, impacte grandement le panier de la ménagère. Actuellement sur les étals, c’est la tomate qui est la star du moment au vu de sa cherté. Un tas de tomates de quatre à cinq fruits qui se négociait autrefois à 100Fcfa, se discute à 500Fcfa. Pour d’autres produits, si les prix ne changent pas, les quantités quant à elles sont devenues rachitiques.
Perspectives incertaines
Avec un taux d’inflation de 6,3% à fin avril 2024, on pourrait s’interroger sur le destin des ménages pour ce qui est des mois restants de l’année. Deux scénarii sont possibles. Soit cet indicateur connaîtra un recul au regard des projections faites par le gouvernement dans la Loi de finance de décembre 2023. Dans ce document, l’Etat envisageait un taux d’inflation de 4%, légèrement au-dessus de la norme Cemac qui est de 3%.
Le pays est suivi dans cette perspective par le Fonds monétaire international qui, lors de sa dernière revue au titre de l’Accord sur la Facilité pour la résilience et la durabilité et la 6e revue du Programme économique et financier, a projeté le niveau général des prix à la consommation pour cette année à 5,5% au Cameroun. Une projection en baisse de 0,4% par rapport aux 5,9% annoncés en novembre 2023. Le FMI pense que le recul observé serait à mettre en lien avec la « baisse des effets de la deuxième augmentation des prix à la pompe au début de 2024».
L’autre scénario pris en compte est celui de la hausse du niveau général des prix. D’après le statisticien public, au 31 décembre prochain, le taux d’inflation serait de 7%, en légère baisse de 0,3% par rapport aux 7,3% de 2023. Une situation justifiée par le «réajustement de 15% des prix à la pompe et des incertitudes géopolitiques, particulièrement les tensions persistantes au Proche-Orient deux ans après le début du conflit russo-ukrainien». Toutefois, il convient d’indiquer que les différentes projections faites par différentes administrations et institutions tiennent compte des incertitudes liées à l’évolution de l’environnement international dans un sens ou dans l’autre, l’économie nationale étant d’une part fortement exposée aux chocs externes en raison de sa dépendance aux importations, et d’autre part aux facteurs endogènes.
Mesures d’atténuation
Le contexte inflationniste que connait le Cameroun depuis près de deux ans déjà est le même que subissent tous les autres pays de la zone Cemac. Face à cela, la Banque centrale a déployé une série d’outils visant à réduire le niveau général des prix. Parmi ceux-ci, on a la mise sur pied des émissions de Bons Beac qui visent à réduire la surliquidité à laquelle les banques commerciales sont exposées, question de réduire la composante de l’inflation qui viendrait de la monnaie.
À côté de ça, l’on peut aussi citer la politique des principaux instruments de la Banque. Rendu au mois de mars 2024, la Beac a maintenu inchangés pour la 4ème fois consécutive, ses taux directeurs. Dans le détail, le taux d’intérêt des appels d’offres par exemple, c’est-à-dire les intérêts dont doivent s’acquitter les banques pour les opérations de refinancement bancaire, pour faciliter la gestion des liquidités, reste à 5% ; et le taux de facilité de prêt marginal, qui s’applique lorsque les banques commerciales ont un besoin urgent de liquidité, est reconduit à 6,75% ; le taux de la facilité de dépôt (taux de rémunération des dépôts que placent les banques commerciales et autres établissements financiers auprès de la banque centrale) reste nul. L’objectif étant de combattre l’inflation au moyen du durcissement de l’accès au crédit bancaire. Rappelons que c’est en 2021 que la Beac a décidé d’augmenter ses taux directeurs.








