La Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (Bvmac) a terminé l’année 2023 sur une performance plutôt encourageante. Son capital social a progressé de 29% à 9 milliards FCFA, sa capitalisation flottante est ressortie à 66,4 milliards FCFA et son encours de dettes a atteint 1 300 milliards de FCFA contre 872,2 milliards l’année d’avant. Sur les compartiments obligations et actions, la valeur des transactions a plus que doublé d’une année à l’autre. L'entreprise a vu son chiffre d'affaires grimper de 52,1 %, s'établissant à 868,6 millions de FCFA, tandis que sa dette financière a été diminuée de 99,99 %. Pour la première fois depuis quatre ans, elle a réussi à obtenir un résultat net positif de 8,5 millions de FCFA.
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Malgré ces progrès, la bourse régionale reste en deçà des attentes qui ont façonné le projet de en 2018 par les chefs d'État de la Cemac. Dans son message publié dans le rapport annuel 2023 de la Bvmac, Henri-Claude Oyima, le PCA de l’institution, reconnaît que le marché boursier est traversé par de nombreuses contraintes. « Ce puissant instrument d’intégration sous-régionale, qu’est la Bourse Régionale, créée sous la forme d’une société́ anonyme à l’effet de remplir, à titre exclusif, la mission de service public d’organisation, d’animation et de gestion du marché́ financier de l’Afrique Centrale, conformément aux dispositions du Règlement Cemac du 21 juillet 2022 portant organisation et fonctionnement du Marché Financier de l’Afrique Centrale, reste encore exposée à plusieurs facteurs de vulnérabilité́ ».
Pesanteurs sur l’entrée en bourse des sociétés publiques
C’est l’un des facteurs majeur du faible engouement sur le marché boursier depuis la fusion. Dans l’Acte additionnel du 19 février 2018 portant unification du marché financier de la Cemac les chefs d’États s’étaient engagés à « procéder à la cession partielle ou totale en bourse de leurs participations dans le capital d’entreprises publiques, parapubliques, ou issues de partenariat public-privé, notamment dans le cadre de programme de privatisation ». À date, 05 états ont transmis 05 listes contenant 17 sociétés de leur portefeuille dont deux ont déjà franchi les portes de la bourse à savoir SCG Ré et Bange. Concernant les 15 autres, le processus d’introduction tarde à se mettre en place ce qui freine le dynamisme des transactions. Selon Henri-Claude Oyima, des « pesanteurs » entourent encore « le processus de privatisation des entreprises des portefeuilles publics des Etats de la Cemac », indique-t-il sans préciser lesquelles. Dans une interview réalisée en 2023, Louis Banga Ntolo, le DG de la Bvmac dénonçait la réticence des dirigeants de ces entreprises qui refusent de se conformer aux injonctions des chefs d’États.
Faible participation du privé et créances impayées
Le patron du groupe BGFIBank pointe également du doigt la faible participation du secteur privé aux opérations de marché, consécutivement au laxisme affiché dans l’implémentation des introductions en bourses des sociétés publiques. Un autre facteur qui a plombé la performance de la Bvmac, selon le dirigeant, c’est la situation des créances impayées. Ces créances représentent les commissions que les émetteurs et les intermédiaires doivent payer à la BVMAC dans le cadre des admissions à la cote et des transactions sur le marché. En 2023, celles-ci ont augmenté de 16,9% à 3 milliards FCFA. À la Bvmac, on explique que « ces commissions sont souvent payées après plusieurs années » , ce qui plombe la performance financière de l’entreprise.
Dépositaire Central
Henri Claude Oyima n’est pas passé sans évoquer « les lenteurs dans la conduite par la Banque Centrale (BEAC) du chantier de création d’une structure privée devant assurer les missions de Dépositaire Central du Marché Financier Régional ». D’abord annoncée pour le 31 décembre 2023 et ensuite repoussé à la fin de l’année 2024, la société privée censée jouer le rôle de dépositaire centrale unique (DCU) sur le marché financier de la Cemac pourrait ne pas voir le jour, comme prévu.
Après la fusion des places boursières de la Cemac en 2019, le rôle de DCU a été attribué à titre provisoire à la Banque des États de l’Afrique Centrale (Beac). Selon la Bvmac, l’institut d’émission monétaire ne faciliterait pas le processus de cession de cette activité à une entreprise privée tel que prévu dans l’article 119 du règlement du marché financier. « À l’issue des travaux, le conseil d’administration a notamment : (…) déplorée, une conduite poussive et confidentielle par la Beac du projet de création d’une entité privée devant assurer les missions de dépositaire central du marché financier régional à trois mois de l’échéance », peut-on lire dans le communiqué ayant sanctionné les travaux du conseil d’administration de la bourse, le 30 septembre dernier.
Le PCA de la BVMAC déplore également une« disparité des cadres législatifs nationaux avec le Règlement Cemac du 11 mars 2007 portant institution d’un Régime fiscal spécifique applicable aux opérations cotées à la Bvmac » tout comme la difficulté à appliquer dans l’ensemble des pays le règlement communautaire du 11 mars 2007. Face à ses pesanteurs, le dirigeant a annoncé la création d’un groupe de travail dont la vocation sera « d’assister la direction générale dans la conduite d’une réflexion stratégique devant aboutir à l’activation de tous les leviers possibles pouvant contribuer à la dynamisation du marché secondaire ».








