Le voyage du président de la République du Cameroun, Paul Biya, à Beijing où il prend part dès ce 03 septembre au 4e Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), revêt d’importants enjeux économiques à la lecture de la suite officielle qui l’accompagne dans la capitale chinoise. La présence en bonne place du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) par intérim, Fuh Calistus Gentry, dans la suite du chef de l’Etat, en dit long sur les enjeux de ce sommet pour le secteur minier camerounais en quête de développement. En juillet, le gouvernement a annoncé avoir mis sur pied un comité ad hoc pour procéder à un inventaire de son potentiel minier, alors que de précédentes opérations d’exploration de ce type menées entre 2014 et 2019 à l’échelle du pays avaient permis de mettre en évidence 300 nouveaux sites miniers. La Chine est en effet, pour l’heure, le partenaire privilégié en matière d’exploitation du sous-sol camerounais et seules des entreprises de ce pays sont en passe de concrétiser l’exploitation grandeur nature de certains gisements au Cameroun.
En décembre 2023, le Consortium chinois Bestway Finances Ltd a procédé officiellement au démarrage technique la mise en exploitation des gisements de fer entre le Cameroun et le Congo (Mbalam -Nabeba), côté Cameroun. Ce projet a vocation à positionner les deux pays comme le 5e pôle producteur de fer de la planète avec une exploitation de plus de 15 millions de tonnes de minerais de fer par an, une fois que la partie congolaise aura elle aussi démarré. En janvier 2024, une autre société minière chinoise, Sinosteel, en l’occurrence, a importé pour 60 milliards Fcfa des équipements pour démarrer l’exploitation du fer de Lobe, près de Kribi. De nombreux autres exploitants chinois sont déjà très actifs au Cameroun dans l’exploitation de la petite mine d’or, dans les carrières, etc. Autre secteur névralgique pour lequel le Cameroun recherche frénétiquement des financements pour ses nombreux projets dans un contexte de durcissement continu des conditions financières dans le monde, c’est celui des infrastructures. C’est ce qui justifie la présence du ministre des Travaux publique, Emmanuel Nganou Djoumessi, dans la suite du président de la République.
Début 2024, il a signé un accord-cadre avec la China First Highway Engineering Corporation (CFHEC), qui s’est engagée à préfinancer le démarrage des travaux de la phase II de l’autoroute Yaoundé-Douala cette année et à accompagner l’Etat du Cameroun dans la recherche des 1000 milliards Fcfa représentant le coût du projet. Il ne fait pas se doute que ce sujet sera au cœur des discussions en Chine entre les officiels camerounais et chinois. Le gouvernement semble faire des pieds et des mains pour que la deuxième phase de ce projet emblématique soit l’as de cœur de la campagne présidentielle du président Paul Biya en de 2025. L’option prise par le gouvernement est de parvenir à contractualiser ce projet sous le modèle d’un partenariat public-privé. Tant mieux si le voyage en Chine de Paul Biya peut permettre de faire avancer ce dossier. Le secteur des transports devrait également occuper une place de choix dans les discussions entre Chinois et Camerounais, dans la mesure où le chef de l’Etat est flanqué non seulement du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehè, mais aussi du directeur général de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), Jean Christophe Ella Nguema.
Aéronefs MA60
En perspective, il devrait être question de contrats dans le domaine de l’aviation civile, le Cameroun peinant à mettre en œuvre le plan de relance de la compagnie aérienne nationale proposé depuis bientôt 10 ans par l’américain Boeing. Camair-Co qui a besoin de densifier sa flotte semble vouloir se tourner à nouveau vers la Chine qui lui avait déjà livré 2 aéronefs de type MA60 en 2015. On retrouve également dans les bagages du chef de l’Etat lors de ce séjour chinois, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobe. Peut-être ce voyage permettra-t-il de marquer le pas sur le partenariat sur l’échange d’expérience avec la Chine sur le développement des compétences techniques et professionnelles liées à l’agriculture, aux Zones économiques spéciales, à la conservation des ressources naturelles associées, etc., pour lequel le Cameroun et la Chine travaille sous l’égide de la Commission économique pour l’Afrique. Le pays a en effet besoin d’investissements colossaux pour atteindre les objectifs de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND-30). L’empire du milieu pourrait, notamment, aider le Cameroun en matière d’accès l'accès aux semences améliorées, aux engrais en quantité, en matière de mécanisation de notre agriculture, la transformation des produits issus de son agriculture, etc.
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Pour mémoire, le Focac est devenu un puissant instrument de coopération pour un partenariat stratégique entre les pays africains et la Chine. Au plan économique et technique, la participation du président à la troisième édition de ce rendez-vous, en 2018, a débouché sur la signature de 5 nouveaux accords de coopération : l’accord sur le fonds d’aide pour la période 2018-2021, don sans contrepartie de la partie chinoise de plus de 400 milliards Fcfa, soit 334 milliards Fcfa pour l’année 2018 et 84 milliards Fcfa pour les années suivantes ; l’accord de prêt de 50 milliards Fcfa pour le financement de la phase II du projet d’approvisionnement en eau potable dans 9 villes du Cameroun ; le protocole d’accord sur le renforcement de la coopération dans le domaine des infrastructures ; l’accord sur l’amélioration des capacités de production industrielle; et le mémorandum d’entente sur le renforcement des ressources humaines. Outre la signature de ces accords, la partie chinoise s’était engagée à examiner « avec bienveillance » la dette du Cameroun. Et, joignant la parole aux actes, en 2019, les dirigeants chinois avait fait bénéficier au Cameroun un allègement de sa dette sans intérêt, d’un montant de 41,5 milliards Fcfa.
En 2021, le Cameroun avait à nouveau bénéficié d’une annulation de dette et d’un don chinois d’un montant cumulé de 35 milliards Fcfa. Les officiels camerounais parmi lesquels l’on retrouve le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, ne sont pas allés en Chine sans arrière-pensée relativement à un nouvel allègement éventuel de dette de la part Pékin.








