Les avoirs en devises de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac) logés au Trésor français ont généré des intérêts de 196 milliards de Fcfa en 2023, ce qui représente une forte hausse de 358% comparé aux gains dégagés au terme de l'année 2022 (42,915 milliards de Fcfa). Les données de la Beac, consultées par EcoMatin attribuent cette performance à une nette amélioration du taux de rémunération du compte en lien avec la hausse consolidée des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne (BCE).
Ce qu'il faut savoir, c'est que la convention du compte d'opération oblige la Banque centrale des pays de la zone Cemac (Cameroun, Gabon, Congo, Guinée Équatoriale, Tchad, Centrafrique) à déposer 50% de leurs avoirs extérieurs dans un compte logé au Trésor français. Ce dépôt sert de garantie à la convertibilité illimitée du franc CFA vers l'euro et vice versa, ainsi qu'à un régime de parité fixe entre les deux monnaies. Cette obligation ne concerne plus la zone Uemoa dont la banque centrale (Bceao) ne dispose plus de compte d'opération depuis janvier 2020. Pour la Beac, ce placement est rémunéré aux taux plancher de 0,75% lorsque le taux de facilité de prêt marginal de la BCE est inférieur à 0,75% et de 1% lorsque ce taux est supérieur ou égal à 0,75%.
En 2023, la BCE a réalisé une augmentation cumulée de 200 points sur son principal taux de refinancement pour tenter d'étouffer l'inflation. Par effet boule de neige, la rémunération sur le compte d’opérations a elle aussi grimpé jusqu’à atteindre 4,75% au 4e trimestre 2023. Une situation qui devrait toutefois changer puisque la BCE, selon de nombreux observateurs devrait changer l’orientation de sa politique monétaire en abaissant cette semaine ses taux d'intérêt, offrant un bol d'air aux ménages et aux entreprises. S'agissant des avoirs en devises gérés hors compte d'opérations, la Beac indique qu'elles sont ressorties à plus de 1,5 milliard de Fcfa à fin 2023 sans donner plus de détail. L'explosion des gains sur ces avoirs logés au compte d'opération intervient au moment où au moment où au sein de la zone Cemac, le débat sur l’avenir du franc CFA est évoqué en haut lieux.
Le 17 mars dernier, les chefs d’États de la région ont reçu les résultats d’une étude commandée à la Beac en 2019 laquelle propose « un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune ». Les contours de cette proposition n’ont pas été mis à la disposition du public mais des sources médiatiques anticipent sur une réforme calquée sur le modèle de l’Uemoa c’est-à-dire clôture du compte d’opérations, rapatriement des réserves de change au siège de la Banque centrale, retrait progressif des représentants français au sein du conseil d’Administration de la Beac, ainsi qu’une nouvelle dénomination de la monnaie.



