La République centrafricaine s'apprête à accueillir sur son territoire des migrants expulsés des États-Unis dans le cadre de la politique migratoire durcie de l'administration de Donald Trump. Selon Reuters, un avion affrété par les autorités américaines, transportant des ressortissants iraniens, afghans, turcs et géorgiens, doit atterrir à Bangui dans les prochaines heures après une escale au Ghana. Cette opération intervient quelques jours seulement après les révélations faisant état d'un accord conclu entre Washington et Bangui pour l'accueil de ressortissants de pays tiers expulsés du territoire américain.
Aucun des deux gouvernements n'a toutefois détaillé les contours de cet arrangement. Ni le nombre de personnes concernées, ni la durée de leur séjour, ni les modalités de leur prise en charge n'ont été rendus publics. Plusieurs sources évoquent néanmoins une première vague d'une vingtaine de migrants ayant quitté le territoire américain le 12 juin.
Lire aussi: Washington aurait versé 7,5 millions $ à Malabo pour accepter des migrants expulsés des USA
Le secret qui entoure cet accord alimente les spéculations, tant sur ses implications financières que sur le statut futur des personnes concernées. Selon des sources citées par Reuters, les discussions auraient été menées lors d'une rencontre tenue le 18 mai dernier à Bangui entre des responsables centrafricains et une délégation américaine conduite par Christian Jové Ehrhardt, haut responsable du Bureau américain chargé des réfugiés et des migrations. Depuis la révélation de cet arrangement, les autorités centrafricaines se sont toutefois abstenues de tout commentaire public.
Avec cette décision, la République centrafricaine devient le troisième pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) associé au dispositif américain de délocalisation des expulsions, après le Cameroun et la Guinée équatoriale. Washington multiplie depuis plusieurs mois les accords avec des États africains afin d'accélérer le renvoi de migrants dont l'expulsion vers leur pays d'origine est jugée juridiquement ou diplomatiquement complexe.
Le précédent équato-guinéen
Le volet financier de ces accords demeure l'un des aspects les plus opaques. Les sénateurs démocrates américains dénoncent depuis plusieurs mois des arrangements négociés dans la plus grande discrétion et financés à coups de dizaines de millions de dollars.
Lire aussi: Le Rwanda accueillera jusqu'à 250 migrants expulsés des Etats-Unis, annonce son gouvernement
L'une des rares contreparties connues concerne la Guinée équatoriale. Selon un rapport du Sénat américain relayé par plusieurs médias américains, Malabo aurait perçu 7,5 millions de dollars, soit environ 4,3 milliards de FCFA, pour accepter l'accueil de 29 migrants expulsés des États-Unis. Ce montant dépasserait l'ensemble de l'aide américaine accordée au pays au cours des huit dernières années.
Rien n'indique à ce stade que la République centrafricaine bénéficie d'un arrangement similaire. Toutefois, plusieurs observateurs estiment que la fragilité budgétaire du pays a pu constituer un élément des discussions. Bangui demeure fortement dépendante de l'aide extérieure pour financer ses dépenses publiques et ses programmes de développement. Dans ce contexte, toute source de financement additionnelle représente un levier important pour un État confronté à d'importants besoins en matière de sécurité, de santé et d'infrastructures.
Des inquiétudes sur le sort des migrants
Au-delà des considérations financières, les organisations de défense des droits humains s'inquiètent du sort réservé aux personnes concernées. Plusieurs migrants visés par ces expulsions bénéficiaient, selon leurs avocats, de protections juridiques contre leur renvoi vers leur pays d'origine.
Leur transfert vers un État tiers soulève ainsi des interrogations sur le respect des garanties accordées par la justice américaine. L'arrivée annoncée de ressortissants iraniens, afghans, turcs ou géorgiens en République centrafricaine ouvre également de nombreuses inconnues.
Aucun dispositif d'intégration ou de réinstallation n'a été présenté à ce stade. Les conditions de séjour, la durée de leur présence sur le territoire centrafricain et les modalités de leur éventuel retour vers leur pays d'origine demeurent inconnues.



