L’exploitation du gisement du minerai de fer de Mbalam-Nabeba, situé à cheval entre l’Est du Cameroun et le Nord du Congo, est un serpent de mer depuis près de 20 ans. Lancé depuis 2008, le projet ambitionne d’exploiter un gisement de plus de 2,8 milliards de tonnes de minerai de fer, dont 472 millions de tonnes de DSO (teneur supérieure à 62%) au Congo et 2,4 milliards de tonnes au Cameroun avec 517 millions de tonnes de fer d’une teneur de 62,2% sur 25 ans. Mais à ce jour, aucune tonne n’a été extraite ni à Nabeba, ni à Mbalam.
Lire aussi : Fer de Mbalam-Nabeba : Le Cameroun absent aux audiences d’arbitrage à Paris
Cependant, Bestway Finance Ltd, véhicule d’investissements chinois basé à Hong Kong et détenteur des permis du côté congolais via sa filiale Sangha Mining, assure que la production commencera à la fin de l’année. « Nous avons été très heureux de pouvoir annoncer à la République du Congo, le lancement effectif de la production, au niveau du permis Nabeba pour décembre 2025 », a assuré Alexandre Mbiam, Chief Executive Officer de Bestway Finance le 3 juillet, au cours d’une rencontre avec les autorités congolaises. Cette déclaration qui cadre avec la date avancée le 8 mai 2024 dans la localité de Souanke, près de la frontière nord du Congo lors du lancement technique du méga-projet Mbalam-Nabeba-Avima-Badondo, intervient après une précédente annonce de démarrage en décembre 2023, restée sans suite.
Une logistique incohérente, des délais irréalistes
Le scénario présenté par Bestway Finance Ltd pour démarrer l’exploitation de la mine dès décembre 2025, repose sur un mode d’évacuation par camions, en attendant la construction d’une ligne ferroviaire de 540 km qui n’existe jusqu’ici, que sur du papier. Officiellement, une flotte de 150 camions de 75 tonnes à l’essieu devrait transporter le minerai de fer de Nabeba jusqu’au port de Kribi au Cameroun où un quai minéralier est censé être construit. Mais plusieurs questions restent sans réponse : l’itinéraire routier a-t-il été validé ? Si oui, la route devant servir à l’évacuation du minerai de Nabeba via Ntam à la frontière Cameroun-Congo et sur le territoire camerounais a-t-elle déjà subi les aménagements nécessaires à cette gigantesque opération logistique pour supporter un tel trafic ? De plus, des questions sans réponses concernent également le lieu de stockage des cargaisons de minerai de fer à leur arrivée à Lolabe où sera construit le futur terminal minéralier. Concernant cette infrastructure cruciale pour l’exportation du minerai depuis le port de Kribi, l’on est encore sans nouvelle du constructeur de ce quai qui doit traiter un volume annuel de minerai de 125 millions de tonnes de fer.
Des doutes persistent
À ces incertitudes s’ajoute un litige toujours en arbitrage devant la Chambre de commerce internationale (CCI) à Paris entre la société australienne Sundance Resources, ancien concessionnaire du projet minier et le gouvernement camerounais. Le Congo qui a négocié un arrangement amiable avec les Australiens, a échoué à deux reprises à respecter les termes dudit règlement signé en juillet 2024. Il devait verser 150 milliards FCFA (environ 229 millions USD) à Sundance au plus tard le 31 octobre 2024, tandis que le Cameroun, lui, a manqué les audiences des 27 et 28 janvier dernier à Paris. La junior minière, qui réclame 11,2 milliards de dollars (près de 6 900 milliards FCFA), dont 5,7 milliards $ au Congo et 5,5 milliards $ au Cameroun en dommages, est déterminée à aller jusqu’au bout de la procédure judiciaire, ce qui pourrait affecter la sécurité juridique des droits miniers de Bestway.
Or, sur le plan des investissements, le projet global nécessite une enveloppe de 10 milliards de dollars pour financer la mine, les infrastructures ferroviaires et portuaires ainsi qu’une unité de transformation. Seulement, ni la source exacte des financements, ni les étapes contractuelles (désignation des entreprises, signature des contrats, importation et transport du matériel) n’ont été officiellement communiquées. De même que des doutes persistent aussi sur la capacité technique et financière du consortium mené par Bestway Finance.
Fondée en juin 2020, la société n’a à son actif aucun projet minier opérationnel d’envergure internationale. En 2020 déjà, son partenaire AustSino avait échoué à lever 100 millions USD auprès de Midwest Resource Finance pour racheter Sundance, aboutissant à la résiliation du contrat. Dans ce contexte, malgré les engagements renouvelés, la faisabilité d’un démarrage de l’exploitation en décembre 2025 reste très incertaine. Le projet, qui devrait générer jusqu’à 10 000 emplois direct, demeure pour l’instant un chantier suspendu à des promesses non tenues.



