« Ce n’est pas possible ! Même en Afrique, on a accès aux officiels et aux délégations plus qu’en France », tonne un journaliste de Le Monde au dernier jour du XIXe sommet de la Francophonie qui s’est ouvert le vendredi 04 octobre, à la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, en France, et s’est achevé le lendemain. Le confrère exprimait le ras-le-bol général de l’ensemble des représentants des quelque 200 médias indépendants accrédités pour la couverture de cet événement majeur du monde francophone.
Un autre journaliste, venu du Liban, faisait chorus en affirmant n’avoir jamais vu la presse faire l’objet d’autant de surveillance à l’occasion d’un sommet de la Francophonie, ni même d’un autre événement de cette envergure qui mobilise pourtant un dispositif sécuritaire rigoureux en amont. Même lors des briefings de presse - très encadrés par les agents du Quai d’Orsay - les journalistes des médias indépendants, pourtant régulièrement invités et ayant rempli toutes les formalités qui leur donnaient droit à des badges d’accès au lieu de l’événement, sont restés hyper confinés et surveillés par la sécurité du sommet.
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Un "apartheid" auquel les représentants des médias officiels -à l’exception de RFI et de France 24 - ont échappé. Lorsqu’ils étaient sollicités, nos confrères pouvaient accéder aux délégations de leurs pays qu’ils accompagnaient du reste en France. Un remake de la première journée où personne n’avait le droit de quitter la salle de presse. Arrivée la veille à Villers-Cotterêts à 8 heures dans le strict respect des consignes du protocole d’Etat, la presse indépendante n’a été autorisée à accéder à la salle des travaux qu’à 16 heures pour la photo de famille. Pour être parquée à un endroit précis, où personne n’avait le droit de bouger d’un pouce, au risque de se voir ramené brutalement à l’ordre. Dans leur immense majorité, les journalistes estiment, en tout cas, que la France et la Francophonie ont mis la bride aux médias lors de ce sommet 2024. Un traitement scandaleux qui anime chez eux un sentiment de colère et qui remet en question la relation de partenariat qui devrait prévaloir entre les médias et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Pourtant, Emmanuel Macron, l’hôte du sommet, n’a pas manqué de dénoncer le double standard qui prévaut en matière de défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, notamment dans le conflit russo-ukrainien ou celui entre Israël et ses voisins. La paix, a-t-il mentionné, passe par la solution à deux Etats ; l’un hébreux et l’autre palestinien. Un discours qui aurait dû inspirer les responsables de l’organisation de l’événement en charge de la presse.
Lors de ce sommet que la France accueille pour la première fois depuis 1991 et qui a vu la participation de 160 délégations, dont une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement, le dirigeant hexagonal estime que la Francophonie, prise comme « un espace d'influence diplomatique », doit pouvoir permettre aujourd’hui à ses membres, contexte géopolitique oblige, « d'embrasser les enjeux du siècle ». « Elle est, déclare-t-il, un lieu où nous pouvons ensemble porter une diplomatie qui défend la souveraineté et l'intégrité territoriale partout à travers la planète ».
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Enjeu de taille en Afrique, le continent par excellence de la Francophonie de par le nombre de personnes qui y parlent la langue française (environ 54% de locuteurs), la question du discours de haine, qui prend de l’ampleur en se banalisant avec comme carburant les réseaux sociaux, a fait partie des grandes préoccupations à l’ouverture du sommet. L’organisation a lancé l’appel dit de Villers-Cotterêts, en invitant l’industrie mondiale du numérique à « bâtir un espace plus sûr et plus divers et à lutter contre tous ces discours de haine ». Pour Emmanuel Macron, il urge de « bâtir un ordre numérique protégeant les citoyens (…) pour mieux lutter contre la désinformation, la propagation de la haine en ligne, les discours de haine, racistes, antisémites ».
Alors que ce que XIXe sommet a consacré le retour de la Guinée au sein de l’OIF, après trois ans de suspension liée au coup d’Etat militaire de 2021 contre Alpha Condé, la secrétaire générale de l’organisation, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, a fait part de sa volonté de voir le Mali, le Burkina Faso et le Niger, mis sur la touche pour les mêmes raisons, réintégrer l’organisation.








