La très réputée zone des trois frontières (Cameroun-Gabon-Guinée équatoriale) est devenue, ces derniers temps, une plaque tournante de la fausse monnaie au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). L’attention des autorités sous-régionales a été attirée par une flambée des plaintes de la part des agents économiques, principalement actifs dans les localités d’Abang-Minko’o et Kyè-Ossi, côté Cameroun, et Ebibeyin, côté Guinée équatoriale. Des enquêtes conduites minutieusement et de manière coordonnée par les services de sécurité camerounais et équato-guinéens ont permis, fin avril dernier, d’interpeller plusieurs hauts responsables des services de sécurité des deux pays, soupçonnés d’entretenir ce réseau en facilitant le change de la fausse monnaie de part et d’autre de la frontière, avec la complicité de certains établissements de microfinance. Ils sont depuis en exploitation au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED), à Yaoundé. L’affaire a été ébruitée par Malabo.
Sur son compte X (ex-Twitter), le vice-président de la Guinée équatoriale et fils du chef de l’Etat, Teodorin Obiang Mangue, écrit le 07 mai : « l'enquête ouverte par la gendarmerie a permis de découvrir qu'il s'agit d'un groupe composé d'un haut gradé de l'armée nationale de Guinée équatoriale, du chef d'agence Beac et du commissaire d'Ebibeyin. Ils ont été arrêtés au Cameroun en possession de 1,5 milliard Fcfa en faux billets de 10 000 Fcfa. À ce stade, la partie équato-guinéenne a pu récupérer 50 millions Fcfa en faux billets ». On n’en sait pas plus sur la procédure ayant conduit à la saisie de ce faux pactole. Outre le haut gradé équato-guinéen dont l’identité demeure secrète et le chef de la police d’Ebibeyin, plusieurs policiers en poste à Kyè-Ossi, notamment au sein des services d’émi-immigration du Cameroun, ont été mis aux arrêts.
Photocopie
Face à la presse sous-régionale au terme la session du comité de politique monétaire du 24 juin dernier, le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), Yvon Sana Bangui, a expliqué d’entrée de jeu qu’au vu du niveau de sécurité des signes monétaires atteint avec la gamme de billets de 2022, il était désormais presque impossible de les falsifier. « La Beac prend des mesures fortes pour protéger les signes monétaires de notre zone. C’est pour cela qu’en 2022 nous avons mis en circulation une nouvelle gamme de billets qui intègrent de nouvelles technologies de sécurité », a-t-il indiqué. Avant d’indiquer que les faussaires continuent, néanmoins, « d’employer la méthode rudimentaire de photocopie ». Pour plus d’efficacité de la part de la banque centrale, a-t-il ajouté, « nous collaborons avec les services de police pour pouvoir traquer non seulement les faussaires, mais aussi les trafiquants de ces billets. Il en va de la stabilité monétaire de notre zone ».
Au sein de l’institut d’émission, des indiscrétions confient qu’en dehors du chef d’agence d’Ebibeyin en détention, qui fait d’ailleurs l’objet d’une suspension à titre conservatoire, le chef du service émission au sein de la même agence a également fait l’objet de plusieurs auditions en rapport avec l’enquête ouverte dans le cadre de cette affaire. A la Beac, l’on recommande la prudence en attendant l’aboutissement des enquêtes.







