Trois ans après d’intenses activités dans le secteur extractif camerounais, les autorités ont jusqu'à présent omis de publier le rapport d'activités 2022, essentiel pour rendre compte de la transparence financière de ce secteur. Initialement prévu pour fin 2024, ce rapport, indispensable à l'évaluation de la conformité du Cameroun aux standards de l'Initiative internationale pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), a fait l'objet d'une demande de report de dix semaines supplémentaires par le gouvernement, soit jusqu'au 7 mars 2025.
Dans une lettre adressée à Helen Clark, la présidente de l'ITIE, le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, a justifié ce retard par des difficultés liées à la constitution du nouveau comité national ITIE, en particulier à la désignation des 12 représentants de la société civile. Selon le ministre, ces retards ont eu des répercussions sur le démarrage de la collecte des données nécessaires à l'élaboration du rapport. « Le 07 novembre 2024, la collecte des données de cadrage pour l'exercice 2022 a démarré. Cependant, après en avoir débattu avec l’Administrateur Indépendant, le cabinet ENERTEAM, le Comité a admis qu'il était désormais impossible de publier un rapport ITIE 2022, respectant la Norme ITIE 2023, avant la fin de l'année [2024]. Mais en dépit des fortes contraintes de temps qui sont aujourd'hui les nôtres, le Comité tient à respecter la Norme ITIE 2023 et de façon générale à assurer la bonne qualité du rapport en objet. En définitive, il s'est accordé avec le consultant sur un calendrier prévisionnel exigeant mais réaliste qui situe au 07 mars 2025 la date de publication de ce rapport », peut-on lire.
Une gestion opaque des ressources ?
Bien qu’élucidées, certains observateurs s'interrogent sur la suffisance de ces raisons pour justifier un retard aussi important, compte tenu des exigences de transparence et de responsabilité inhérentes à l'ITIE. Ils soulignent que, dans un contexte où le Cameroun mise fortement sur le développement de son secteur minier pour soutenir sa croissance économique, la transparence et la participation de la société civile sont plus que jamais essentielles. Dr Bareja Youmsi, expert en mines et pétrole, va plus loin en évoquant un potentiel manque de volonté politique. Selon lui, « les difficultés rencontrées dans la désignation des représentants de la société civile au sein du comité ITIE pourraient être liées à une gestion opaque des ressources naturelles ».
Ce dernier rappelle que le Cameroun avait déjà été suspendu de l'ITIE en mars dernier en raison de préoccupations concernant la liberté d'expression de la société civile. « Cette situation est d'autant plus paradoxale que le gouvernement a récemment annoncé d'ambitieux projets miniers à savoir des projets de fer de Lobe et de Mbalam-Nabeba et la bauxite de Minim-Martap. Même si tous ces projets cités ci-dessus venaient à être mis en production leur contribution au budget national n’atteindra pas les 5% avant 10-15 ans », affirme-t-il, pointant du doigt les capacités limitées de certaines sociétés minières opérant au Cameroun, ce qui pourrait également compromettre la qualité des données et, par conséquent, la production du rapport ITIE.
Enjeux d'une éventuelle exclusion
Il faut noter que le Cameroun tire d'importants revenus de ses industries extractives, qui représentaient 3,93% de son PIB en 2021. Cependant, malgré l'adhésion libre du pays à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), une forme de certification de la bonne gouvernance dans le secteur des mines, du pétrole et du gaz, des inquiétudes grandissent quant à son avenir au sein de ce mécanisme. Selon Henri Njoh Manga Bell, président de Transparency International Cameroun chez nos confrères de RFI, ce retard est « fort dommageable ». Il souligne que les États membres de l'ITIE sont tenus de publier un rapport annuel et que le Cameroun aurait dû prendre les dispositions nécessaires pour respecter cet engagement. D’après des sources concordantes, le retard dans la publication du rapport ITIE 2022 pourrait valoir la radiation du pays à l'horizon 2027.
Dr Bareja Youmsi souligne par ailleurs que si le Cameroun était radié de l'ITIE, les conséquences seraient importantes. « Les investisseurs, en particulier ceux issus des pays occidentaux, privilégient les pays transparents et respectueux des normes internationales », explique-t-il. Une telle radiation enverrait un signal négatif sur l'attractivité du Cameroun et pourrait dissuader les investissements étrangers, nécessaires au développement du secteur minier. « La radiation du Cameroun de l'ITIE aura aussi un impact sur ses rapports avec ses partenaires de développement (Banque Mondiale et Fond Monétaire International). », explique-t-il.
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Rappelons qu'en matière de transparence, le Cameroun est déjà entaché par l'affaire Glencore, un scandale qui a mis en lumière des pratiques douteuses dans le secteur extractif. Une nouvelle radiation de l'ITIE aurait des conséquences désastreuses sur la réputation du pays, découragerait les investisseurs étrangers et compromettrait les efforts de développement économique du pays.



