La République Centrafricaine pourrait bien devenir un pilier du nouveau virage stratégique de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le mercredi 11 juin 2025, le Président centrafricain Faustin Archange Touadéra a reçu en audience le Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, au Palais de la Renaissance. Au cœur des discussions, le projet phare de renforcement des réserves aurifères de la sous-région.
Avec à peine 6 tonnes d’or en réserve, la BEAC dispose de l’un des stocks d’or les plus faibles pour une banque centrale en Afrique. À la BCEAO, ce stock était de 43 tonnes à la même période et de 174 tonnes pour la banque centrale d’Algérie qui est d’ailleurs leader africain en la matière.
Pour la BEAC, cela constitue une faiblesse structurelle qui limite sa capacité de résilience face aux chocs exogènes, notamment ceux liés à la volatilité du franc CFA ou aux tensions sur les marchés internationaux de change. Contrairement aux devises, l’or n’est exposé ni à la politique monétaire d’une puissance étrangère, ni aux sanctions, ce qui en fait un actif refuge stratégique.
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Pour corriger cette fragilité, la BEAC a lancé un ambitieux programme de monétisation de l’or, visant à acquérir directement du métal jaune sur les marchés nationaux de ses États membres, en monnaies locales. La République Centrafricaine, dont le sous-sol regorge d’importantes réserves d’or, est appelée à jouer un rôle central dans ce projet. Le Gouverneur Yvon Sana Bangui a insisté, lors de son entretien avec le Chef de l’État, sur l’intérêt d’utiliser les comptoirs locaux légalement établis et les opérateurs miniers formels pour alimenter la réserve de la BEAC en or fin.
« Nous voulons capter une partie de la production aurifère locale pour renforcer notre capacité de couverture en devises », a-t-il déclaré en marge de l’audience. En 2024, Bangui a représenté 3,7 tonnes sur les 5,7 tonnes d’or exportés de la CEMAC, ce qui en fait le principal producteur. Alors que la BEAC entame un repositionnement stratégique face à l’épuisement des recettes pétrolières et au recul des devises étrangères, l’or devient un actif central de sa nouvelle politique. Et la RCA, longtemps perçue comme le maillon faible de la sous-région, pourrait bien se transformer en pilier discret de cette résilience monétaire.
Précisons que la BEAC réalise chaque année des plus-values sur son stock d’or via des opérations de cession-rachat. « Ces opérations visent à externaliser une partie des plus-values latentes tout en reconstituant l’encaisse-or à l’identique, conformément à l’article 13 des statuts de la Banque », précise l’institution dans son rapport annuel. Ces placements ont généré, au cours de l’exercice 2024, un revenu de 172 millions FCFA, contre 159 millions FCFA en 2023. « Ces montants ont été directement imputés au résultat de la Banque », ajoute le document.
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