Après une première année de mise en œuvre blanche et sèche du point de vue de la mobilisation des fonds, le Plan national de développement (PND) 2024-2028 de la République Centrafricaine semble démarrer sur des chapeaux de roue en ce début de deuxième trimestre 2025. Après la Banque africaine de développement (BAD) qui a promis il y a quelques jours de débloquer 201 milliards Fcfa au profit de ce plan, c’est autour du groupe de la Banque mondiale de donner son accord de principe pour un décaissement de 1,2 milliard de dollars, soit environ 700 milliards Fcfa. Cette promesse de financement est le fruit de discussions bipartites entre le gouvernement centrafricain et l’institution de Bretton Woods, en marge des réunions de printemps de cette dernière tenue à Washington DC fin avril. Le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale considère ce financement comme une contribution majeure au projet de développement de la RCA.
Ces financements qui pleuvent comme jamais sur la Centrafrique et qui tombent à pic au moment où le pays a besoin de ressources annuelles de 1400 milliards Fcfa au moins jusqu’en 2028, semblent être de bon augure pour les décaissements attendus du Fonds monétaire international (Fmi), le chef de fil des bailleurs de fonds de la RCA, dans le cadre des 3e et 4e revues des accords au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). Ce flot de financements risque, cependant, de ne pas avoir les résultats escomptés au regard des contraintes qui ont toujours plombé la performance des projets en République Centrafricaine, notamment la sous-consommation des crédits. La sonnette d’alarme a été tirée l’année dernière par le ministre de l’Économie, Richard Filakota, s’agissant particulièrement des problèmes de gouvernance qui mettent à mal l’exécution de la vingtaine de projets du portefeuille de la Banque mondiale qui pesait 500 milliards Fcfa environ à l’époque.
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Le membre du gouvernement jugeait la situation d’autant plus préoccupante que plusieurs financements obtenus parfois de haute lutte par la Centrafrique auprès de divers bailleurs de fonds sont tombée à forclusion, faute d’avoir pu être décaissés à temps. Le 22 janvier 2024, le Premier ministre Félix Moloua a servi une cinglante demande d’explications au ministre chargé du Développement de l’Energie et des ressources hydrauliques, Arthur Bertrand Piri, suite à la clôture par la Banque mondiale du projet d’amélioration des services d’eau et d’électricité financé par l’Association internationale de développement (IDA) et l’annulation par cette dernière d’un solde non décaissé à hauteur de 1,2 milliard Fcfa. Cette décision remontait en effet au 30 juin 2023, mais le chef du gouvernement n’en a été informé que 6 mois après, par correspondance du représentant résident de l’institution financière en République centrafricaine.
Pour le chef du gouvernement, cette forclusion a causé une « grosse perte incompréhensible » pour la Centrafrique, « dont les besoins de la population en eau potable demeurent sans cesse croissants ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ces contreperformances ne concernent pas que la Banque mondiale. Un passage en revue des programmes et projets de la Banque africaine de développement (BAD) début juillet 2024 dans la capitale centrafricaine, montrait que des centaines de milliards Fcfa injectés ces dernières années par cette institution pour financer des projets porteurs, notamment dans l’agriculture, le transport et l’énergie, restaient non-décaissés. La faible capacité d’absorption des fonds atteint plus de 60% des montants globaux alloués, selon les responsables locaux de l’institution financière panafricaine.
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Pour atteindre les objectifs fixés par le PND 2024-2028, le gouvernement centrafricain va devoir tout mettre en œuvre pour inverser la tendance de la sous-consommation chronique des crédits et réduire considérablement la proportion des projets contreperformants, cause du niveau élevé des soldes engagés non décaissés (Send’s). Pour mémoire, le PND qui est la boussole socioéconomique du pays sur la période 2024-2028, appelle la mobilisation de 7 040 milliards Fcfa, soit environ 12,8 milliards de dollars américains. Pour sa mise en œuvre, la RCA aura besoin de mobiliser 1 400 milliards Fcfa chaque année. Le plan de financement mis en place pour accompagner cette stratégie prévoit que 50% des financements doivent provenir de la communauté internationale, à travers la mobilisation des dons et la contraction de prêts.
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