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Rachat de Globeleq Cameroon : l’État fait jouer son droit de préemption face à Savannah Energy

Comme annoncé en exclusivité par EcoMatin dans une parution le 12 mai 2024, le britannique Globeleq maintient son ambition de céder ses activités de production d’électricité au Cameroun. Le groupe basé à Londres est en discussion avancée avec Savannah Energy qui a fait une offre à onze chiffres pour racheter ses centrales de Kribi et Dibamba. Mais la conclusion de la transaction dépend désormais de l’Etat du Cameroun, qui a décidé d’exercer son droit de préemption sur cette cession stratégique.

Publiée mardi 4 novembre 2025 à 16:00:52Modifiée mardi 4 novembre 2025 à 16:09:37Temps de lecture 6 minPar Arthur WANDJI

Une installation de Savannah Energy

La société britannique Savannah Energy a entamé des négociations avec le groupe Globeleq en vue de l’acquisition de sa filiale camerounaise, Globeleq Cameroon, pour un montant estimé à plus de 100 millions d’euros (près de 65 milliards FCFA), selon les informations d’EcoMatin. Si l’opération aboutit, elle donnerait à la junior britannique la main sur deux infrastructures vitales : la centrale à gaz de Kribi (216 MW) exploitée par sa filiale Power Development Co (KPDC) et la centrale à fioul de Dibamba (86 MW) opérée par Dibamba Power Development Co (DPDC). Les deux centrales assurent ensemble près du quart de la production électrique du pays et alimentent notamment les plateformes portuaires de Douala et de Kribi.

Savannah face au blocus de Yaoundé

Les pourparlers, engagés depuis juillet 2025, se déroulent principalement au siège africain de Globeleq, au Cap (Afrique du Sud), sous la supervision du cabinet KPMG, mandaté pour conduire le processus de cession. Du côté de Savannah, les négociations sont menées par Joseph Pagop Noupoué, président du conseil d’administration et actionnaire. À Londres, Globeleq aurait déjà donné son quitus à l’opération, selon des sources proches du dossier. Mais la conclusion de la transaction dépend désormais d’un acteur clé : l’Etat du Cameroun, qui a décidé d’exercer son droit de préemption sur cette cession stratégique. Ce qui pourrait ralentir, voire compromettre, le projet de rachat.

Lire aussi : Cameroun: le décryptage de l’arbitrage de Paul Biya à la SNH

Plusieurs sources proches ayant connaissance du dossier indiquent que l’aval du gouvernement n’est pas acquis, notamment en raison du contentieux ouvert entre Savannah Energy et Yaoundé dans le dossier du pipeline Tchad–Cameroun. En 2023, la société britannique, détentrice de 40% du capital de la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco), entreprise chargée de gérer plus de 90% dudit pipeline sur le territoire camerounais, avait tenté de vendre 10% de ses parts à la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). L’accord, pourtant signé avec Adolphe Moudiki, directeur général de l’entreprise camerounaise, avait été bloqué par le Conseil d’administration que dirige Ferdinand Ngoh Ngoh, également secrétaire général de la présidence de la République. L’instance avait, le 13 juin 2023 « décidé du gel de la transaction conclue le 19 avril 2023 entre la SNH et la société Savannah Energy », en raison des frictions diplomatiques avec le Tchad, alors en arbitrage contre Savannah.

Globeleq sous tension

Or, derrière les négociations entre Globeleq et Savannah, se cache une situation financière tendue. Depuis plus d’un an, Globeleq Cameroon subit de plein fouet la crise chronique de trésorerie d’Eneo, le distributeur national d’électricité dont les arriérés dus à Globeleq se situerait autour des 170 milliards FCFA au 31 octobre 2025. Pour accentuer la pression, Globeleq a mis à l’arrêt ses centrales début mars 2024, plongeant une partie du pays dans la pénombre. La réaction de l’État fut immédiate : un conclave d’urgence organisé à Douala aboutit à un accord de reprise des activités.

Lire aussi : Cameroun : le flou s’épaissit autour du projet de construction du barrage de Bini à Warak, lancé en 2017

L’État a versé 5 milliards FCFA à Eneo pour remboursement immédiat à Globeleq, complétée par une enveloppe additionnelle de 3 milliards FCFA du concessionnaire à KPDC et DPDC. Par ailleurs, les dettes croisées entre l’État, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et Globeleq ont fait l’objet d’une restructuration : 36 milliards FCFA dus à la SNH ont été repris par l’État, tandis que 50 milliards FCFA d’arriérés envers Eneo ont été partiellement compensés. Ce compromis fragile a permis de relancer les centrales, sans toutefois apaiser totalement les tensions.

Un secteur électrique en crise

La crise de Globeleq s’inscrit en effet dans un contexte de désorganisation du secteur énergétique camerounais. L’opérateur Eneo, toujours contrôlé à 51% par le fonds britannique Actis, traverse une période d’incertitude financière et institutionnelle. En quête d’un repreneur depuis plus de trois ans, Actis a accepté une offre de rachat de l’État camerounais évaluée à près de 78 milliards FCFA, sans que la transaction ne soit encore finalisée. En attendant, les retards de paiement et la vétusté du réseau freinent la montée en puissance de nouveaux projets, tels que le barrage de Nachtigal (420 MW), censé réduire la dépendance du pays aux centrales thermiques. Dans ce contexte, l’acquisition de Globeleq Cameroon représente à la fois une opportunité stratégique et un pari financier risqué pour Savannah Energy.

Savannah cherche à se relancer

Depuis son implantation au Cameroun, la junior britannique détient le projet hydroélectrique et solaire de Bini à Warak (95 MW, Adamaoua), à l’arrêt depuis 2018 à la suite du retrait du groupe chinois Sinohydro. L’entreprise, qui prévoit livrer les premiers mégawatts dès 2027, espère que le rachat des centrales de Kribi et Dibamba lui permettra de consolider sa présence dans le mix énergétique camerounais. Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie d’expansion régionale qui l’a récemment conduite à racheter la participation de Norfund (65,4 millions USD) dans la joint-venture Klinchenberg, active sur trois grands barrages en Afrique de l’Est et centrale.

« Aucune décision n’a encore été prise »

Les négociations entre Savannah et Globeleq se déroulent dans un contexte où, selon des médias camerounais, des acteurs locaux se sont positionnés ces derniers jours pour le rachat des centrales de Kribi et de Dibamba. Toutefois, Globeleq Cameroun a tenu à nuancer les informations qui font par ailleurs état d’un désengagement déjà acté. Dans un communiqué consulté par EcoMatin, l’entreprise précise que « depuis de nombreuses années, Globeleq travaille en étroite collaboration avec le gouvernement du Cameroun pour résoudre la question persistante des arriérés dans le secteur de l’électricité. L’entreprise continue d’échanger avec les autorités afin d’envisager toutes les options possibles permettant de trouver des solutions durables à ce problème ». Et d’ajouter : « bien que Globeleq explore actuellement différentes options pour l’avenir de ses investissements au Cameroun, notamment la possibilité de partenariats, aucune décision définitive n’a encore été prise à ce sujet ».

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