Une délégation centrafricaine conduite par le ministre des Petites et Moyennes entreprises et de la Promotion du Secteur Privé, Hyppolite Ngaté Robard, a séjourné du 27 avril au 1er mai derniers à Téhéran, où elle est allée prendre part à l’exposition internationale Iran Expo 2024. En marge de cet événement, la délégation a pu honorer quelques rendez-vous, notamment avec les ministres iraniens de l’Industrie, des Mines et du Commerce, des Affaires étrangères ou encore avec le premier vice-président de la République islamique d’Iran, Mohammad Mokhbér. Les échanges lors de ces audiences ont porté essentiellement sur les possibilités d’accroissement de la coopération bilatérale entre l’Iran et la République centrafricaine, principalement dans les domaines de l’agriculture, du commerce et de l’éducation. Le site d’information français Mondafrique rapporte que les deux parties ont évoqué la possibilité de mettre en place une coopération militaire qui impliquerait la livraison d’armes à la RCA par l’Iran, à quelques 2 mois d’une éventuelle levée totale par le Conseil de sécurité de l’ONU, de l’embargo sur les armes imposée au pays depuis bientôt 10 ans.
D’après la même source, les parties centrafricaine et iranienne ont enfin évoqué l’éventualité d’un accord bilatéral pour l’exploitation de la mine d’uranium de Bakouma, située dans le sud-est de la République centrafricaine. Ces développements interviennent au moment même où des informations démenties par la junte militaire au pouvoir à Niamey font état de « négociations clandestines » du Niger avec l’Iran pour l’achat de 300 tonnes de concentré d’uranium issu de la mine d’Arlit, co-exploitée par l’Etat nigérien et le groupe nucléaire français ORANO (ex-AREVA). En effet, l’Etat nigérien qui détient 36,6 % des parts de la Société des mines de l'Aïr (Somaïr) a la possibilité de vendre directement à d’autres partenaires sa part de l’uranium issu de cette mine. C’est dans cette logique qu’il aurait engagé des négociations informelles avec l’Iran. Cette éventualité déplaît aux puissances occidentales, qui par le biais de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), imposent des sanctions internationales au nom desquelles l’Iran ne peut acheter de l’uranium.
Si le rapprochement récent de Bangui et Téhéran a effectivement pour trame l’uranium, il ne fait pas de doute que la République centrafricaine qui croule déjà sous le poids d’un embargo sur ses diamants, imposé par le processus de Kimberley et le Conseil de l’Union européenne, se mettra à dos les grandes puissances occidentales que le président Faustin Archange Touadera appelait dans son message du nouvel an 2024 « à renoncer à la diplomatie coercitive, punitive et à l’unilatéralisme, visant à asseoir leur hégémonie par l’entremise des leviers et des mécanismes de représailles tels que l’embargo, les sanctions économiques et financières, l’instrumentalisation des institutions financières internationales (…) ». En l’état actuel de l’exploration, le potentiel de la RCA est estimé à environ 32.000 tonnes d’uranium. En 2022, l’entreprise turque Koza Gold Corporation avait manifesté l’intérêt d’exploiter cet uranium concentré dans la zone de Bakouma. Elle avait même procédé à la signature d’un accord de sécurisation du gisement de la localité éponyme, avec le gouvernement centrafricain.
Une mine maudite ?
Enième repreneur du projet, Koza Gold n’est pas parvenue à lancer l’exploitation proprement dite de l’uranium de Bakouma. Le gisement découvert sous la colonisation en 1949 par le commissariat français à l’énergie atomique a en effet tout d’une mine maudite. Dans les années 1960, l’empereur Jean Bedel Bokassa avait échoué à lancer son exploitation. La Compagnie française des minerais d’uranium (CFMU) qui lance sa première exploration en 1969 avait fini par abandonner le projet en 1973 au profit d’une société suisse. En 2006, le canadien UraMin reprend les permis miniers de Bakouma, pour un montant de 16 millions de dollars. En 2007, cette entreprise surévalue la valeur de la mine à 3,8 milliards de dollars avant de la revendre à AREVA. Montant de la transaction, 2,5 milliards de dollars. Sur le point de lancer l’exploitation, l’entreprise française verse 10 millions d’euros et 50 millions d’euros supplémentaires au trésor centrafricain pour obtenir toute la paperasse.
Le 03 mars 2011, coup de théâtre, les actifs liés à UraMin subissent une sévère dépréciation à hauteur de 426 millions d'euros. Le 02 mars 2012, une deuxième dépréciation des actifs d’UraMin intervient, obligeant AREVA à réduire à zéro la valeur du site de Bakouma et se retirer définitivement après une attaque de groupes armés sur son site. A ce jour, l’affaire reste pendante devant la justice française. Le top management de l’époque y répond pour « diffusion de fausses informations », « publication de comptes inexacts », « abus de pouvoir »et « faux et usage de faux ». Le juge Renaud Van Ruymbeke tente de comprendre si la société UraMin, achetée à 1,8 milliard d'euros en 2007, a été correctement valorisée dans les comptes d'AREVA entre 2008 et 2011.








