Le Tchad ferme jusqu’à nouvel ordre le guichet des nouvelles prospections minières. Dans une note circulaire datée du 11 septembre 2026, la ministre des Mines, du Pétrole et de la Géologie, Fatima Haram Acyl, annonce la suspension de « toute nouvelle demande d’autorisation de prospection minière » sur l’ensemble du territoire. La mesure, prise en application d’un arrêté ministériel signé la veille, s’impose aux sociétés minières et aux autres opérateurs intéressés. Le gouvernement n’en précise toutefois pas les motifs.
L'explication la plus immédiate pourrait résider dans la crise sécuritaire et foncière ouverte sur les sites d'exploitation. Quelques jours avant la suspension, le 7 septembre 2026, le ministre de l’Aménagement du Territoire, Assileck Halata Mahamat, achevait une vaste tournée d'inspection foncière dans 18 des 23 provinces du Tchad (dont le Guéra, le Ouaddaï et le Wadi-Fira, des provinces situées dans le centre et l'est du pays, justement réputées pour leurs activités minières artisanales et l'orpaillage). Ses conclusions font état d'une profonde anarchie : expropriations illégales, occupations anarchiques et 137 aménagements irréguliers recensés rien qu'à Biltine, entraînant l'annulation de plusieurs titres fonciers. À Abéché, l'urgence de trouver un site sécurisé pour confiner l'activité des orpailleurs est devenue une priorité. « Tout ce qui est réserve de l’État revient à l’État », a tranché le ministre.
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Cette reprise en main du foncier s'inscrit dans un contexte où le bilan humain s'alourdit. Sur la période 2024-2025, les conflits intercommunautaires, souvent liés au contrôle des ressources, ont fait 318 morts et 3 015 blessés selon les autorités. Le premier semestre 2025 a encore enregistré 136 décès. Face à l'implication rapportée de certains éléments armés dans ces litiges, le ministre de la Sécurité publique a dû émettre, dès le 1er septembre, une circulaire interdisant formellement aux Forces de sécurité intérieure (FSI) de s'immiscer dans ces conflits, prolongeant ainsi les efforts de militarisation des sites miniers entamés en 2025.
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Cadastre minier à revoir
Le gel des nouveaux permis intervient alors que N’Djamena cherche justement à remettre de l’ordre dans son cadastre minier. La Banque mondiale relève notamment des chevauchements de compétences entre administrations et des risques de transparence dans l’attribution des périmètres. Avec l’appui de l’Allemagne, le gouvernement travaille à sa modernisation, parallèlement à la préparation d’un nouveau Code minier. Les travaux de validation du texte se sont poursuivis le 12 septembre sous l’égide de l’ITIE-Tchad, après un audit des titres miniers réalisé en 2024.
Le défi est aussi celui de la traçabilité. En juin 2026, le Tchad est devenu le deuxième fournisseur d’antimoine de la Chine, avec 1 668 tonnes exportées selon les douanes chinoises citées par Mysteel. Un volume difficile à retrouver dans les statistiques nationales, qui ne détaillent ni les tonnages exportés, ni les opérateurs, ni les recettes générées. N’Djamena doit donc remettre de l’ordre dans le secteur sans casser sa dynamique, alors qu’il ambitionne de porter le poids des mines solides de moins de 1 % à environ 5 % du PIB d’ici 2030.
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