Au 31 mars 2025, les créances en souffrance de la Société Commerciale de Banque (SCB) Cameroun culminent à 88,68 milliards FCFA, contre 76,3 milliards FCFA un an plus tôt, soit une progression de 17% en glissement annuel. Rapportées à l’encours global des crédits octroyés par la banque, elles représentent désormais 16,86%, contre 14,46% à fin mars 2024. Ce ratio, qui mesure la proportion de prêts menacés de non-remboursement, traduit une montée du risque de crédit au sein de la filiale du groupe marocain Attijariwafa. Or, derrière cette tendance se cache une fragilité plus large : le portefeuille de prêts accordés à l’économie recule, dans un contexte où le secteur privé camerounais a plus que jamais besoin de financement.
Un portefeuille de crédits en repli
Le portefeuille de crédits de SCB s’établit en effet à 526,1 milliards FCFA à fin mars 2025, en léger recul de 1,79 milliard FCFA par rapport à mars 2024. Ce repli, en apparence marginal, masque une chute de 11,3% des crédits à court terme, passés de 94,8 milliards à 84,1 milliards FCFA. Déjà, la tendance s’était dessinée fin 2024 : l’encours de crédits, situé à 531 milliards FCFA, avait reculé de 1,9% par rapport à 2023 (541,3 milliards FCFA). De l’avis d’experts financiers, cette prudence accrue peut s’expliquer par la hausse des impayés, mais elle reste préoccupante pour une économie nationale où l’accès au crédit demeure un goulot d’étranglement pour les PME et les entreprises industrielles.
Une collecte de dépôts en chute libre
Mais la baisse ne touche pas seulement le crédit. Les dépôts collectés par la SCB sont passés de 696,8 milliards FCFA en mars 2024 à 635,08 milliards FCFA en mars 2025, soit une contraction de 9%. Cette réduction de liquidités vient rogner la capacité de financement de la banque et complique davantage son rôle de relais pour l’économie. La situation rappelle les années noires de la filiale d’Attijariwafa, lorsqu’elle s’était retrouvée empêtrée dans deux scandales retentissants.
Le spectre des crises passées
En 2013 déjà, la Commission des marchés financiers (CMF) sanctionnait la SCB Cameroun d’une amende de 150 millions FCFA pour 30 manquements liés à l’émission obligataire de l’État camerounais. Pire encore, entre 2017 et 2019, la banque avait été éclaboussée par un scandale de spéculation sur devises : un contrôle de la BEAC avait révélé la rétention frauduleuse de 1 200 milliards FCFA issus notamment des prestations de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), soit environ 400 milliards par an non déclarés. Ces dérives avaient terni l’image de la banque et accentué la méfiance de la clientèle. Toutefois, une nouvelle direction a entrepris de redresser la barre.
Un management toutefois solide
Nommé directeur général en janvier 2020, Alexandre Beziaud a contribué à ramener la SCB sur les rails. Les résultats 2023 en sont principalement la preuve : un total bilan de 848,4 milliards FCFA, en hausse de 10% par rapport à 2022, et des crédits à l’économie à 541,3 milliards FCFA, contre 476,5 milliards un an plus tôt. L’année 2024 a marqué un nouvel ancrage, la banque devenant le premier partenaire local de l’État sur le marché des titres publics de la BEAC avec 247,3 milliards FCFA mobilisés en faveur du trésor public.
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L’affaire Neo Industry illustre également le rôle décisif de Beziaud. La SCB, créancière à hauteur de 13 milliards FCFA auprès de l’usine de transformation de cacao de l’homme d’affaires camerounais Emmanuel Neossi, avait envisagé un démontage pur et simple du site situé à Kekem (région de l’Ouest) en 2020. Finalement, un accord transactionnel a été trouvé en fin janvier 2021, évitant un désastre industriel et social. Centralien de formation, cet ancien patron de Société Générale Cameroun, a également contribué à apaiser un climat social interne délétère et réorienté la stratégie vers la croissance et la fiabilité. Et même si la fragilité des dépôts et la montée des créances inquiètent de nouveau aujourd’hui, le départ annoncé de Société Générale Cameroun pourrait représenter une opportunité stratégique pour la SCB, son directeur général connaissant parfaitement le portefeuille de la filiale française du groupe éponyme.







