Au premier trimestre 2025, plusieurs filiales de grands groupes bancaires internationaux ont réduit leurs volumes de crédits à l’économie camerounaise par rapport à la même période de l’année précédente. C’est le cas de la Société Commerciale de Banque (SCB), Standard Chartered, Ecobank et UBA. Derrière ces replis se cachent des réalités contrastées : érosion des volumes de dépôts, volonté de réduire l’exposition aux risques locaux, ou encore préparatifs de sortie du marché…
Attijariwafa (SCB) : recul maîtrisé mais des créances en hausse
Filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank, la SCB Cameroun affiche un encours de crédits de 526,1 milliards FCFA à fin mars 2025, en recul de 1,79 milliard par rapport à mars 2024. Derrière ce repli apparemment marginal, se cache un affaissement de près de 12% des crédits à court terme qui passent de 94,8 milliards FCFA à 84,1 milliards FCFA en un an. La situation est d’autant plus préoccupante que les créances en souffrance ont bondit de près de 17% à 88,68 milliards FCFA.
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Cette montée du risque de non-remboursement pourrait expliquer la prudence de la banque dans ses nouveaux engagements. Par ailleurs, la baisse des dépôts (635,08 milliards à fin mars 2025 contre 696,8 milliards un an plus tôt) réduit sa capacité de redistribution, renforçant le choix d’une gestion plus sélective du crédit. La banque ayant accordé la priorité de ses financements aux sociétés non financières (309,1 milliards FCFA) et aux entreprises individuelles (182,6 milliards FCFA).
Standard Chartered : l’effet d’une sortie annoncée
La filiale camerounaise de Standard Chartered, en cours de cession au groupe nigérian Access Bank, illustre une logique différente : la prudence stratégique avant un retrait. Son portefeuille de crédits a légèrement reculé (62,9 milliards en mars 2025 contre 64,4 milliards un an plus tôt), mais la vraie rupture est ailleurs. Les crédits à long terme chutent à 68 milliards contre 80 milliards, et les dépôts collectés s’effondrent à 109,9 milliards en 2025 contre 171,9 milliards un an plus tôt. Soit une chute de plus de 36%.
Dans le même temps, les créances douteuses explosent de 1478,9% pour se situer à 1,2 milliard en mars 2025 contre seulement 76 millions à la même période de l’année précédente. La banque a visiblement cessé d’investir sur le long terme, se contentant d’un repositionnement tactique sur les crédits à court terme (+2 milliards FCFA en un an), en attendant que sa cession soit validée par la Cobac.
Ecobank : une baisse paradoxale malgré une hausse de dépôts
Ecobank Cameroun, filiale du groupe éponyme, présente une situation paradoxale : son volume de crédits baisse (174,3 milliards FCFA à fin mars 2025 contre 182,5 milliards FCFA un an plus tôt), alors même que ses dépôts augmentent (451,1 milliards FCFA en fin mars 2025 contre 398,7 milliards en fin mars 2024, en hausse de de 13,1%). Cette stratégie témoigne d’une volonté de réduire son exposition aux risques liés au crédit, malgré une meilleure mobilisation de ressources.
La contraction touche principalement les crédits à moyen terme (93,7 milliards FCFA au premier trimestre 2025 contre 106,5 milliards l’année précédente) et à court terme (27,2 milliards FCFA au premier trimestre 2025 contre 36,1 milliards à fin mars 2024). L’on peut y voir une stratégie de prudence dictée par la hausse générale des créances douteuses dans le secteur, mais aussi un repositionnement visant à préserver les équilibres financiers du groupe.
UBA : la pression des créances douteuses
United Bank for Africa (UBA) Cameroun connaît une baisse de ses crédits à 236,1 milliards FCFA au premier trimestre 2025 contre 244,2 milliards en mars 2024. Pour la filiale du groupe nigérian UBA, le recul est particulièrement marqué sur les crédits à court terme (102,7 milliards contre 141,7 milliards un an plus tôt). La banque est confrontée à une explosion des créances en souffrance, qui ont presque triplé pour atteindre désormais 92,4 milliards FCFA, soit plus de 39% de l’encours total du portefeuille de crédits de la banque. Dans ce contexte, le retrait de financements apparaît davantage comme une mesure de survie que comme un choix stratégique. La baisse des dépôts (555 milliards FCFA à fin mars 2025 contre 598,7 milliards FCFA en glissement annuel) accentue la contrainte et limite sa capacité d’intervention. La banque a accordé la priorité de ses financements aux sociétés non financières (107,01 milliards FCFA) contre 88 millions FCFA seulement aux entreprises individuelles.
Afriland First Bank, premier prêteur
Malgré ces replis, certaines banques locales ont tenu le cap en augmentant leurs offres de financement en faveur de l’économie nationale. Permettant ainsi à l’encours global des crédits octroyés de bondir de 13,5% pour se situer à 6 126,3 milliards FCFA à fin mars 2025. Dans cette dynamique, Afriland First Bank a tenu son rang de leader du marché avec un portefeuille de crédits en hausse de 14,3% à 1 426,5 milliards FCFA. La première banque du pays détient à elle seule, 23,29% des parts du marché. Elle est suivie par Société Générale Cameroun qui, malgré son projet de cession, a légèrement relevé son offre de financement à l’économie (+1,8) avec un encours de 803,39 milliards FCFA.
La filiale du français Société Générale voit cependant ses parts de marché chuter de 14,62% à fin mars 2024 à 13,11% un an plus tard. Elle referme le Top 5 des plus gros prêteurs aux côtés de AFG Bank (664,5 milliards FCFA de crédits octroyés, soit 10,85% de parts de marché), CBC (576,9 milliards FCFA de crédits octroyés, soit 9,42% de parts de marché) et SCB (526,1 milliards de FCFA de crédits octroyés, soit 8,59% de parts de marchés).







