Le voile est levé. On connait désormais l’identité des premiers responsables de Glencore, négociant suisse en matières premières en Afrique, épinglés par le Serious Fraud Office (SFO), le bureau britannique des fraudes, dans le cadre d’une enquête pour faits de corruption d’agents publics dans le secteur du marketage des produits pétroliers au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Nigeria. Le premier, c’est Alex Beard, un milliardaire de 56 ans. L'ancien directeur du pétrole de Glencore est accusé de deux conspirations visant à effectuer des paiements corrompus à des responsables gouvernementaux et à des responsables de compagnies pétrolières publiques au Nigeria entre 2010 et 2014 et au Cameroun entre 2007 et 2014, a déclaré le SFO.
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Autres personnes poursuivies, Andrew Gibson, adjoint d’Alex Beard pendant plusieurs années et soupçonné d’être l’une des têtes pensantes de ce scandale, et Martin Wakefield, tous deux inculpés pour falsification de factures adressées au bureau londonien de Glencore. Deux autres anciens employés de la société ont été épinglés par SFO. Il s’agit de Paul Hopkirk et Ramon Labiaga. Les cinq collègues sont accusés d’avoir hourdi des mécanismes favorables au versement des pots-de-vin à des fonctionnaires des gouvernements camerounais et nigérians, ainsi qu’à des employés des sociétés pétrolières publiques de ces deux pays en vue de l’obtention de contrats. Ils comparaitront devant le Tribunal de Westminster à Londres, le 10 septembre 2024. « La corruption nuit aux marchés financiers et cause des dommages durables aux communautés, a déclaré le directeur du Serious Fraud Office, Nick Ephgrave. L'action entreprise aujourd'hui constitue une étape importante dans la dénonciation de la corruption à l'étranger et dans l'obligation pour les responsables de rendre compte de leurs actes ».
Quid des complices Camerounais ?
Au Cameroun, le Directeur général de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) s’est dit particulièrement satisfait de cette avancée. « Cette information, qui vient d'être rendue publique, marque une avancée significative dans la recherche de la vérité dans cette scabreuse affaire. La SNH, qui a introduit une plainte devant le Tribunal Criminel Spécial (TCS) le 06 novembre 2023, pour identifier les complices Camerounais de ces actes de corruption, est confiante que l'issue de la procédure à Londres permettra l'accélération des enquêtes au niveau du TCS », a indiqué Adolphe Moudiki dans un communiqué publié lundi par EcoMatin. Une sortie qui a fait réagir Me Akere Muna, l’avocat qui suit de près ce scandale, et qui accuse la SNH de ne pas fournir beaucoup d’efforts pour le voile soit levé sur l’identité des Camerounais impliqués dans ce scandale. « La SNH devrait suspendre toutes relations avec Glencore en raison de leur corruption reconnue et les contraindre à révéler leurs complices Camerounais. Les coupables sont au Cameroun. Les transactions qui ont donné lieu à la corruption ont eu lieu au Cameroun mais ils [les dirigeants de la SNH, Ndlr.] s'attendent à ce que nous croyions que la solution viendra de Londres. Il est clair qu’il faut agir localement », a-t-il réagi sur Twitter.
Au Cameroun en effet, l'affaire Glencore concerne des allégations de corruption impliquant la multinationale suisse Glencore et plusieurs responsables de la SNH et de la Société nationale de raffinage (Sonara). Selon les aveux du groupe, Glencore aurait versé environ 7 milliards de Fcfa de pots-de-vin sur une période de 11 ans pour obtenir des avantages indus dans ses opérations pétrolières, notamment en matière d'augmentation des cargaisons, de qualité du pétrole et de dates de livraison préférentielles.
Ces pratiques, qui s'étendent également à d'autres pays africains comme le Nigeria, la Côte d'Ivoire, la Guinée équatoriale et le Soudan du Sud, reposaient sur un système complexe de dissimulation des versements, un stratagème que la justice américaine avait réussi à démasquer. Face à ces révélations, c'est le chef de l'État camerounais qui a ordonné à son gouvernement de saisir la justice suisse courant le mois de juin 2024, marquant ainsi la volonté du Cameroun de demander des comptes et de poursuivre en justice toute la chaîne décisionnelle impliquée au sein de la SNH et de la Sonara.









