Au premier trimestre 2026, le groupe Société Générale a réalisé un résultat net en hausse de 5,5%, une rentabilité de 11% et un coefficient d'exploitation en baisse de 4%. Si tous les feux sont au vert à Paris, c'est notamment grâce à la politique de désinvestissement en Afrique, dont les coûts du risque pesaient sur la rentabilité globale du groupe. Le 12 mai dernier, au cours d'une cérémonie sobre présidée par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, l'État camerounais a officialisé le rachat de 58,08% du capital de Société Générale Cameroun pour 129 milliards FCFA , portant sa participation à 83,68%. Dans la foulée, l'enseigne rouge et noire cède la place à une nouvelle dénomination : General Bank of Cameroon (GBC).
Une institution solide, bâtie sur 60 ans d’histoire
À première vue, Société Générale Cameroun laisse derrière elle une institution robuste. Au 31 mars 2026, la banque affiche des fonds propres nets de 138 milliards FCFA, un niveau élevé qui témoigne d’une capitalisation confortable. Sur le plan prudentiel, les indicateurs dépassent largement les exigences réglementaires de la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac). Le ratio de couverture des risques atteint 20,5 %, soit près du double du minimum requis pour une banque systémique, tandis que le ratio de liquidité culmine à 211 %, bien au-dessus du seuil réglementaire de 100 %.
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Ces niveaux traduisent une gestion rigoureuse et une capacité avérée à absorber les chocs, dans un environnement régional souvent marqué par des tensions de liquidité. Au fil des années, la filiale camerounaise s’est imposée comme un acteur clé du financement de l’économie, avec un portefeuille de plus de 250 000 clients, allant des grandes entreprises aux PME, en passant par les particuliers.
Pour le groupe français, la cession intervient donc à un moment où la banque est, sur le papier, « au meilleur de sa forme financière ».
Légère contraction sur le plan commercial
Mais derrière cette solidité apparente, les signaux d’alerte se sont multipliés ces dernières années. En 2025, Société Générale Cameroun a enregistré une baisse de 18,01 % de ses dépôts, tout en restant au-dessus du seuil symbolique de 1 000 milliards FCFA. Cette contre-performance est d’autant plus marquante que le marché bancaire camerounais progressait dans le même temps, porté par des concurrents plus offensifs.
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Symbole de ce décrochage : la banque a perdu sa place de deuxième établissement du pays en termes de dépôts, dépassée par AFG Bank, dont la croissance (+28,59 %) illustre la montée en puissance des acteurs régionaux. Sur le segment du crédit, l’établissement conserve certes sa deuxième position avec environ 12 % de parts de marché, mais l’écart avec ses poursuivants s’est nettement réduit en un an.
Le retrait de Société Générale du Cameroun s’inscrit dans une stratégie plus large de recentrage du groupe français. Malgré des résultats solides au niveau mondial, la banque a engagé ces dernières années un désengagement progressif de plusieurs marchés africains jugés moins rentables ou plus risqués. Dans cette logique, la filiale camerounaise apparaît comme une ligne marginale dans les comptes du groupe. En 2025, elle ne représentait qu’environ 12 % des revenus africains, eux-mêmes limités à 4,6 % du chiffre d’affaires global du groupe. La cession devrait ainsi avoir un impact positif sur le ratio de solvabilité CET1 du groupe, estimé à environ 6 points de base, soit près de 236 millions d’euros.
La vraie question : qui reprendra ?
C'est le dossier qui tient en haleine tout le paysage bancaire camerounais et régional. L'État ne détient General Bank of Cameroon qu'à titre transitoire. Louis Paul Motaze l'avait dit dès juillet 2025 : l'objectif est d'ouvrir le capital « à terme » à des partenaires stratégiques nationaux et internationaux.
Plusieurs noms circulent avec plus ou moins d'insistance. Le groupe burkinabè Coris Bank International d'Idrissa Nassa s'était montré intéressé mais l'État lui a opposé un refus net. Depuis, les hypothèses se multiplient : le gabonais BGFIBank d'Henri-Claude Oyima, l'ivoirien NSIA Banque, le nigérian Zenith Bank, ou encore l'option d'un conglomérat d'investisseurs camerounais. Rien ne filtre officiellement. Pour la banque rouge et noire, le Cameroun sera bientôt une ligne rayée des comptes. Pour les 250 000 clients de General Bank of Cameroon, l'aventure elle ne fait que commencer.
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