« Aujourd'hui, nous sommes la banque de l'État du Cameroun. » Prononcée le 3 mars 2025 par Éric Valéry Zoa lors du changement d'identité de Banque Atlantique Cameroun en AFG Bank Cameroun, la formule résume le repositionnement de l'établissement. En quelques années, la filiale du groupe ivoirien Atlantic Financial Group s'est imposée comme l'un des principaux financeurs des politiques publiques camerounaises. Son directeur général revendique plus de 240 milliards de FCFA d'engagements en faveur de projets inscrits dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), auxquels s'ajoutent 190 milliards de FCFA mobilisés dans le cadre du Plan d'urgence triennal, des financements qu'il assure avoir été « entièrement remboursés par l'État ».
Grand bénéficiaire des cessions de créances
Depuis le début de 2026, cette proximité avec le Trésor s'est encore renforcée. Selon les données de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), Yaoundé a successivement cédé à AFG Bank 17,1 milliards de FCFA de créances du Port autonome de Kribi, 20 milliards du Port autonome de Douala, 15 milliards de CAMTEL et 2,2 milliards détenus par l’entreprise Thales. Au total, la banque porte désormais 241,9 milliards de FCFA de créances reprises sur l'État par le mécanisme des cessions de créances, devenant de loin le premier acteur de ce marché. En gros, la banque paie immédiatement les dettes de l’État auprès de certaines entreprises, puis se substitue à eux pour être remboursée par le Trésor selon un échéancier négocié. L'opération permet à l'État d'apurer ses arriérés tout en transformant une dette commerciale en dette bancaire structurée.
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Cette stratégie se retrouve dans la composition même du bilan. À fin décembre 2025, AFG Bank détenait 330,4 milliards de FCFA de crédits sur les administrations et entreprises publiques, soit 40,7 % de l'ensemble de son portefeuille de prêts. À lui seul, l'État central représente 294,4 milliards de FCFA, soit plus du tiers de tous les crédits distribués par la banque. Cette concentration est très largement au-dessus de la moyenne du système bancaire camerounais établit à 17,9 %, selon les données du CNEF. En valeur absolue, AFG concentre 26 % de l'ensemble des crédits accordés au secteur public dans le pays, devant Afriland First Bank (171,6 milliards de FCFA) et Ecobank (98,1 milliards).
Le même phénomène apparaît du côté des ressources. Les administrations et entreprises publiques détenaient 487,1 milliards de FCFA de dépôts chez AFG Bank à fin 2025, soit 40,7 % des ressources collectées par la banque, contre seulement 16,2 % en moyenne dans le système bancaire. AFG concentre ainsi près d'un tiers des dépôts publics du pays.
Une stratégie rentable mais…
Cette spécialisation accompagne la forte croissance de l’établissement. En 2025, AFG Bank a porté son total de bilan à 1 550 milliards de FCFA, en hausse de près de 20 %, tandis que son bénéfice net progressait de 10,4 %, à 25,5 milliards de FCFA. La banque revendique désormais la deuxième place du marché camerounais en matière de ressources collectées devant Société générale (désormais General Bank of Cameroon) et derrière le mastodonte Afriland First Bank.
Ce positionnement n'est toutefois pas sans contrepartie. En reliant une part croissante de son activité aux finances publiques, AFG augmente mécaniquement sa sensibilité à la qualité de signature de l'État camerounais. Cette stratégie s'inscrit d'ailleurs dans une tendance régionale qui inquiète le Fonds monétaire international. Selon l'institution, l'exposition cumulée des banques de la Cemac aux États est passée de 10 % de leurs actifs en 2015 à environ 31 % fin 2023. Plusieurs établissements présentent désormais une exposition supérieure à 50 % de leurs actifs envers les gouvernements de la sous-région. Pour le FMI, cette concentration accroît les risques pesant sur la stabilité financière en cas de tensions budgétaires.
À cette vulnérabilité s'ajoute un effet d’éviction. Plus les banques financent les États, moins elles disposent de capacités pour accompagner le secteur privé. Le développement rapide du marché régional des titres publics -dont l'encours dépasse désormais les 10 000 milliards FCFA, détenus à plus de 70 % par les banques- a accentué cette dépendance.









