Deux semaines après avoir demandé à Somdia de surseoir à toute démarche relative à son projet de cession de sa filiale locale, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), le gouvernement camerounais dépêche un Comité stratégique de pilotage sur le terrain. Une mission exploratoire est prévue ce 25 août sur les sites de Mbandjock et Nkoteng, avec une délégation interministérielle conduite par l'ancien directeur général de la Camair-Co, Frédéric Mboto Edimo, conseiller spécial n° 1 du Premier ministre et président du comité.
« Le Premier ministre, chef du gouvernement, me charge de vous faire connaître qu'une mission dudit comité sera effectuée sur le terrain le mardi 25 août en liaison avec les autorités administratives et municipales de céans à Mbandjock et Nkoteng », peut-on lire dans une correspondance datée du 24 août, adressée par le directeur du cabinet du Premier ministre au directeur général de la Sosucam, et dont EcoMatin a eu copie.
Lire aussi : Cameroun : le Premier ministre instruit un audit du Fonds routier et gèle les recrutements
La délégation réunit plusieurs administrations, notamment les Finances, l'Industrie, l'Agriculture, les Domaines, le Commerce et le Travail, ainsi que la Société nationale d'investissement (SNI) et la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Cette configuration témoigne de l'ampleur des enjeux à examiner autour de Sosucam. En effet, au-delà de l'outil industriel, l'entreprise contrôle un important patrimoine foncier et agricole, avec environ 27 600 hectares de plantations de canne à sucre dans les localités de Mbandjock et Nkoteng (région du Centre). Elle concentre plusieurs milliers d'emplois directs et indirects, soit 8 000 personnes et 1 500 sous-traitants selon une estimation de Marc Leynart (2025), et produit environ le tiers du sucre consommé dans le pays.
Cette mission intervient alors que Somdia avait annoncé, le 13 août, un accord avec un consortium de cinq investisseurs camerounais pour la reprise de ses 82 % dans Sosucam, assorti d'un programme d'investissement de 210 millions d'euros - soit environ 138 milliards de FCFA - destiné à moderniser l'appareil industriel et améliorer les performances opérationnelles. Le groupe français, précisant que l'opération reste soumise à des conditions suspensives, avait retenu un consortium parmi lequel figurent Henriette Noutchougouin, du groupe agro-industriel NJS, et le banquier William Nkontchou.
Mais dans une correspondance du 10 août, le Premier ministre avait demandé à Somdia de « surseoir à toute démarche relative au projet de cession », en invoquant le caractère stratégique de Sosucam pour la souveraineté alimentaire et les intérêts économiques, sociaux et politiques du Cameroun. Principal producteur de sucre du Cameroun depuis 1965, Sosucam affiche en effet une capacité de 130 000 tonnes par an, génère 65 milliards de FCFA de chiffre d'affaires et verse plusieurs milliards de FCFA d'impôts chaque année.
Son appareil productif est pourtant fragilisé. Malgré une recapitalisation de 34 milliards de FCFA en 2023, l'entreprise a accumulé de lourdes pertes : 15 milliards de FCFA en 2023, 22 milliards en 2024 et plus de 5 milliards en 2025. Le futur repreneur devra surmonter des équipements vieillissants, des défis climatiques et logistiques, des tensions sociales, ainsi qu'une forte contrebande, qui avait fait chuter les ventes aux ménages de 25 % en 2024 et causé un manque à gagner fiscal de 3,1 milliards de FCFA.









