Dans une lettre datée du 13 novembre, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, instruit une mission spéciale d’audit couvrant la période 2022-2025 au Fonds routier du Cameroun. L’objectif est d’examiner en profondeur la gouvernance de cet établissement public, près de quatre ans après le décret présidentiel du 10 juillet 2025 portant réorganisation de cette institution clé dans le financement, la maintenance et la protection du patrimoine routier national.
Selon la correspondance adressée à l’administrateur de l’organisme par le secrétaire général des services du Premier ministre, Séraphin Magloire Fouda, cette mission devra permettre « de faire toute la lumière » sur les « problèmes de gouvernance » auxquels la structure serait confrontée. Sans détailler les griefs reprochés au Fonds routier, le chef du gouvernement prescrit plusieurs mesures conservatoires immédiates, notamment la suspension de tout licenciement du personnel en poste avant le 10 juillet 2025, ainsi que l’arrêt des procédures de recrutement en attendant la nomination de nouveaux dirigeants par le Président de la République. L’ensemble du personnel est également appelé à demeurer en fonction afin de garantir le bon déroulement des investigations.
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Il apparaît clairement dans cette correspondance que l’actuel administrateur du Fonds routier, Aubin Essaïe Moussa, en poste depuis septembre 2021, se retrouve en position délicate. En 2022, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, avait saisi la justice au sujet d’un marché non exécuté portant sur près d’un milliard Fcfa, mettant en cause la division administrative et financière de l’établissement et un prestataire adjudicataire.
Quelques années plus tôt, la structure, également gestionnaire des péages routiers, avait déjà signalé un manque à gagner estimé à 4 milliards Fcfa au titre de l'exercice 2016. Cette démarche intervient dans un contexte où l’amélioration de la gouvernance des ressources publiques constitue un levier majeur du plan national de modernisation des infrastructures routières, considérées comme prioritaires pour soutenir la compétitivité économique, la mobilité des personnes et des marchandises, ainsi que l’attractivité des investissements. Le Fonds routier est par ailleurs travaillé par des contre-performances. En 2024, par exemple, seuls 70% de ses objectifs avaient été atteints.
L’audit annoncé est perçu comme un signal fort de transparence et de redevabilité dans la gestion des ressources affectées à l’entretien du réseau routier, dans un environnement marqué par d’importants besoins financiers et techniques. Les conclusions pourraient conduire à des réformes structurelles et à de nouvelles orientations managériales afin d’améliorer les performances opérationnelles du Fonds routier. A noter que le 25 janvier 2024, le Fonds routier a lancé un appel d’offres pour recruter un prestataire chargé de réaliser un audit technique « au fil des travaux et à posteriori » concernant les contrats financés par le guichet entretien et le guichet investissement depuis 2016.
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Cette évaluation dont les résultats n’ont jamais été publiés visait à permettre au gouvernement et aux bailleurs de fonds d’apprécier l’efficacité, l’économie et la transparence de l’utilisation des ressources allouées. L’organisme rappelle avoir engagé d’importantes enveloppes financières dans de multiples projets. En 2022, il revendiquait notamment plus de 700 milliards Fcfa injectés dans le circuit économique, au bénéfice de près de 1500 entreprises du secteur des bâtiments et travaux publics (BTP), pour plus de 8000 projets financés. Les données du ministère des Travaux publics, la tutelle technique de l’établissement, indiquent par ailleurs que 74,3 milliards Fcfa ont été transférés aux communes par le biais du Fonds routier entre 2018 et 2023.













