Gaz du Cameroun (GDC) a changé de mains, mais son nouveau propriétaire n’est pas vraiment un nouveau venu. Après plus de quinze ans de relations financières parfois conflictuelles avec Victoria Oil & Gas (VOG), Cameroon Holdings Limited (CHL), principal créancier garanti de la société britannique placée sous administration judiciaire depuis février 2023, a récupéré indirectement l’opérateur du champ gazier de Logbaba, à Douala.
52 km de pipeline
L’opération remonte au 29 juillet 2025. Les administrateurs de VOG ont cédé à CHL la totalité des actions détenues dans Bramlin Limited, société qui chapeaute GDC, ainsi que deux créances intercompagnies. Prix de l’ensemble : 470 000 livres sterling, environ 356 millions de FCFA. La somme paraît faible au regard de l’actif qui change ainsi de contrôle. GDC exploite à Douala le champ gazier de Logbaba et un réseau d'environ 52 km de pipelines desservant directement des industriels.
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CHL connaît bien l’actif qu’elle vient de récupérer. La société est liée au projet de Logbaba depuis 2009, lorsqu’elle avait apporté des services de forage et des financements à VOG pour développer le champ gazier camerounais. En contrepartie, elle avait notamment obtenu une redevance assise sur les revenus du projet. VOG avait ensuite acquis 35 % de CHL en 2011, notamment afin de récupérer indirectement une partie des redevances qu’elle lui versait. Les 65 % restants étaient détenus par Logbaba Projects Limited (LPL), elle-même détenue à environ 67 % par HJ Resources Limited.
Cette dernière était historiquement liée à Kevin Foo, ancien dirigeant britannique de VOG décédé en 2020. Les anciens rapports financiers du groupe indiquaient que HJ Resources appartenait à un trust discrétionnaire dont Kevin Foo et certains membres de sa famille figuraient parmi les bénéficiaires potentiels.
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Cependant, la relation entre VOG et CHL s’est progressivement détériorée. Après l’arrêt du paiement de certaines redevances en 2019, les deux sociétés concluent un accord en novembre 2020, en vertu duquel l’opérateur britannique a accepté de transférer gratuitement ses 35 % de CHL à Logbaba Projects, qui est ainsi devenu son unique actionnaire. Dans le même temps, le mécanisme des redevances est supprimé et CHL obtient des sûretés sur les actifs de VOG. L’ancien partenaire financier de Logbaba devient ainsi un créancier garanti de la maison mère britannique. Lorsque VOG est placée sous administration judiciaire en février 2023, la créance de CHL est évaluée à environ 11 millions de dollars. En août 2025, CHL la chiffre à 13,7 millions de dollars, intérêts et frais compris.
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Précisons que GDC reste un acteur minoritaire de la production gazière camerounaise. Selon le dernier rapport ITIE disponible, le champ de Logbaba a produit 2,05 milliards de pieds cubes de gaz en 2023, soit environ 2,4 % des 85,26 milliards produits au niveau national, très loin derrière Sanaga Sud exploité par Perenco. La société exploite un réseau de 52 km de pipelines qui alimente directement en gaz des entreprises industrielles de la capitale économique camerounaise.
VOG se défait de son principal actif
Pour Victoria Oil & Gas, la vente met fin à son exposition financière à son ancienne activité camerounaise. Les autres dossiers encore détenus par la société britannique offrent, à ce stade, beaucoup moins de visibilité. En Russie, sa filiale SeverGas-Invest (SGI) possède une licence en Sibérie occidentale, mais aucun financement ne lui est envoyé depuis février 2022 en raison des sanctions occidentales. Au Kazakhstan, les administrateurs suivent encore les obligations liées à Victoria Energy Central Asia.
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VOG conserve également quelques créances potentielles. Un arbitrage international lui a accordé 500 000 dollars, auxquels s’ajoutent intérêts et frais, mais l’argent n’avait toujours pas été encaissé à la date du dernier rapport. La société conteste parallèlement un rappel de TVA de 884 049 livres sterling du fisc britannique, ses conseils estimant au contraire qu’elle pourrait prétendre à un remboursement d’environ 250 000 livres.









