Le sucre devient une denrée rare sur les marchés camerounais, et les scènes dans les allées animées du marché Elig Edzoa, à Yaoundé, en témoignent. Sous les étals où les sacs de sucre en poudre devraient s’empiler, les commerçants se heurtent à une réalité troublante. « Je suis dans l’attente d’une livraison depuis plus de cinq jours », se lamente Arnold Waffo, fournisseur de sucre, entouré de sacs vides. Il déplore l’incertitude constante quant aux quantités livrées et a dû rationner ses clients. « Si je livre trop à l’un, je n’aurai rien pour les autres », poursuit-il en ajustant sa casquette.
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Non loin de là, Ibrahim Moussa, un boutiquier au quartier Cité Verte, jongle entre patience et frustration. « Mon fournisseur ne m'a livré que 65 cartons sur les 100 commandés. Aujourd’hui, je n’ai plus grand-chose en stocks, et il me demande d’attendre », raconte-t-il, assis sur un banc. À Garoua, dans le nord du pays, Safi Abbo a dû trouver des alternatives pour sa famille. « Le sucre coûte maintenant 1 000 Fcfa le kilo chez mon boutiquier. Je n’en achète plus. Je fais la bouillie de riz avec le jus de canne que ma mère extrait », explique-t-elle en remuant une marmite de riz bouillant. Pour Suzanne Ndong, mère de trois enfants à Yelwa, le miel est devenu le substitut pour les repas du matin et le goûter : « On n’a pas d’autre choix, le sucre est introuvable ».
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Cette pénurie ne touche pas seulement les ménages, mais fait aussi réagir au sein du gouvernement. Le ministère du Commerce est en alerte. Luc Magloire Mbarga Atangana, le patron de ce département ministériel a rencontré les acteurs de la filière il n’y a pas longtemps. Si d’aucuns ont joué la carte de l’assurance, pour d’autres, l’éventualité de devoir recourir à de nouvelles importations est désormais une option, alors que les fêtes de fin d’année se profilent à l’horizon. De quoi remettre en question l’objectif « zéro importation de sucre en 2024 », tant espérer par le ministre du Commerce.
En effet, l’année dernière, le Cameroun avait importé 224 003 tonnes de sucre pour 82,67 milliards de Fcfa, selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique (INS). Le gouvernement espérait éviter cette dépense pour 2024, en s’appuyant sur une production locale qui devait avoisiner les 366 500 tonnes, soit largement au-dessus des besoins nationaux estimés à 225 000 tonnes. Or, dans les marchés, l’ambiance est tout autre. À Yaoundé, certains revendeurs augmentent les prix pour compenser la rareté. Une stratégie dénoncée par plusieurs consommateurs. « C’est de la spéculation, rien d’autre », lance énervé, un client dans une échoppe bondée du marché Mokolo. Les regards s'assombrissent, tandis que d'autres repartent les mains vides. Pour eux, l’attente d’un retour à la normale est aussi longue que les files dans les marchés.



