Déjà fragilisée par la crise anglophone et une perte de 20 milliards de FCFA en 2025, la Cameroon Development Corporation (CDC) fait face à une nouvelle menace sur ses plantations. L’agro-industriel public est engagé dans un litige foncier avec des individus se réclamant de la communauté musulmane de Mutengene, dans le Sud-Ouest, alors que l’État tente de relancer ses activités et d’apurer ses dettes. Le dernier épisode remonte au 20 août. Selon la direction de la CDC, 52 palmiers plantés en 2016 et arrivés en pleine production ont été abattus dans la section Esuke de la plantation de Bota, à Ombe, sur l’axe Mutengene-Limbé. Le groupe à l’origine de l’opération revendique environ 13 hectares sur ce site.
L’incident touche une zone devenue stratégique pour l’entreprise. Une partie de ses plantations historiques reste difficilement exploitable en raison de l’insécurité liée à la crise anglophone. En 2025, 36 % des plantations matures de palmiers à huile et 51 % des plantations d’hévéa de la CDC n’ont pas été exploitées. La production d’huile de palme s’est limitée à 8 020 tonnes, contre 13 850 tonnes prévues.
Lire aussi : Cameroun : les exportations de bananes de la CDC bondissent à 42 286 tonnes (+34%) en 2025
Bota et Moliwe font donc partie des zones sur lesquelles l’entreprise compte pour reconstruire sa production. « Nous venons de construire une mini-huilerie à Moliwe et c’est cette plantation qui est supposée l’alimenter », explique Kebbi Ekwille, responsable du patrimoine foncier de la CDC.
44 hectares au cœur du contentieux
Le conflit remonte au moins à 2021. La communauté musulmane de Mutengene avait sollicité des terres pour construire notamment une mosquée, une école et d’autres infrastructures. Une nouvelle demande a été introduite en 2023, mais la CDC affirme s’être opposée à la cession de terrains cultivés. Le différend a depuis gagné les tribunaux. Après une décision du tribunal administratif favorable à la partie adverse, la CDC a interjeté appel devant la Cour suprême. La société affirme également qu’aucune parcelle concernée n’a été régulièrement cédée et rappelle qu’une instruction présidentielle de 2020 suspend toujours les cessions de ses terres.
Lire aussi : Cameroun : espoirs et interrogations sur la relance de la CDC
Cette bataille foncière intervient au moment où Yaoundé tente une nouvelle fois de remettre sur pied le deuxième employeur du pays après l’État, qui compte près de 20 000 salariés. Après un bénéfice exceptionnel de 45 milliards de FCFA en 2024, la CDC a replongé dans le rouge en 2025 avec une perte nette consolidée de 20,04 milliards de FCFA et environ 75 milliards de FCFA de dettes.
L’État avait pourtant repris à sa charge plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’arriérés sociaux, salariaux et fiscaux pour soulager l'entreprise. Un nouveau financement de 51 milliards de FCFA a également été signé en septembre 2025 pour soutenir sa relance. Pour la direction, la défense du foncier devient ainsi indissociable de ce redressement. « La CDC, ce sont les plantations », résume son directeur général, Franklin Ngoni Njie. « Quand de jeunes palmiers en pleine production sont abattus, c’est une question de survie. »
Lire aussi : CDC : une deuxième usine de production d’huile de palme en gestation à Idenau














