Pour la première fois, la Banque africaine de développement (BAD) publie une estimation chiffrée des conséquences potentielles de la suspension par les États-Unis de leur aide au développement au Cameroun, notamment via l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Dans son rapport-pays 2025, rendu public fin juillet, l’institution met en garde contre des répercussions majeures sur plusieurs secteurs stratégiques, en particulier la santé et l’humanitaire, qui absorbent chaque année entre 50 % et 60 % du financement de l’USAID. Dans le domaine sanitaire, la BAD alerte sur une rupture possible de l’approvisionnement en médicaments essentiels et chiffre les pertes directes à environ 40 milliards Fcfa. Côté humanitaire, la réduction de l’aide américaine devrait entraîner une baisse de 62 % du budget alloué à l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, ainsi qu’une diminution globale de 50 % des budgets des agences onusiennes partenaires de l’USAID au Cameroun.
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À cela s’ajouteraient des suppressions d’emplois locaux et une contraction de 25 % des budgets des partenaires nationaux chargés de l’exécution des programmes. Par ailleurs, Donald Trump, engagé dans une guerre commerciale accrue avec la Chine en Afrique, vient d’imposer de nouveaux droits de douane de 15 % à trois pays de la CEMAC, dont le Cameroun. La BAD indique qu’avant ce relèvement — le 1ᵉʳ août — elle avait anticipé, sur la base d’un taux de 11 %, un impact modéré mais réel sur les secteurs du pétrole, du cacao, du bois et du caoutchouc naturel. « Un creusement du déficit du compte courant est anticipé. Toutefois, cet impact serait limité, les États-Unis ne figurant pas en 2023 parmi les dix principaux clients du Cameroun, lesquels concentraient 77,1 % des exportations nationales », précise l’institution. Tout n’est pas négatif pour autant. Selon la BAD, une réduction marginale des exportations vers les États-Unis n’affecterait pas sensiblement les réserves de change, attendues en hausse de 610 millions USD en 2025.
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De plus, un affaiblissement du dollar profiterait au service de la dette extérieure, dont 28,5 % est libellée en devise américaine, permettant une réduction estimée à 7,9 % de cette charge en 2025. L’institution recommande, à court terme, de garantir la continuité des services de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, afin d’assurer l’accès aux soins pour les populations vulnérables. À moyen et long terme, elle préconise de renforcer la souveraineté pharmaceutique par le développement d’une production locale de médicaments et de produits sanitaires, d’améliorer la mobilisation des ressources domestiques et d’intégrer dans le budget national une ligne de financement dédiée aux réponses rapides face aux chocs.
Par Jean Omer Eyango














