La guerre commerciale relancée par les États-Unis sous l’impulsion du président Donald Trump inquiète la communauté internationale. Pour la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la nouvelle salve de hausses tarifaires annoncée par Washington va frapper de plein fouet les pays en développement, sans pour autant contribuer au rééquilibrage du déficit commercial américain.
« L’heure est à la coopération, pas à l’escalade », a martelé Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, dans un communiqué publié vendredi. Dans un contexte de croissance mondiale fragile, de dette galopante et de ralentissement de la demande intérieure, l’agence onusienne redoute qu’une surenchère tarifaire ne déstabilise davantage les économies les plus vulnérables, qui dépendent des exportations pour générer des devises et soutenir leurs balances commerciales.
Selon la CNUCED, seuls une dizaine de partenaires commerciaux des États-Unis concentrent près de 90% de leur déficit commercial. Pourtant, les hausses de droits de douane annoncées le 2 avril dernier s’appliquent indistinctement à quelque 200 partenaires, y compris les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement, qui ne représentent respectivement que 1,6% et 0,4% du déficit américain. Une approche jugée incohérente et économiquement contre-productive.
Des mesures à contre-courant du développement
Alors que de nombreuses économies à faible revenu sont déjà confrontées à des « tempêtes parfaites » qui se manifestent par des « conditions extérieures qui se détériorent, de niveaux d’endettement insoutenables et de ralentissement de la croissance intérieure », une baisse attendue des investissements et des flux commerciaux internationaux pourrait freiner encore davantage leur développement. Pour la CNUCED, cela menace non seulement les perspectives de croissance, mais aussi les acquis sociaux durement obtenus au cours des dernières décennies. « Cela pourrait éroder la confiance, ralentir l'investissement et menacer les acquis du développement, en particulier dans les économies les plus vulnérables », ajoute la Cnuced.
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L’inquiétude est d’autant plus grande que d’autres puissances, à l’instar de la Chine, ont répliqué à la politique américaine par des mesures douanières similaires. Pékin a ainsi annoncé des droits supplémentaires de 34% sur les produits américains dès le 10 avril. Une escalade dont les marchés financiers ont immédiatement ressenti les secousses, enregistrant deux jours consécutifs de baisse à l’échelle mondiale.
Zone Franc CFA – USA : échanges déséquilibrés, mais dynamiques
Dans ce climat commercial tendu, les pays de la zone Franc CFA entretiennent des relations inégalement réparties avec les États-Unis. Selon les données de l’Office of the United States Trade Representative, les échanges commerciaux entre Washington et les pays de la zone ont atteint des niveaux significatifs en 2024. La Côte d’Ivoire domine les exportations vers les États-Unis, avec 1 milliard de dollars de biens exportés, principalement dans l’agro-industrie et les matières premières, contre 596,6 millions de dollars d’importations.
Le Sénégal se distingue par une relation commerciale équilibrée avec 235,1 millions de dollars d’exportations contre 237,1 millions d’importations. À l’inverse, des pays comme le Bénin, le Mali ou la Guinée Bissau présentent des balances commerciales très déficitaires, avec des exportations négligeables et une forte dépendance aux produits américains. Le Cameroun, quant à lui, affiche une performance notable avec 248,8 millions de dollars d’exportations, devançant de peu ses importations à 193,1 millions.
Globalement, les économies de la zone Franc CFA restent exposées aux revirements de la politique commerciale américaine. Si les hausses tarifaires se généralisaient, elles pourraient compromettre l’accès à certains marchés clés et peser sur les recettes d’exportation, alors même que plusieurs de ces pays s’efforcent de diversifier leurs partenaires économiques dans un contexte post-pandémie.









