Conformément à sa politique commerciale ouvertement protectionniste, le Président Américain Donald Trump, a dévoilé les nouveaux tarifs douaniers que les États-Unis entendent imposer au reste du monde. Ces nouvelles mesures tarifaires qui entreront en vigueur à partir du 5 avril incluent un tarif de base de 10 % sur toutes les importations, tandis que des tarifs plus élevés, dits « réciproques », seront appliquées en vue de réduire le déficit commercial des USA vis-à-vis de certains pays.
Bien que la Chine et l'Union européenne soient prioritairement visés, les pays africains sont également la cible de l'administration Trump. Le Lesotho (50%), Madagascar (47%), l’Angola (32%), l’Afrique du Sud (30%) et même la Côte d’Ivoire (21%) figurent parmi les pays du continent qui seront les plus sévèrement touchés.
Faible impact sur le commerce extérieur
À l’échelle de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la RCA, le Congo et le Gabon héritent du taux plancher de 10% contre 13% pour les 3 pays restants (Cameroun, Tchad, Guinée Équatoriale). Bien que faibles par rapport à d’autres pays africains, les nouveaux tarifs appliqués à la CEMAC devraient entraîner une relative baisse de compétitivité des exportations de cette région.
Lire aussi : Commerce sous-régional : 232 produits camerounais obtiennent le tarif préférentiel Cemac
L’impact ne devrait pas être de grande ampleur puisque, selon la base de données du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), les USA ont capté moins de 6% des marchandises exportés par les pays de la CEMAC (principalement le pétrole, le gaz et le bois) en 2018. Ce taux était de 30% des exportations en 1998, ce qui signifie qu’au fil du temps, le pays de l’oncle Sam est devenu moins attractif pour la région. À contrario, la Chine s’est positionnée en partenaire majeur en achetant 27% des biens exportés par la CEMAC, contre 29,3% pour les 27 pays de l’Union européenne.
Coup de froid sur le bois camerounais ?
Selon le Bureau du représentant américain au commerce, en charge de la politique commerciale internationale des États-Unis, les transactions commerciales (importations et exportations) avec les 6 pays de la CEMAC en 2024 ont culminé à 1,461 milliard de dollars en valeur, soit 2% du total à l’échelle africaine. Les échanges sont globalement favorables à la nation américaine qui a expédié pour 791,7 millions $ de marchandises vers la CEMAC contre 670 millions $ d’importations, soit un excédent commercial de 121 millions $. Bien qu’éligible à l’AGOA, une législation américaine qui permet aux pays d'Afrique subsaharienne d'exporter la plupart de leurs produits vers les États-Unis sans droits de douane, le Congo n’a expédié que pour 40 millions USD de marchandises pour 237,1 millions d’importations contribuant ainsi en creuser le déficit de la CEMAC.
Leader économique de la région, le Cameroun a vu ses exportations annuelles à destination des USA bondir de 94% en 2024 pour s’établir à 248 millions de dollar. Notons qu’en dehors du pétrole, l’un des principaux produits camerounais exporté vers le marché américain est le bois scié. En 2017, les producteurs camerounais ont, par exemple, assuré 12% des expéditions de bois scié vers les Etats-Unis, se positionnant ainsi comme 3e fournisseur du pays de l’Oncle Sam, selon les statistiques de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). Le Cameroun est devancé par l’Equateur, pays d’Amérique latine qui a fourni aux Etats-Unis 26% de ses importations de bois scié, contre 21% pour le Brésil. L’augmentation des droits de douanes pourrait affecter les revenus de ce secteur, fragiliser les entrées de devises et creuser davantage le déficit commercial du pays.
Repenser le commerce intra-communautaire
Face à cette nouvelle donne qui s’impose à eux, les pays de la CEMAC et de l’Afrique de manière plus globale, sont appelés à repenser leurs politiques commerciales. Cela implique la recherche de nouveaux partenaires commerciaux pour écouler leurs marchandises mais aussi le renforcement de la capacité des usines locales pour stimuler la transformation des matières premières. Les pays de la CEMAC devraient également travailler à dynamiser le commerce intra-régional (qui ne pèse qu’à peine 4% des flux commerciaux) dans la perspective de la Zlecaf.








